maladie des os de verreL’ostéogenèse imparfaite plus communément appelée maladie des os de verre est une affection d’origine génétique due à un défaut des fibres de collagènes notamment au niveau des os. Elle est responsable d’une grande fragilité osseuse et d’une faible masse osseuse entraînant de multiples fractures même après de légers traumatismes.

Par ailleurs, l’ostéogenèse imparfaite n’est pas une maladie unique, en fonction de l’atteinte génétique, elle se manifestera de manière plus ou moins sévère. Elle fait partie des maladies rares. On estime que la maladie touche environ 1 personne sur 10 000 à 20 000. En France, cela concerne 50 à 60 naissances par an.


Causes de la maladie des os de verre

La maladie des os de verre est causée par des anomalies génétiques et héréditaires. La transmission à la descendance est qualifiée d’autosomique dominante, c’est-à-dire que cette affection se transmet de génération en génération.

A savoir ! Les êtres humains possèdent 26 paires de chromosomes dont 2 paires de chromosomes sexuels. Une maladie génétique peut apparaître lorsqu’un ou les deux gènes d’une même paire de chromosomes sont mutés.

Une transmission autosomique dominante d’une anomalie génétique correspond au fait que l’anomalie touche un chromosome non-sexuel (autosomal) et que lorsqu’elle est présente, elle a un caractère dominant (elle s’exprime) même si le gène normal est présent.

L’ostéogenèse imparfaite résulte d’une anomalie en collagène de type I. Cette molécule est une protéine très répandue dans l’organisme qui rentre dans la constitution du tissu de soutien du corps. Toute perte de fonction du collagène entraine donc des troubles dans l’architecture des tissus qui le contiennent. Plus particulièrement, le collagène de type I est un élément essentiel dans la composition des os, des dents, de la peau et des ligaments.

Deux gènes majeurs COLA1 et COLA2 situés respectivement sur les chromosomes 17 et 7 codent pour le collagène I. La maladie des os de verre apparaît donc lorsque l’un ou l’autre de ces gènes est anormal. De plus, la mutation peut toucher des localisations différentes sur les gènes ce qui explique qu’il y ait différentes formes plus ou moins graves de la maladie.

Enfin, ce mécanisme démontre que l’ostéogenèse imparfaite ne touche pas que les os mais, aussi d’autres tissus comme les dents ou les ligaments, car ils sont riches en collagène I.

Symptômes

La majorité des manifestations de la maladie des os de verre sont liées à la faiblesse de la masse osseuse.

Les fractures

Fractures - Maladie des os de verreC’est le principal symptôme de l’ostéogenèse imparfaite. Les individus touchés par cette maladie souffrent de fractures à répétition sans cause apparente ou après de légers traumatismes. Le simple fait de marcher ou de respirer peut aboutir à des cassures osseuses dans les stades sévères. Les fractures à répétitions surviennent d’autant plus sur les os longs du corps comme le fémur ou l’humérus.

Malgré tout, les personnes atteintes de la maladie des os de verre consolident aussi rapidement qu’un individu normal. Cependant, cette réparation est souvent de mauvaise qualité. On retrouve notamment des consolidations osseuses en mauvaise position à l’origine de déformation osseuse ainsi que des calcifications de trop gros volume. La fréquence de ces fractures à répétition dépend du stade de gravité de la maladie et peuvent avoir tendance à diminuer avec l’âge du patient à cause de l’imprégnation aux hormones sexuelles au moment de la puberté.

Les déformations osseuses

Elles peuvent être consécutives à une mauvaise réparation d’une fracture ou survenir de manière spontanée. Dans les formes sévères de la maladie, l’effet de la gravité peut à lui seul déformer les os d’un patient souffrant d’ostéogenèse imparfaite. Les conséquences de ces déformations osseuses peuvent avoir un fort retentissement sur la vie du patient car, lorsque celles-ci touchent les os de la cage thoracique cela peut conduire à des difficultés respiratoires graves.

Trouble de la croissance

La maladie des os de verre, par la déformation osseuse de la colonne vertébrale qu’elle induit provoque souvent des retards de croissance. Les patients ayant constamment de nombreuses fractures et déformations, mènent à une dysfonction du développement osseux. La conséquence est qu’une majorité des patients atteints soit de petite taille.

