Adolescents et réseaux sociaux: l’ANSES lance l’alerte
Quels sont les liens, chez les jeunes, entre usages des réseaux sociaux et santé ? Pour répondre à cette question qui préoccupe les parents, mais aussi toute la société, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a réalisé un rapport d’expertise collective en décembre 2025. Focus sur les principales observations.

Des experts pluridisciplinaires pour éclairer le sujet
En France, 50% des adolescents (11 à 17 ans) utilisent leur smartphone entre deux et cinq heures par jour, pour se connecter aux réseaux sociaux. Les jeunes ne consultent pas passivement ces réseaux sociaux : ils interagissent et créent et diffusent des contenus.
Face à ce constat préoccupant, l’Anses a engagé un travail d’expertise pour éclairer les pouvoirs publics, et la population en générale, sur les effets potentiels des usages des réseaux sociaux sur la santé des adolescents.
Pour réaliser cette expertise, l’ANSES a sollicité une cinquantaine d’experts issus de plusieurs disciplines : épidémiologistes, biologistes, pédopsychiatres et psychologues, et chercheurs en science de l’information et de la communication. Ces spécialistes ont notamment analysé plus d’un millier d’études scientifiques sur les effets des réseaux sociaux sur la santé.
« Pour évaluer les effets des réseaux sociaux sur la santé, il était important d’aller plus loin que le temps passé sur les réseaux, et de considérer ce que font réellement des adolescents sur les réseaux sociaux, leurs motivations et leur engagement émotionnel » explique Olivia Roth-Delgado, coordinatrice de l’expertise.
Les effets des réseaux sociaux
Les travaux soulignent de multiples effets problématiques, autant sur les plans psychologiques que physiologiques :
- Des troubles du sommeil (retard dans l’heure du coucher et diminution de la qualité du sommeil) et troubles du rythme circadien ;
- Des symptômes anxieux et dépressifs (exposition à des contenus inadaptés) ;
- Altération de l’estime de soi ;
- Exposition aux cyberharcèlement et à la cyberviolence ;
- Comportements à risques (consommation de drogues, troubles alimentaires, tentatives de suicide, défis dangereux) ;
- Conduite addictive ;
- Insatisfaction vis-à-vis de son corps (surtout chez les filles qui regardent des contenus idéalisant l’aspect physique comme le poids, la peau, la musculature).
Autre conséquence : ces usages immodérés sont associés à des difficultés de concentration et d’acquisition des apprentissages. Cependant, d’autres études sont encore à réaliser pour montrer le lien de cause à effet entre usages excessifs des réseaux et difficultés rencontrées dans le parcours scolaire.
« L’adolescence est une période sensible dans le développement et la construction de l’identité individuelle et sociale. Les adolescents ont moins de capacités de régulation émotionnelle et comportementale que les adultes, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux effets délétères des réseaux sociaux » selon les experts.
L’expertise montre que les filles sont plus impactées que les garçons. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène : utilisation accrue des réseaux, partage d’images avec mise en scène de soi, susceptibilité aux pressions sociales, cyberharcèlement plus important, et engagement émotionnel plus fort.
Les recommandations de l’ANSES
Pour protéger la santé des adolescents, l’Anses préconise que les mineurs puissent accéder uniquement aux réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger leur santé.
Par conséquent, les plateformes numériques doivent mettre en œuvre la limite d’âge prévue par le RGPD (règlement général sur la protection des données) pour éviter un accès aux réseaux au moins de 13 ans, avec des systèmes fiables de vérification de l’âge et de recueil du consentement parental.
Le fonctionnement des réseaux sociaux doit être aussi totalement repensé avec l’interdiction de la diffusion de contenus délétères pour la santé (conduites à risques, jeux d’argent, régimes alimentaires extrêmes, contenus violents, pornographiques, haineux, etc.).
Autre approche à envisager : encadrer les fonctionnalités destinées à augmenter, maintenir ou étendre l’utilisation du service par l’utilisateur.
En parallèle, l’ANSES préconise également de développer des politiques en faveur de l’éducation au numérique et de l’accompagnement, notamment parental. Autre action à mener pour protéger davantage les adolescents : renforcer les dispositifs de prévention du cyberharcèlement et de soutien.
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