Maladies chroniques : un patient sur deux prêt à se soigner à distance
Face à la pénurie de médecins et à l’explosion des maladies chroniques, la téléconsultation s’impose comme une solution de plus en plus acceptée.

Renouveler une ordonnance sans poser un jour de congé, comprendre des résultats d’analyses sans attendre des semaines ou encore obtenir un avis quand les délais s’allongent… Pour une large partie des personnes vivant avec une maladie chronique, le soin à distance n’est plus un gadget. Il devient une option crédible. Selon une étude française publiée le 10 février dans la revue JAMA Network Open, un patient sur deux se dit prêt à consulter à distance dans certaines situations. Une petite révolution, alors que notre système de santé est de plus en plus sous tension.
Cette enquête, baptisée REACTIVE, a été menée par les équipes de médecine interne de l’Hôpital européen Georges-Pompidou et du centre d’épidémiologie clinique de l’Hôtel-Dieu, avec l’appui de l’AP-HP, de l’Université Paris Cité, de l’Université Sorbonne Paris Nord, de l’Inserm et de l’INRAE (CRESS).
Dans un contexte où la prévalence des maladies chroniques augmente et où le manque de professionnels de santé se fait sentir, les auteurs ont voulu comprendre comment les patients perçoivent les consultations par vidéo, par téléphone ou via messagerie sécurisée. Pour y parvenir, l’étude a interrogé 2 000 adultes vivant en France et atteints d’au moins une maladie chronique.
Des patients face à des délais qui s’allongent
Premier constat : le soin à distance reste peu accessible, avec 47 % des patients qui ne disposent d’aucune possibilité de téléconsultation avec leur médecin habituel. Un chiffre qui étonne, tant ces outils sont souvent présentés comme une solution aux déserts médicaux et à l’engorgement des cabinets.
Les préférences varient fortement selon l’état de santé. Le présentiel reste privilégié en cas de symptômes nouveaux ou d’aggravation. En revanche, un patient sur deux se dit prêt à consulter à distance un autre médecin que le sien lorsque les délais pour obtenir un rendez-vous avec son médecin habituel sont trop longs, notamment pour un renouvellement d’ordonnance ou l’analyse de résultats d’examens.
C’est le cas d’Alexandra. Atteinte d’une polyarthrite rhumatoïde depuis 2018, cette sexagénaire peine à obtenir un rendez-vous avec son rhumatologue. « Je peux attendre 5 mois pour une consultation. Et souvent, mon médecin généraliste n’est pas disponible non plus. Pour moi, le distanciel est un avantage de taille lorsqu’il s’agit juste d’un renouvellement d’ordonnance », témoigne-t-elle.
Derrière cette phrase, un dilemme quotidien : choisir entre la continuité des soins et la rapidité d’accès à un professionnel. Quand l’attente s’éternise, le soin à distance devient un compromis acceptable, voire nécessaire.
Le soin « hybride », nouvelle norme en devenir
Les auteurs sont formels, le soin à distance demeure insuffisamment proposé et mal intégré dans l’organisation actuelle. Pourtant, il pourrait améliorer la continuité du suivi et faire gagner du temps aux soignants, en réservant les consultations en présentiel aux situations qui l’exigent vraiment.
L’équipe plaide pour des modèles de prise en charge « hybrides », mêlant présentiel et distanciel, adaptés aux besoins cliniques, aux préférences des patients et à leur maîtrise des outils numériques. Autrement dit, pas de solution unique, mais du sur-mesure.
Vers des plateformes pensées pour les patients
Ces résultats alimentent aussi la réflexion sur les politiques publiques. Les chercheurs appellent à concevoir de nouvelles plateformes, pensées pour s’intégrer aux organisations de soins existantes et aux modes de vie des patients. Une démarche qui pourrait changer leur quotidien.
– Patient Preferences for In-Person vs Remote Care for Long-Term Conditions. jamanetwork.com. Consulté le 17 février 2026.
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