Grossesse et exposition chimique : les dangers du bisphénol S et du méthylparabène

Par |Publié le : 11 février 2026|Dernière mise à jour : 10 février 2026|4 min de lecture|

Face à l’augmentation des troubles du neurodéveloppement chez l’enfant, les chercheurs s’interrogent de plus en plus sur le rôle de l’environnement pendant la grossesse. Plastiques, cosmétiques ou emballages alimentaires peuvent contenir des composés suspectés d’agir comme perturbateurs endocriniens, à un moment clé du développement du fœtus. Une étude publiée en décembre s’est notamment intéressée aux effets du bisphénol S et du méthylparabène pendant la grossesse. Que montrent ces résultats récents ? Comment minimiser l’exposition chimique pendant la grossesse ? On fait le point.

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Perturbateurs endocriniens : pourquoi la grossesse est une période sensible ?

La grossesse correspond à une phase de développement rapide et complexe du cerveau fœtal, en particulier au cours du deuxième et du troisième trimestre. Durant cette période, les systèmes hormonaux jouent un rôle central dans l’organisation progressive des réseaux cérébraux.

Les perturbateurs endocriniens sont des substances capables d’interférer avec le fonctionnement hormonal. De nombreuses recherches suggèrent que l’exposition prénatale à certains composés, comme les bisphénols ou les parabènes, pourrait influencer le développement neurologique de l’enfant.

Toutefois, établir un lien de causalité direct reste complexe. Les expositions sont souvent multiples et diffuses, et les effets potentiels peuvent varier selon la dose, la durée et surtout le moment de l’exposition au cours de la grossesse.

C’est dans ce contexte qu’une étude récente s’est intéressée au bisphénol S, souvent utilisé comme substitut du bisphénol A, et au méthylparabène, un conservateur très largement utilisé.

Exposition au bisphénol S et méthylparabène pendant la grossesse : que montre l’étude ?

Dans une étude publiée en décembre 2025 dans The Lancet Planetary Health, les chercheurs se sont appuyés sur deux grandes cohortes européennes, regroupant plus de 1 000 mères et leurs enfants.

Un point fort de cette recherche réside dans sa méthodologie : la réalisation de prélèvements urinaires répétés tout au long de la grossesse, permettant une évaluation plus précise de l’exposition réelle à 12 substances chimiques.

Les résultats mettent en évidence une association statistique entre :

  • une exposition au méthylparabène au troisième trimestre de la grossesse et des scores plus élevés au Child Behavior Checklist, évaluant certains aspects du comportement de l’enfant ;
  • une exposition au bisphénol S, au même trimestre, associée à des scores plus élevés uniquement chez les garçons.

Ces scores ne constituent pas un diagnostic médical. Ils peuvent toutefois suggérer la présence de difficultés comportementales, telles que des troubles de l’attention ou des comportements anxieux.

À savoir !qu’est-ce que le Child Behavior Checklist (CBCL) ?
Le Child Behavior Checklist (CBCL) est un questionnaire standardisé, largement utilisé en recherche et en pratique clinique, pour évaluer le comportement et le développement émotionnel des jeunes enfants.
Il est rempli par un parent ou un proche, et permet d’identifier certains signaux comportementaux, comme :
Des difficultés d’attention ;
Des comportements anxieux ou dépressifs ;
Des comportements agressifs ou d’agitation.
Le CBCL n’est pas un outil diagnostique. Des scores plus élevés ne signifient pas qu’un enfant présente un trouble, mais qu’il peut exister des comportements nécessitant une attention particulière ou un suivi. Dans les études scientifiques, comme celle citée ici, le CBCL sert avant tout à repérer des tendances au niveau d’un groupe.

Comment réduire l’exposition chimique pendant la grossesse ?

Dans une logique de principe de précaution, il est conseillé de limiter, lorsque cela est possible, l’exposition aux substances chimiques pendant la grossesse.

Limiter l’exposition au bisphénol S

  • Privilégier les contenants en verre, inox ou céramique pour stocker aliments et boissons ;
  • Éviter de chauffer des aliments dans des récipients en plastique, y compris lorsqu’ils sont étiquetés « sans BPA » ;
  • Réduire l’usage d’emballages plastiques pour les aliments chauds ou gras.

Réduire l’exposition au méthylparabène

  • Limiter le nombre de produits d’hygiène et de cosmétique utilisés au quotidien ;
  • Privilégier des produits à composition simple, en réduisant autant que possible l’utilisation de ceux contenant des parabènes, en particulier le méthylparabène.

Plus largement, réduire les expositions chimiques évitables pendant la grossesse repose sur des gestes simples et accessibles, comme varier l’alimentation, aérer régulièrement les espaces de vie ou limiter l’usage de produits non essentiels.

Les travaux récents sur le bisphénol S et le méthylparabène s’inscrivent dans une réflexion plus large sur l’impact des facteurs environnementaux pendant la grossesse. Les résultats disponibles suggèrent des associations possibles avec certains indicateurs du comportement de l’enfant, sans permettre d’établir de lien de causalité direct. Dans ce contexte, la grossesse apparaît comme une période où le principe de précaution peut guider des choix simples du quotidien, visant à limiter certaines expositions évitables, sans culpabilisation ni recherche du risque zéro. Ces démarches individuelles ne remplacent pas les politiques de prévention collective et la poursuite des recherches, indispensables pour mieux comprendre les mécanismes en jeu et adapter, à terme, les recommandations de santé publique.

Sources
– Perturbateurs endocriniens : l’exposition au méthylparabène et au bisphénol S pendant la grossesse pourrait être associée à des troubles du comportement chez l’enfant. presse.inserm.fr. Consulté le 17 Décembre 2025.
– Exposition prénatale au phénol et comportement de l’enfant : aperçus de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien à partir de deux cohortes prospectives mère-enfant,. www.thelancet.com. Consulté le 17 Décembre 2025.

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Julie R.
Infirmière pendant 15 ans, dont 10 en pédiatrie, Julie R. est animée par une passion pour la santé, l'écologie et les sciences. Spécialisée en rédaction web SEO, alliant respect de notre charte HIC et approche humaine, elle met son expérience au service d’une meilleure compréhension de la santé pour le plus grand nombre