Comment faire cesser nos inquiétudes ?
Crises, accélération du temps, pression constante : notre époque nourrit l’inquiétude. Mais derrière ce malaise se cachent des mécanismes du cerveau et du corps qu’il est possible d’apaiser. En voici quelques exemples.

Dans un monde toujours plus anxiogène, l’inquiétude s’installe comme un voile persistant. Elle grignote nos joies, embrouille nos pensées et nous éloigne du moment présent. « Je la vois résister aux tentatives de réassurance, aux explications logiques, aux incitations à relativiser », observe Jean-Louis Abrassart, thérapeute psychocorporel, dans son ouvrage Je m’inquiète trop, paru en mars 2026.
Car si l’humanité a toujours cohabité avec le danger, le contexte actuel semble nourrir davantage encore cette anxiété diffuse. Conflits géopolitiques, crise climatique, instabilité économique, menaces sanitaires ou bouleversements technologiques. Autant de facteurs qui alimentent un sentiment d’insécurité généralisé. « Dans ce contexte, il serait presque étrange de ne pas s’inquiéter », souligne l’auteur.
Pourquoi notre cerveau anticipe toujours le pire ?
À cela s’ajoute une autre pression, plus insidieuse : l’accélération du temps. « Ce qui, hier, demandait des jours se fait en heures, ce qui se faisait en heures se fait en secondes », écrit Jean-Louis Abrassart. Une cadence qui bouleverse notre rapport au monde, aux autres et à nous-mêmes. Résultat : les ruminations s’accumulent, saturent l’esprit et finissent par fragiliser notre équilibre, tant mental que physique.
Mais l’actualité ne suffit pas à expliquer cette mécanique. Nos inquiétudes plongent leurs racines bien plus loin. Selon le psychiatre et neuroscientifique David Gourion, elles sont liées à un héritage évolutif. Notre cerveau, conçu pour assurer notre survie, est programmé pour détecter le danger, parfois même là où il n’existe pas. Cette tendance à anticiper le pire, utile autrefois, devient aujourd’hui envahissante. Elle repose sur des schémas anciens, inscrits dans notre biologie, qui nous poussent à croire que nous pouvons prédire l’avenir… souvent à tort.
Des émotions à écouter plutôt qu’à fuir
Dans son livre, Jean-Louis Abrassart décrit trois rouages cérébraux impliqués dans ce phénomène : l’amygdale, véritable système d’alarme ; le cortex préfrontal, siège de l’anticipation et des ruminations ; et enfin l’héritage génétique et épigénétique du stress. « Les recherches montrent d’ailleurs qu’un terrain anxieux peut se transmettre, certains gènes jouant un rôle dans la régulation de l’humeur », écrit-il.
Ces inquiétudes ne restent pas cantonnées à l’esprit. Elles s’expriment aussi dans le corps : troubles digestifs, démangeaisons, sensations d’oppression… Pour le psychiatre Christophe André, pensée et corps sont indissociables. « En Occident, on a tendance à considérer que la pensée, c’est le cerveau indépendamment du reste du corps, ce qui est fondamentalement faux, parce qu’une pensée, c’est sensoriel. Ce qui va la provoquer, c’est ce qui se passe dans le corps : ce sont les sensations corporelles qui vont porter notre pensée. Et cette pensée, si on y adhère, va provoquer des émotions qui vont se traduire dans notre corps, qui va les porter. C’est pourquoi, souvent, c’est notre corps qui va nous informer sur la présence des pensées et qui, lorsque c’est répété, peut déboucher sur des pathologies, des psychosomatisations », explique-t-il sur France Inter.
Bouger, respirer : les clés pour relâcher la pression
Faut-il pour autant céder aux anxiolytiques ? Pas nécessairement. Plusieurs pistes permettent d’apaiser ces tensions. D’abord, écouter ses émotions. Pour la psychiatre Marine Colombet, elles jouent un rôle d’alerte essentiel. Les accueillir permet souvent de les voir s’apaiser, entraînant avec elles la disparition des pensées envahissantes.
L’activité physique est également un exutoire efficace. Bénédicte, marathonienne, en témoigne : « En courant, je repense à beaucoup de choses, mais cela m’aide à relativiser. Après l’effort, tout paraît moins grave. » Un moyen simple de reprendre de la distance.
Autre levier : les techniques de respiration, de relaxation ou de cohérence cardiaque. « Les neurosciences confirment aujourd’hui leur impact sur le rythme cardiaque, le système nerveux et les hormones du stress », précise Jean-Louis Abrassart.
Reste un moment particulièrement sensible : le coucher. Dans l’obscurité, les pensées ont tendance à ressurgir avec plus d’intensité. Dans l’émission Grand Bien Vous Fasse, le Dr David Gourion conseille de ne pas « tomber dans le piège et de ne pas opérer de synthèse de notre journée à ce moment-là, car c’est justement le moment où nous sommes censés faire le vide total : différez cette réflexion envahissante au lendemain pour vous faire momentanément du bien et lâcher prise avant de dormir ». Apprendre à vivre avec ses inquiétudes, plutôt que chercher à les faire disparaître à tout prix. C’est sans doute là l’un des enjeux majeurs de notre époque.
– Comment faire cesser les ruminations mentales ?. www.radiofrance.fr. Consulté le 07 avril 2026.
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