Sport : 5 conduites à tenir pour éviter les blessures après une reprise

Par |Publié le : 24 juin 2026|Dernière mise à jour : 24 juin 2026|5 min de lecture|

On reprend le sport après une pause — et c’est une excellente nouvelle. Mais sans quelques précautions, ce retour à l’effort peut vite se transformer en aller simple chez le kiné. Aurélien Broussal-Derval, préparateur physique de champions olympiques, livre les cinq réflexes à adopter dès la première séance.

On sait comment s’entraîner. Ce qu’on sous-estime, c’est à quel point le corps a changé pendant la pause. « Le corps a une mémoire musculaire, oui — mais il a aussi une mémoire des compensations, des raideurs, des déséquilibres accumulés. Reprendre à l’identique sans en tenir compte, c’est programmer une blessure », prévient Aurélien Broussal-Derval, préparateur physique ayant accompagné plusieurs équipes nationales et champions olympiques.

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Ne pas confondre mémoire musculaire et état réel du corps

Le cerveau se souvient de ce qu’il était capable de faire. Le corps, lui, a changé. Après une pause — qu’elle dure quelques semaines ou plusieurs mois — les structures tendineuses sont moins vascularisées, les articulations ont perdu de leur souplesse, et les déséquilibres musculaires se sont creusés sans qu’on s’en aperçoive. Il y a aussi le piège de l’intensité : beaucoup pensent qu’il faut souffrir pour que ça serve. « Beaucoup de personnes qui reprennent pensent qu’il faut souffrir pour que ça serve. C’est faux, et même contre-productif, car la récupération est plus longue et le système nerveux plus sensible au surmenage », explique le préparateur physique. Vouloir rattraper le temps perdu à toute vitesse, c’est exactement ce qui conduit aux blessures musculaires les plus classiques de la reprise.

Prendre le pouls de ses douleurs de fond avant de commencer
Avant de rechausser les baskets, une question s’impose : a-t-on mal quelque part ? Pas une douleur aiguë évidente. Il s’agit des signaux de fond que l’on a appris à ignorer : le genou qui tire dans les escaliers, l’épaule raide au réveil, le bas du dos qui chauffe après une heure assis. « Ce mal de dos discret, cette épaule qui tire le matin… On s’y habitue. On les oublie. Et à la reprise, ils se rappellent à nous violemment, parce qu’on sollicite des structures qui compensaient depuis des mois, voire des années », décrit Aurélien Broussal-Derval.

Quelques tests simples en disent souvent plus qu’un long questionnaire : peut-on s’accroupir complètement, pieds à plat, sans perdre l’équilibre ? Tenir une planche 30 secondes sans compensation ? Monter quatre étages sans être essoufflé ? « La douleur n’est pas une fatalité, c’est un signal. Reprendre l’entraînement sans l’avoir réglé, c’est construire sur des fondations fissurées », résume-t-il. Si un squat à poids de corps ne passe pas correctement, il est prématuré de le faire avec charge.

Traiter l’échauffement et la récupération comme des séances à part entière
À 20 ans, le corps pardonne qu’on arrive froid et qu’on reparte sans s’étirer. Après une pause, ce capital « pardon » s’est considérablement réduit. « Après 40 ans et surtout après une période d’inactivité, le corps commence à envoyer des factures », illustre Aurélien Broussal-Derval. L’échauffement n’est plus une formalité — c’est une condition : un vrai travail de mobilité articulaire, d’activation musculaire progressive et de remise en route du système nerveux, pas cinq minutes de vélo à faible allure.

La récupération est encore plus sous-estimée. C’est après la séance — pas pendant — que le corps s’adapte. Sommeil, gestion du stress, étirements, automassages : ce n’est pas accessoire, c’est la moitié du travail. « Si vous n’avez pas le temps de vous échauffer et de récupérer correctement, vous n’avez pas le temps de vous entraîner », tranche-t-il. Les personnes qui reprennent gèrent souvent bien l’effort et bâclent tout le reste. C’est là que les blessures se construisent, séance après séance, en silence.

Miser sur le renforcement musculaire avant de retourner sur le terrain
La vraie question n’est pas « quel sport est risqué après une pause ? », mais « quel sport est risqué pour un corps qui n’a pas été préparé à en absorber les contraintes ? ». Reprendre le tennis deux fois par semaine après six mois d’inactivité peut s’avérer plus dangereux qu’un programme de musculation progressif, parce qu’il exige des accélérations, des pivots et des rotations à haute vitesse sur des structures non conditionnées. « Les personnes qui se blessent le plus à la reprise sont souvent celles qui ont voulu aller vite vers leur activité favorite sans avoir pris le temps de reconstruire leur base musculaire. Le corps n’avait tout simplement pas les ressources pour encaisser », observe-t-il.

La musculation est pourtant l’outil le plus sous-estimé de la reprise. Elle rend les tissus plus robustes — muscles, tendons, ligaments, os — et protège mécaniquement les articulations. Car après une pause, la sarcopénie s’installe silencieusement : cette perte naturelle de masse musculaire fragilise l’ensemble du système locomoteur. L’atrophie musculaire qui s’accumule pendant l’inactivité n’est pas anodine : moins de muscle, c’est moins d’amorti, moins d’équilibre, et davantage de risques de se blesser dès les premières séances. « La musculation, dans ce contexte, n’est pas une option. C’est une fondation », insiste Aurélien Broussal-Derval.

Consulter sans attendre que la pièce casse
Il existe deux types de douleurs à l’effort. Celles qui sont normales — courbatures, brûlure musculaire en série, fatigue de fin de séance. Et celles qu’on ne doit jamais ignorer : une douleur articulaire qui persiste après l’arrêt de l’activité, une douleur nocturne, une irradiation le long d’un membre avec fourmillements ou faiblesse, une articulation qui gonfle après la séance, ou une douleur récurrente au même endroit. « Si un signal vous fait modifier votre mouvement, compenser, boiter, protéger une zone — c’est que votre corps est déjà en train de vous parler. La question n’est pas de savoir si vous devez consulter. C’est de ne pas attendre que la pièce casse complètement pour le faire », avertit le préparateur physique.

Fatigue anormale qui ne cède pas malgré le repos, palpitations, essoufflement franchement disproportionné à l’effort fourni : ces signaux-là aussi imposent de décrocher son téléphone. Une déchirure musculaire ou une entorse ignorée au départ peut rapidement devenir chronique. « Un professionnel de santé — médecin du sport, kinésithérapeute, ostéopathe — n’est pas là uniquement pour réparer. Il est là pour éviter d’avoir à réparer. C’est un réflexe à adopter dès la reprise, pas seulement en cas de crise », conclut Aurélien Broussal-Derval.

Sources
– Interview de Aurélien Broussal-Derval, préparateur physique ayant accompagné plusieurs équipes nationales et champions olympiques, et fondateur de www.broussal-derval.com. . Consulté le 18 mai 2026.
Sources

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Peggy Cardin
Peggy Cardin
Journaliste spécialisée en santé
Peggy Cardin-Changizi Journaliste spécialisée en santé depuis plus de vingt ans. Elle traite des sujets de prévention, de santé publique et de médecine au quotidien, avec pour objectif de rendre l'information médicale claire, fiable et accessible à tous. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.