Les manifestations non-osseuses

Comme d’autres tissus contiennent du collagène I, il existe des manifestations dans d’autres organes que les os :

  • La sclère bleue : c’est un signe très caractéristique de l’ostéogenèse imparfaite qui donne une couleur bleue franche à la sclère (blanc de l’œil) ;
  • La surdité : très fréquente à l’âge adulte à cause d’un défaut d’architecture de l’oreille interne ;
  • L’hyperlaxité ligamentaire: très fréquente chez près de 70 % des patients, elle augmente grandement la survenue d’entorse et de luxation.
  • Une fragilité de la peau et des capillaires sanguins : à l’origine d’hématomes sous-cutanés fréquents et de saignement de nez (épistaxis) ;
  • Une dentinogenèse imparfaite: c’est une fragilité de la dentine qui est la structure dure de la dent se trouvant sous l’émail. Cela se traduit par des dents de teinte ambrée et de formes globuleuses ;
  • Des anomalies cardiovasculaires : le collagène I est un constituant important des gros vaisseaux comme l’aorte. Les malades de l’ostéogenèse imparfaite sont donc plus soumis aux anévrismes (dilatation importante de la paroi d’une artère), aux dissections aortiques et aux accidents vasculaires cérébraux (AVC).

Différentes formes de la maladie

La maladie des os de verre s’exprime avec de grandes différences entre chaque patient que soit sur les symptômes ou leur sévérité. Les spécialistes de cette affection ont donc mis au point une classification – la classification Sillence. Elle permet de caractériser différentes formes de la maladie en fonction de l’anomalie génétique et des symptômes observés. L’objectif d’une telle classification étant de dispenser la meilleure prise en charge thérapeutique possible en fonction du stade de sévérité.

Type Sévérité Symptômes
Type I Modéré
Ne provoque pas de déformation
Nombre de fractures modéré
La taille est normale ou légèrement diminuée
La sclère est de couleur bleue
La dentinogenèse imparfaite n’est pas toujours présente
Type II Mortelle autour de la naissance Fractures très nombreuses même avant la naissance
Déformations sévères
Troubles respiratoires majeurs causant le décès
Type III Sévère, mais non mortelle
Déformation progressive
Fractures nombreuses
Personnes de petites tailles, déformation de la colonne vertébrale
Sclère bleue
Dentigenèse imparfaite
Visage de forme triangulaire
Type IV  Intermédiaire
Déformations possibles
Sclère Blanche
Déformation des os longs et des vertèbres
Dentinogenèse imparfaite possible
Gravité entre le type I et III

Le diagnostic

En fonction du stade de sévérité, le diagnostic de la maladie des os de verre peut être posé à la naissance, au cours de la grossesse ou le plus souvent lorsque l’enfant commence la marche. Le diagnostic repose surtout sur la mise en évidence de signes cliniques et radiologiques caractéristiques.

L’examen clinique

C’est l’examen des symptômes par un médecin en consultation. Le diagnostic de maladie des os de verre est évoqué devant :

  • Une sclère (blanc de l’œil) de couleur bleue ou grise ;
  • Des fractures à répétitions ;
  • Des déformations osseuses : tassements vertébraux, anomalie de l’architecture de la cage thoracique ;
  • Troubles de la croissance ;
  • Forme et couleur de la dentition ;
  • Peau transparente et hématomes.

Par ailleurs, le médecin interroge les proches afin de savoir s’il existe d’autres cas de maladie des os de verre dans la famille ou si certaines personnes de l’entourage présentent de tels symptômes. L’ensemble de l’interrogatoire et du contexte familial permet au médecin d’orienter le patient vers des bilans complémentaires qui permettront d’affirmer l’affection d’ostéogenèse imparfaite.

Bilan radiologique

Bilan radiologiqueIl consiste à réaliser des clichés de différentes structures osseuses. Il comporte au minimum :

  • Une radiographie du crâne ;
  • De la colonne vertébrale ;
  • De la cage thoracique ;
  • Des os longs tel que le fémur.

Les radiologues rechercheront sur les images :

  • Des séquelles de fractures;
  • Des transparences osseuses ;
  • Des déformations du crâne.

La mise en relation des données issues de l’examen clinique et radiologique permettent de poser un diagnostic de maladie des os de verre. Cependant, des bilans complémentaires sont souvent prescrits afin de mieux définir le stade de gravité.

La densitométrie osseuse

Cet appareil d’imagerie médicale permet de quantifier la densité minérale osseuse (DMO), c’est-à-dire de donner un aperçu de la solidité osseuse. Plus la DMO est basse et plus le patient a de risques de fractures.

Le diagnostic prénatal

L’ostéogenèse imparfaite ne possède pas de diagnostic prénatal fiable et n’est pas réalisée de manière systématique pour l’ensemble des grossesses.

Néanmoins, il est possible dans certains cas. En effet, au cours d’une échographie de routine le gynécologue peut voir apparaître certains éléments comme une incurvation des membres voire même des fractures chez le fœtus. Les signes échographiques anténataux ne concernent cependant que les formes sévères de la maladie.

Enfin, il existe un diagnostic utilisant l’ADN fœtal qui peut être mis en place pour les couples ayant déjà eu un enfant porteur de la maladie. Malheureusement, il est extrêmement complexe de mettre la maladie en évidence grâce à ce bilan du fait du nombre important de gènes impliqués.

