Pourquoi pleurons-nous ?

Par |Publié le : 18 février 2026|Dernière mise à jour : 17 février 2026|4 min de lecture|

Les humains sont les seuls à pleurer sous l’effet des émotions. La science révèle ce que ces gouttes disent de notre cerveau et de nos relations.

Photo-Pourquoi-pleurons-nous

Un film, une dispute, un paysage grandiose et soudain, les yeux se brouillent. Les larmes coulent sans prévenir. Colère, joie, empathie : nous pleurons pour mille raisons. Pourtant, un fait intrigue les chercheurs depuis des décennies. Pleurer de tristesse serait une spécificité humaine. « À ma connaissance, aucun autre animal n’a été observé pleurant sous l’effet d’une émotion comme la tristesse », explique en janvier 2025 sur France Inter, le Dr Antoine Brézin, Chef de service et ophtalmologiste à l’Hôpital Cochin.

Les animaux peuvent crier, gémir, appeler à l’aide. Mais, selon les scientifiques, ils ne possèdent pas les connexions cérébrales capables de déclencher des larmes liées à des émotions complexes. Autrement dit, nos pleurs racontent quelque chose d’unique sur notre cerveau et sur notre vie sociale.

Des gouttes pas si simples

À première vue, une larme semble n’être qu’un peu d’eau salée. En réalité, sa composition est bien plus sophistiquée. « Les larmes sont composées de cinq éléments : du mucus, des électrolytes, de l’eau, des protéines et des lipides », explique sur la BBC le Dr Marie Bannier-Hélaouët.

Chaque ingrédient a un rôle : les protéines ont des propriétés antivirales et antibactériennes, les électrolytes sont essentiels au bon fonctionnement du corps, et les lipides protègent la surface de l’œil.

Il existe trois types de larmes. Les larmes basales, toujours présentes pour lubrifier l’œil, les larmes réflexes, qui jaillissent lorsqu’un irritant (poussière, fumée, insecte) touche la cornée. Cette couche transparente, véritable bouclier de l’œil, possède « la plus forte densité de cellules nerveuses de tout le corps ». Ces capteurs envoient un signal vers le cerveau, au noyau lacrymal, qui ordonne alors aux glandes lacrymales de produire des larmes.

Ces glandes, situées sous les paupières, sont reliées à des nerfs. Lorsque nous vivons une émotion intense, des impulsions nerveuses leur sont envoyées. On pense que ces signaux activent les glandes lacrymales, ce qui explique pourquoi on pleure.

Quand le cerveau “déborde”

Les choses se compliquent avec le troisième type : les larmes émotionnelles. Ici, ce ne sont plus les yeux qui alertent, mais les zones du cerveau chargées de traiter les émotions. Elles communiquent avec le noyau lacrymal par des voies bien plus complexes.

Pour le psychologue Ad Vingerhoets, les pleurs sont rarement liés à un seul sentiment. « Les émotions se manifestent rarement sous une forme pure. Il s’agit très souvent d’un mélange ou d’une alternance rapide de différentes émotions », explique-t-il sur le média britannique.

Avec l’âge, les déclencheurs changent. Chez l’enfant, la douleur physique domine. Plus tard, les larmes deviennent un miroir de notre capacité à ressentir pour les autres. Nous pleurons « non seulement pour nos propres souffrances, mais aussi pour celles des autres ». Et même le beau peut faire pleurer, comme l’art, la musique ou la nature.

Pleurer fait-il vraiment du bien ?

Beaucoup affirment se sentir soulagés après avoir pleuré. Mais la science reste prudente. La psychologue Lauren Bylsma étudie le phénomène à l’aide d’électrocardiogrammes. Elle observe qu’avant les pleurs, le système nerveux de “combat ou fuite” atteint son maximum. Puis, « juste après le début des pleurs, nous constatons une augmentation de l’activité parasympathique », celui qui nous aide à nous calmer.

Pourtant, ce soulagement n’est pas systématique. « Nous signalons principalement une amélioration de notre humeur lorsque nous pleurons pour des situations contrôlables, mais pas pour des situations incontrôlables », précise Ad Vingerhoets. Et la réaction des autres compte : le soutien ou la moquerie peuvent tout changer.

Les chercheurs pensent que les larmes servent avant tout à envoyer un message. Une étude publiée en 2023 dans la revue PLOS Biology, a montré que des hommes devenaient moins agressifs après avoir senti les larmes émotionnelles de femmes, comparés à une simple solution saline. Les pleurs signaleraient donc notre besoin d’aide et pourraient renforcer la confiance.

Chez les nourrissons, les pleurs activent chez les adultes des zones cérébrales liées aux soins. Ad Vingerhoets avance que les larmes auraient évolué parce que notre enfance est longue et dépendante. « Cela serait tout à fait logique en tant que forme d’autoprotection pour le nourrisson », dit-il.

Pourquoi certains pleurent plus que d’autres ?

En moyenne, les hommes pleurent zéro à une fois par mois, contre quatre à cinq fois pour les femmes. Selon Lauren Bylsma, ces écarts pourraient être liés à des différences émotionnelles, neurologiques, hormonales ou de personnalité. Elle observe aussi un lien avec le névrosisme, l’extraversion et l’empathie. Au fond, les pleurs sont avant tout relationnels. « Ils peuvent vous faire prendre conscience que c’est quelque chose de très important », conclut Ad Vingerhoets.

Sources
– Why Only Humans Shed Emotional Tears. link.springer.com. Consulté le 17 février 2026.
– Basal, Reflex, and Psycho-emotional Tears. www.sciencedirect.com. Consulté le 17 février 2026.
– Pourquoi nos yeux pleurent-ils quand on est triste ?. www.radiofrance.fr. Consulté le 17 février 2026.
– Pourquoi pleurons-nous ? La science derrière nos larmes, uniques à l'être humain. www.bbc.com. Consulté le 17 février 2026.

Cet article vous a-t-il été utile ?

Merci pour votre avis !
Elodie Vaz
Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023, Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes. Carte de presse numéro 143067