Infarctus chez la femme : trop longtemps sous-diagnostiqué

Par |Publié le : 26 juin 2026|Dernière mise à jour : 26 juin 2026|5 min de lecture|

Les maladies cardiovasculaires tuent davantage de femmes que le cancer du sein. Pourtant, elles restent encore aujourd’hui mal connues, mal diagnostiquées, et trop souvent banalisées. Le Dr Stéphane Manzo-Silberman, cardiologue à l’Institut de Cardiologie de la Pitié-Salpêtrière, fait le point.

Pendant longtemps, l’infarctus a eu le visage d’un homme de 60 ans au teint grisâtre, la main sur la poitrine. Cette image a la vie dure — et elle coûte cher aux femmes. Car si les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de mortalité féminine en France, elles restent encore insuffisamment identifiées chez elles.

Un chiffre résume le problème : selon l’enquête ORGANON-IPSOS menée fin 2025 dans sept pays européens (décembre 2025, n = 4 000), 52 % des femmes françaises n’ont jamais discuté de leur santé cardiaque avec un médecin — contre 39 % des hommes. Plus de la moitié des femmes passe donc à côté d’une prévention qui pourrait leur sauver la vie.

Un retard de diagnostic aux causes multiples
Ce retard s’explique par plusieurs facteurs qui se renforcent mutuellement. D’abord, une tendance générale à sous-estimer le risque cardiaque chez les femmes — ancrée aussi bien dans la population que chez les professionnels de santé. Ensuite, des outils d’évaluation du risque qui, longtemps, sous-estimaient ce risque chez elles : l’hypertension, l’excès de cholestérol ou le diabète étaient moins bien corrigés, et les symptômes moins bien explorés. « Cela contribuait à retarder le diagnostic et parfois la prise en charge », souligne le Dr Manzo-Silberman.

S’y ajoute une prise en compte encore insuffisante de situations propres à la vie féminine — certaines complications pendant la grossesse, une ménopause précoce, l’endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques — qui justifient un suivi cardiaque plus attentif et sont encore trop rarement identifiées lors des consultations.

Des facteurs de risque qui frappent plus fort chez la femme
Les facteurs de risque classiques — tabac, hypertension, excès de cholestérol, diabète, surpoids, sédentarité, antécédents familiaux — concernent les femmes autant que les hommes. Mais deux d’entre eux ont un impact particulièrement sévère chez elles : le tabac, facteur le plus redoutable chez la femme jeune, et le diabète, dont l’effet sur le risque cardiaque est encore plus marqué que chez l’homme. « Ces deux facteurs ont un effet particulièrement sévère chez la femme », insiste le Dr Manzo-Silberman.

Certains traitements contre le cancer augmentent également le risque cardiovasculaire — un angle mort souvent oublié lors du suivi post-thérapeutique des patientes. Tout comme l’endométriose et le syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (nouveau nom du syndrome des ovaires polykystiques), ces situations justifient un suivi cardiaque renforcé et sont encore trop rarement identifiées comme telles en consultation.

Symptômes : ce qu’il ne faut pas ignorer
Une idée reçue persiste : les femmes feraient des infarctus « silencieux », sans douleur dans la poitrine. C’est faux. « La douleur thoracique reste le symptôme le plus fréquent chez la femme comme chez l’homme : 80 % des cas, et même 90 % chez les moins de 50 ans », rappelle le Dr Manzo-Silberman.

La nuance est ailleurs. Les femmes présentent plus souvent des signes associés — essoufflement inhabituel, fatigue brutale, nausées, sueurs, douleurs dans le cou, le dos ou entre les omoplates — qui peuvent prendre le dessus et égarer le diagnostic. Pendant des années, ces signes ont été qualifiés d’« atypiques », ce qui revenait à les minimiser. « Il n’est plus légitime de parler de signe atypique : cela contribue au retard de diagnostic chez la femme en particulier », tranche le cardiologue.

La fatigue, l’essoufflement ou les nausées ne doivent pas être automatiquement attribués au stress — ils doivent d’abord être explorés d’un point de vue cardiaque, surtout chez les femmes présentant des facteurs de risque. Deux situations doivent alerter sans attendre : une gêne qui apparaît à l’effort, ou une douleur qui persiste au repos. Toute gêne intense qui dure plus de 20 minutes impose d’appeler le 15 immédiatement.

Grossesse et ménopause : deux fenêtres de prévention à ne pas rater
Certaines étapes de la vie féminine exposent à un risque cardiaque accru — et constituent autant d’occasions de prévention manquées.

La grossesse peut être considérée comme un véritable test cardiovasculaire. Une tension trop élevée, un diabète gestationnel ou une prééclampsie (une forme grave d’hypertension en fin de grossesse) ne disparaissent pas avec l’accouchement : selon le Dr Manzo-Silberman, « ces complications multiplient le risque d’un problème cardiaque dans les 5 à 10 ans suivants par un facteur 1,5 à 3 ». Pourtant, 74 % des femmes concernées n’ont jamais été informées de ce lien — un chiffre issu de la même enquête.

La ménopause, surtout précoce, bouleverse le profil cardiovasculaire. « Avec la chute des hormones féminines, le profil qui était protecteur devient à risque : les artères se rigidifient, le mauvais cholestérol augmente, les graisses se redistribuent autour du ventre », détaille le cardiologue. Or 4 femmes ménopausées sur 10 n’ont jamais abordé ce sujet avec un médecin.

Ces moments — grossesse, période qui suit l’accouchement, approche de la ménopause — relèvent souvent du suivi gynécologique. Ils pourraient devenir de vraies opportunités de prévention cardiaque si les professionnels de santé s’en saisissent. « La prévention cardiaque chez la femme ne devrait pas débuter à un âge fixe, mais s’inscrire tout au long de la vie en fonction de son profil de risque », résume le Dr Manzo-Silberman.

Ne pas banaliser, ne pas attendre
« Les maladies cardiovasculaires concernent aussi les femmes, parfois dès un âge jeune, et chaque minute compte en cas de symptômes », insiste le Dr Manzo-Silberman. « Une douleur dans la poitrine, un essoufflement inhabituel, une fatigue brutale, des sueurs ou une douleur qui remonte vers le dos, le bras ou la mâchoire ne doivent jamais être banalisés. En cas de doute, appelez immédiatement le 15. »

La prévention fonctionne — encore faut-il qu’elle s’adresse aussi aux femmes, à chaque étape de leur vie, et que les signaux d’alerte soient reconnus pour ce qu’ils sont parfois : des urgences cardiaques, et non pas un simple stress.

Sources
– Interview du Dr Stéphane Manzo-Silberman, cardiologue à l'Institut de Cardiologie de la Pitié-Salpêtrière . . Consulté le 22 mai 2026.
Sources

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Peggy Cardin
Peggy Cardin
Journaliste spécialisée en santé
Peggy Cardin-Changizi Journaliste spécialisée en santé depuis plus de vingt ans. Elle traite des sujets de prévention, de santé publique et de médecine au quotidien, avec pour objectif de rendre l'information médicale claire, fiable et accessible à tous. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.