Médicament et observance : comment l’améliorer ?
Un sondage OpinionWay pour MedInTechs révèle que près d’un malade chronique sur deux oublie son traitement. Un phénomène massif, lié à la charge mentale, qui fragilise le soin au quotidien.

C’est un geste banal. Une petite pilule avalée le matin, une goutte dans l’œil, une injection hebdomadaire. Pour des millions de Français atteints de maladies chroniques, le traitement fait partie du quotidien. Et pourtant, ce rituel censé protéger la santé est bien plus fragile qu’on ne l’imagine.
Selon une étude réalisée par OpinionWay pour MedInTechs, 42 % des patients sous traitement de longue durée déclarent avoir oublié ou interrompu au moins une prise au cours des douze derniers mois. Autrement dit, près d’un malade chronique sur deux. Un chiffre qui révèle un problème massif, longtemps passé sous silence, aux conséquences pourtant majeures pour la santé publique… et pour les finances du système de soins.
Car derrière ces oublis, ce n’est pas seulement une question de discipline. C’est tout un mode de vie qui se heurte à la rigueur médicale.
Les seniors, plus rigoureux que les autres
Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les plus âgés qui oublient le plus. Bien au contraire. Les plus de 65 ans apparaissent comme les patients les plus réguliers : seuls 24 % déclarent avoir manqué au moins une prise sur l’année écoulée.
Pourquoi une telle différence ? Parce que, chez eux, le traitement est souvent intégré depuis longtemps dans la routine quotidienne. Mais même dans cette population réputée plus observante, la fatigue se fait sentir.
Quatre seniors sur dix se disent épuisés par la contrainte de suivre leur traitement sur le long terme, parfois pendant des années, voire à vie. Et 39 % ressentent un écart entre ce que le système de soins attend d’eux et ce qu’ils sont réellement capables de faire au quotidien. Une pression invisible, mais bien réelle.
L’oubli, bien plus fréquent que le rejet
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la non-observance ne vient pas d’un refus de se soigner. Les chiffres sont clairs : chez les seniors, l’oubli est de loin la première cause.
Quand un traitement n’est pas pris, c’est le plus souvent à cause :
- d’un simple oubli (17 %),
- d’un changement de routine (5 %),
- de l’idée que « ce n’est pas grave » de sauter une prise (4 %),
- de la disparition des symptômes (2 %),
- ou, plus rarement, des effets secondaires (1 %).
Pour le Pr Gérard Friedlander, professeur émérite à l’Université Paris Cité, « quand un patient décroche de son traitement, ce n’est pas un refus de se soigner. C’est souvent le signe que le traitement devient difficile à faire tenir dans la vie quotidienne ».
Un constat partagé par de nombreux soignants : ce n’est pas le médicament qui est rejeté, mais la contrainte qu’il impose, jour après jour.
Des outils numériques encore peu utilisés
Pour aider les patients à ne plus oublier, les solutions technologiques se multiplient : piluliers connectés, applications, rappels sur smartphone. Mais leur adoption reste très limitée, notamment chez les plus âgés.
Parmi les plus de 65 ans, 31 % utilisent encore un pilulier classique, mais seuls 7 % se servent de rappels sur leur téléphone et à peine 2 % d’une application de santé.
Des outils pourtant capables d’alléger la charge mentale… mais qui ne convainquent pas encore ceux qui en auraient le plus besoin.
Des traitements jugés trop complexes
Fait marquant : 67 % des patients ayant déjà oublié une prise estiment que des traitements plus simples à suivre amélioreraient leur quotidien, loin devant les solutions technologiques.
Plus surprenant encore, 72 % des seniors interrogés pensent que “rien de particulier” ne pourrait améliorer leur observance. Comme si l’oubli était devenu une fatalité.
Pourtant, derrière ces chiffres, c’est toute une question de société qui se dessine : comment accompagner des patients appelés à vivre longtemps avec leur maladie, sans transformer leur quotidien en parcours d’obstacles ? Pour le Pr Friedlander, « la responsabilité est l’affaire de tous ».
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