Covid long : ces mystérieux “restes zombies” qui épuisent le corps

Par |Publié le : 10 février 2026|Dernière mise à jour : 10 février 2026|3 min de lecture|

Le Covid-19 continue de circuler et de laisser des traces durables chez des millions de personnes. Fatigue, troubles cognitifs, douleurs persistantes : pour certains, la maladie ne s’arrête jamais vraiment. Une nouvelle étude révèle aujourd’hui comment, après l’infection, des fragments du virus pourraient continuer à attaquer le système immunitaire.

Covid-long

Fatigue écrasante, cerveau embrumé, nuits qui ne reposent pas. Pour des milliers de personnes, le Covid n’est pas une maladie du passé. Des mois, parfois des années après l’infection, le quotidien reste marqué par une faiblesse profonde. « L’épuisement peut nous mettre en mode survie. Parfois, certains malades en état sévère doivent rester allongés 20 heures sur 24 », témoigne Isabelle Fornasieri, vice-présidente de l’Association française du syndrome de fatigue chronique (ASFC).

Si ces formes graves sont désormais reconnues par les médecins, une étude publiée le 8 janvier 2026 et pilotée par l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) apporte un nouvel éclairage. Les chercheurs décrivent un mécanisme biologique inédit qui pourrait expliquer la persistance des symptômes du Covid long.

Ils parlent de résidus « zombies ». Derrière ce terme, se cachent de minuscules fragments de protéines issus du virus. « Les chercheurs ont non seulement démontré que les enzymes immunitaires humaines peuvent décomposer la protéine Spike du Sars-CoV-2 en de tels fragments, mais ils ont également constaté que certains fragments peuvent agir de concert pour attaquer des types importants de cellules immunitaires en ciblant leur structure », résume l’université de Californie.

Les défenses immunitaires prises pour cible

Concrètement, lorsque notre système immunitaire combat le virus, il brise sa protéine Spike en petits morceaux appelés peptides. Mais au lieu d’être éliminés, ces fragments s’assemblent entre eux pour former des complexes actifs. Ces structures se comportent alors comme de véritables toxines, capables de s’insérer de force à l’intérieur des cellules.

Autre découverte : ces débris seraient « programmés » pour reconnaître la forme des cellules. Ils s’attaquent en priorité aux zones où la membrane est la plus courbée. Deux types de cellules sont particulièrement ciblés : les cellules dendritiques, véritables sentinelles du système immunitaire, et les lymphocytes T, chargés de détruire les agents pathogènes.

Après avoir percé la membrane des cellules, leur contenu s’échappe, provoquant leur destruction, un phénomène appelé lyse membranaire. Le corps est alors contraint de produire sans cesse de nouvelles cellules pour compenser. Résultat : un système immunitaire affaibli et une inflammation chronique qui pourrait expliquer la fatigue extrême, le brouillard mental et les douleurs persistantes.

Pourquoi Omicron a provoqué moins de formes graves ?

Ces travaux permettent aussi de mieux comprendre pourquoi les variants Omicron, pourtant très contagieux, ont entraîné moins de formes graves. « Personne ne pouvait vraiment expliquer pourquoi elle se répliquait aussi vite que la souche originale mais ne provoquait généralement pas d’infections aussi graves », explique sur Science Alert Yue Zhang, bioingénieur à l’université Westlake, en Chine. « Nous avons constaté que des fragments de la protéine Omicron étaient beaucoup moins capables de tuer ces importantes cellules immunitaires, ce qui suggère que le système immunitaire d’un patient ne sera pas aussi affaibli », ajoute-t-il.

L’ampleur du phénomène est considérable. Selon Santé publique France, « 2 millions de personnes présentaient une affection post-Covid-19 fin 2022 ». Aux États-Unis, ce chiffre atteignait 17 millions de personnes fin 2024.

Une errance médicale toujours d’actualité

Derrière ces statistiques, des vies bouleversées. Beaucoup se retrouvent sans accompagnement adapté, confrontés à des symptômes invisibles mais profondément invalidants. Pour Isabelle Fornasieri, la situation est alarmante : 90 % des patients seraient en errance médicale. « Une loi sur le Covid long a été votée en janvier 2022 pour améliorer la prise en charge. En 2026, elle n’est toujours pas appliquée ». Une réalité encore trop méconnue, alors que les “restes zombies” du virus continuent, eux, de faire des ravages silencieux.

Sources
– SARS-CoV-2 peptide fragments selectively dysregulate specific immune cell populations via Gaussian curvature targeting. www.pnas.org. Consulté le 10 février 2026.
– COVID long : 2 millions de personnes présentaient une affection post- COVID-19 fin 2022. www.santepubliquefrance.fr. Consulté le 10 février 2026.
– 'Zombie' Remnants of COVID-19 Hunt In Packs And Kill Our Immune Cells. www.sciencealert.com. Consulté le 10 février 2026.

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Elodie Vaz