Santé des femmes : pourquoi elle ne se limite pas à la maternité

Par |Publié le : 25 juin 2026|Dernière mise à jour : 25 juin 2026|6 min de lecture|

Rendez-vous annulés, douleurs banalisées, symptômes mis sur le compte du stress… Les femmes ont tendance à passer après les autres. Le Dr Rabab Mosbah, gynécologue obstétricienne à la Clinique de l’Estrée-ELSAN à Stains, dresse un tableau sans détour de cette réalité et plaide pour une prise en charge globale, à chaque étape de la vie.

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Un réflexe difficile à défaire

Avant même de devenir mères, les femmes ont tendance à faire passer la santé des autres avant la leur. « Malheureusement, les femmes sont très conditionnées à prendre d’abord soin de leurs proches plutôt que de leur santé. Même quand elles ne sont pas encore mères, elles vont d’abord privilégier les rendez-vous de leurs conjoints ou de leurs parents plutôt que les leurs », observe le Dr Rabab Mosbah, gynécologue obstétricienne à la Clinique de l’Estrée-ELSAN à Stains. Une fois qu’elles ont des enfants, le phénomène s’accentue : elles enchaînent les rendez-vous pédiatriques, mais leur propre suivi passe à la trappe.

Ce n’est pas qu’une question de manque de temps. C’est bien plus ancré que ça. « Les femmes font face à de nombreuses injonctions entre le fait de prendre soin d’elles et celui d’être mère. Et dans les priorités, elles mettent leurs enfants en premier parce qu’elles pensent que c’est leur rôle. » Résultat : des rendez-vous repoussés, des symptômes ignorés, des maladies détectées trop tard.

Des douleurs trop souvent considérées comme normales

Le retard de diagnostic commence souvent par une idée reçue : certaines douleurs féminines seraient « normales ». Les règles douloureuses ou abondantes en sont l’exemple le plus courant. « On a souvent normalisé ça, donc les femmes pensent que c’est normal et ne vont pas forcément consulter. » Or, derrière ces symptômes banalisés peuvent se cacher des maladies sérieuses : l’endométriose — caractérisée par la présence de tissu semblable à la muqueuse utérine en dehors de l’utérus — ou le syndrome des ovaires polykystiques, un trouble hormonal fréquent associé notamment à des cycles irréguliers, une hyperandrogénie et parfois des kystes ovariens. Deux affections de mieux en mieux reconnues, en partie liées aux perturbateurs endocriniens présents dans notre alimentation et notre environnement.

Le corps médical lui-même a une part de responsabilité. Pendant des décennies, les études cliniques ont surtout été menées sur des hommes. Les symptômes féminins ont souvent été mis sur le compte du stress ou du psychologique. « Les femmes ont été beaucoup conditionnées à prendre sur elles. Mais le corps médical a aussi beaucoup minimisé certains symptômes. C’est difficile de changer tout ça », souligne le Dr Mosbah.

Maladies cardiovasculaires : les femmes, grandes oubliées

Les maladies du cœur ont longtemps été considérées comme une affection masculine. Elles touchent pourtant les femmes — mais avec des symptômes très différents. « Chez les hommes, on a les symptômes classiques : la douleur dans la poitrine. Chez les femmes, c’est beaucoup plus sournois. Ça peut être des douleurs au niveau du ventre, des difficultés à respirer — des symptômes moins francs qui alertent moins », explique le Dr Mosbah. Ce qui explique que ces maladies soient souvent détectées trop tard chez les femmes.

La ménopause, en particulier, marque un cap : le risque de maladies cardiaques augmente nettement à cette période de la vie. Une raison de plus de ne pas négliger un bilan cardiaque passé la cinquantaine — et d’arrêter de considérer ces maladies comme une affaire d’hommes.

La ménopause, encore trop souvent vécue dans le silence

Quand on leur demande ce que représente la ménopause, beaucoup de femmes répondent : « plus de règles ». C’est tout. Le reste — bouffées de chaleur, insomnies, douleurs musculaires et articulaires, anxiété, baisse de libido, état dépressif — sont souvent vécus dans la confusion, voire la honte. « Leur mère ne leur en a pas parlé, donc elles n’ont pas d’exemple. Chaque femme reste avec ses symptômes à se demander si ce qu’elle vit est normal. »

Résultat : des insomnies mises sur le compte de la fatigue, une anxiété attribuée au travail, alors que tout ça est lié aux hormones. « Pour elles, la ménopause c’est juste plus de règles. Elles ne savent pas que ça peut aussi être des insomnies, de l’anxiété, des douleurs articulaires. » La bonne nouvelle ? Ce n’est pas une fatalité. Des solutions existent — médicamenteuses, nutritionnelles, psychologiques. Et le risque de maladies cardiaques augmente à cette période, ce qui rend le suivi médical encore plus important. Certaines femmes traversent cette période sans aucun souci ; d’autres ont besoin d’un accompagnement sur plusieurs fronts. Dans les deux cas, en parler reste la première étape.

La prévention, clé à chaque âge

Le message du Dr Mosbah est clair : les maladies n’apparaissent pas du jour au lendemain. « Elles apparaissent parce qu’on a laissé traîner quelque chose. La prévention permet vraiment d’en éviter certaines. » Un suivi gynécologique annuel, même sans problème particulier, est le minimum. Un dépistage régulier par frottis pourrait permettre d’éliminer le cancer du col de l’utérus — à condition que suffisamment de femmes y aient recours. Une mammographie à partir de 50 ans peut détecter un cancer du sein à un stade où il se soigne bien.

Paradoxalement, c’est souvent vers la quarantaine ou la cinquantaine que les femmes font enfin d’elles-mêmes le point sur leur santé. Les enfants ont grandi, la tête se libère un peu, et quelque chose change. « Elles se disent : c’est le moment de prendre soin de moi. Elles viennent en consultation en me demandant de faire le point — mammographie, frottis, prise de sang, bilan cardiaque. »

Il n’y a pas d’âge idéal pour commencer. Mais il y a un message que le Dr Mosbah tient à faire passer à toutes ses patientes : « Qu’elles n’hésitent pas à consulter, même si elles ne savent pas si c’est normal ou pas. Après, c’est le médecin qui pourra les rassurer — ou agir. »

Sources
– Interview du Dr Rabab Mosbah, gynécologue obstétricienne (Clinique de l’Estrée-ELSAN, Stains). . Consulté le 15 mai 2026.
Sources

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Peggy Cardin
Peggy Cardin
Journaliste spécialisée en santé
Peggy Cardin-Changizi Journaliste spécialisée en santé depuis plus de vingt ans. Elle traite des sujets de prévention, de santé publique et de médecine au quotidien, avec pour objectif de rendre l'information médicale claire, fiable et accessible à tous. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.