Le traitement de la maladie des os de verre

L’ostéogenèse imparfaite est une maladie rare peu connue et provoquant de nombreuses incapacités chez les patients. Pour cette raison, elle nécessite une prise en charge pluridisciplinaire impliquant à la fois le personnel médical, paramédical mais aussi psychosocial. A l’heure actuelle, il n’existe pas de traitement curatif de cette affection (traitement de la cause). La thérapeutique s’emploie donc à diminuer les symptômes et à améliorer la qualité de vie des patients.

Les traitements médicamenteux

Les traitements médicamenteux sont limités. Une seule classe de médicaments a réellement prouvée son efficacité dans l’ostéogenèse imparfaite, il s’agit des bisphosphonates. Cette famille de molécule également utilisée dans l’ostéoporose a comme propriétés de diminuer la résorption osseuse et d’inhiber l’activité des cellules participant au remodelage osseux : les ostéoclastes.

A savoir ! L’os est un tissu vivant à part entière qui subit un remodelage permanent. Les ostéoclastes sont des cellules spécialisées qui dégradent l’os afin de pouvoir le remodeler. La résorption osseuse correspond à la dégradation de l’os par ces ostéoclastes. Les bisphosphonates sont des molécules de synthèses s’incorporant dans l’os comme des minéraux, mais qui ont la propriété de ne pas être sensible à la dégradation des ostéoclastes. Ils permettent donc de modifier la balance fabrication/destruction de l’os en faveur de la fabrication.

Les effets bénéfiques des bisphosphonates dans la maladie des os de verre sont :

  • Une baisse des douleurs osseuses
  • Une diminution du nombre de fractures de l’ordre de 65 %
  • Un gain de la masse osseuse
  • Une meilleure croissance

Par ailleurs, une supplémentation en calcium et en vitamine D est absolument nécessaire afin de permettre une croissance osseuse optimale.

Le traitement chirurgical

Dans les formes sévères comportant de nombreuses déformations osseuses ou dans le traitement de multiples fractures, la chirurgie peut être proposée. Deux grands types d’intervention existent :

  • La pose de clous télescopiques : qui consiste à introduite de petits clous dans les os. Le but est de corriger les déformations osseuses ainsi que de réduire significativement le risque de fractures. De plus, cette opération a l’avantage de ne pas altérer la croissance.
  • L’arthrodèse vertébrale : qui est la mise en place de tige métallique dans les vertèbres afin de stabiliser le dos. Cette intervention complexe permet la position assise chez un malade en fauteuil roulant.

La prise en charge rééducative

C’est un élément indispensable qui doit être poursuivi tout au long de la vie du malade. Tout d’abord, elle vise à apprendre aux parents à manipuler leur enfant sans anxiété et sans danger. De plus, la rééducation vise à combattre les douleurs et au maintien de l’autonomie. Par ailleurs, elle a vocation à former au maniement du fauteuil roulant et au transfert des forces aux membres supérieurs. Un autre objectif peut être la reprise de la marche après une immobilisation.

A savoir ! La balnéothérapie trouve une place importante dans la prise en charge de la maladie des os de verre. En effet, le travail en milieu aquatique permet le renforcement musculaire du malade sans risque de fractures ou de traumatismes.

La prise en charge psycho-sociale

La maladie des os de verre provoque de grandes perturbations dans la vie quotidienne des patients même dans les formes modérées. Cette prise en charge permet d’éduquer le patient et l’entourage à toutes les contraintes liées à la maladie. Elle vise à l’aménagement de l’environnement du patient pour limiter les risques de chutes ou de traumatismes pouvant amener à de graves fractures. Par exemple, la mise en place d’un espace de récréation calme et adapté pour les enfants scolarisés.

Aussi, la prise en charge psycho-sociale vise à rompre l’isolement des malades et de leur famille en leur proposant une écoute attentive et un partage d’expériences notamment par le biais des associations de malades, telle que l’Association de l’Ostéogenèse Imparfaite.

Les maladies rares comme l’ostéogenèse imparfaite sont souvent synonymes de détresse psychologique pour le malade ainsi que pour les proches du fait de peu de connaissances et de traitement disponible sur le sujet. Les malades se heurtant fréquemment à une mauvaise compréhension de leurs états. C’est pour cela qu’un développement de la prise en charge psycho-sociale est indispensable pour améliorer la qualité de vie des malades.

Jean C., Pharmacien

– L’ostéogenèse imparfaite – Orphanet – Mis à jour en janvier 2007
– Qu’est ce que l’OI ? – L’association de l’ostéogénèse imparfaite – Mis à jour le 25 janvier 2017
– L’ostéogenèse imparfaite – Rhumato.info – Mis à jour le 24 juin 2012
– Protocole National de Diagnostic et de Soins (PNDS) Ostéogenèse Imparfaite – Haute Autorité de Santé (HAS) – Mis à jour le 4 janvier 2017