L'âme laisse le corps de jeune homme

La paralysie du sommeil est une expérience effrayante expérimentée au moins une fois par 20% de la population. Elle se traduit par une impossibilité totale de bouger ou de s’exprimer pendant quelques secondes voire minutes. Outre la paralysie, des hallucinations peuvent être associées. Il n’existe aucun diagnostic ou traitement particulier, sauf en présence d’une pathologie sous-jacente au trouble.

Définition et symptômes

Qu’est-ce qu’une paralysie du sommeil ?

Homme souffrant de la paralysie de sommeilUne paralysie du sommeil est un trouble du sommeil survenant à l’endormissement (état hypnagogique) ou au réveil (état hypnopompique). Elle est caractérisée par l’impossibilité de bouger ou de parler, et elle est généralement associée à des hallucinations. L’état de paralysie peut durer de quelques secondes à plusieurs minutes.

Ce trouble est fréquent. On estime qu’environ 20% de la population aurait fait l’expérience d’une paralysie du sommeil, souvent pendant l’adolescence.

On peut expliquer la paralysie du sommeil par un phénomène normal qui se produit d’ordinaire pendant le sommeil paradoxal (celui où l’on rêve) : l’atonie musculaire ou l’absence de tonus musculaire qui a pour objectif d’empêcher l’individu qui rêve de passer à l’action dans la réalité. Cette inhibition temporaire de l’activité musculaire est rendue possible grâce à un neurotransmetteur, la glycine. Normalement, ce dernier se dissipe juste avant la fin du rêve et avant le réveil. Il arrive cependant que le neurotransmetteur continue de bloquer les fonctions motrices alors que la personne est éveillée, d’où la paralysie en cas de paralysie du sommeil. Sous la surprise de la paralysie, le cerveau encore en état de conscience intermédiaire essaie de rationnaliser l’expérience et produit la sensation d’une présence effrayante (via les hallucinations).

À savoir ! Souvent, la simple explication du mécanisme de la paralysie du sommeil suffit à faire disparaître la peur et les hallucinations associées.

Les causes généralement évoquées pour la paralysie du sommeil sont :

  • La fatigue ;
  • Le stress ;
  • L’anxiété ;
  • Une modification des habitudes de vie (déménagement, changement de poste) ;
  • Une mauvaise hygiène de sommeil (horaires irrégulières).

À noter ! La paralysie du sommeil est l’un des symptômes de la narcolepsie. Cependant, jusqu’à 30% de la population peut l’expérimenter une fois dans sa vie sans qu’il n’existe de pathologie sous-jacente.

Quels symptômes ?

Une paralysie du sommeil survient lors d’états intermédiaires entre la veille et le sommeil, plus volontiers à l’occasion du réveil matinal ou en fin de sieste. Bien que le trouble puisse survenir dans n’importe quelle position, il semble toutefois plus fréquent lorsque le dormeur est allongé sur le dos.

Les symptômes d’une paralysie du sommeil sont caractéristiques. Le patient souffre tout d’abord d’une paralysie qui se manifeste par une impossibilité de bouger ou de parler. Il peut également être victime d’hallucinations, aussi bien auditives que tactiles ou visuelles. Lors de la « crise », le patient a peur et se sent en danger. Les personnes ayant vécu l’expérience parlent de sensation « de flottement », « de poids sur la poitrine » ou « de présence d’un intrus ».

Les symptômes sont bénins et ne présentent aucun danger réel pour le corps. Cependant, la peur éprouvée et les hallucinations vécues lors de ce trouble peuvent être traumatisantes.

Il existe plusieurs degrés d’hallucination, allant de l’illusion légère à l’hallucination complète. En effet, le patient peut avoir l’impression d’une présence inquiétante voire maléfique. Dans certains cas, cette présence se révèle agressive et peut s’asseoir sur le torse du dormeur comme pour essayer de l’étouffer ou de l’étrangler. Ce type d’expérience a donné lieu à divers mythes partout dans le monde : Old Hag (vieille sorcière) en Amérique du Nord,  Incube et Succube en Europe, le broyeur d’os dans les pays baltes, etc.

D’autres types d’hallucinations sont quelques fois rapportés :

  • Sonores, avec des craquements ou claquements dans la tête, sonneries ;
  • Tactiles, se traduisant par des impressions de contacts physiques, la sensation d’être tiré par les pieds, des vibrations dans le corps ou des tremblements ;
  • Visuelles, avec des tâches lumineuses, des boules de lumière ou la perception d’objets dans le noir ;
  • Kinesthésique, se manifestant par des sensations de flottement, de chute ou d’expériences extracorporelles.

Diagnostic et traitement

Quel diagnostic ?

Jeune fille vole dans son litConcernant les paralysies nocturnes isolées, il n’existe aucun diagnostic particulier. Il est possible d’en parler avec son médecin qui jugera de la pertinence ou non de rechercher une cause sous-jacente (la narcolepsie). Seuls quelques conseils pourront être donnés au patient pour l’aider à mieux gérer ce trouble lorsqu’il survient.

La narcolepsie est évoquée devant la présence d’une somnolence excessive chronique au cours de la journée. L’intensité de ce symptôme est évaluée d’abord cliniquement par un interrogatoire (élimination des autres causes de somnolence excessive) puis via une échelle spécifique. La plus fréquemment utilisée est l’échelle d’Epworth composée de 8 questions avec 4 réponses possibles (jamais, faible risque de somnoler, risque modéré et risque élevé) à chaque fois. Le diagnostic est confirmé par des examens réalisés en centre du sommeil.

Quel traitement ?

Il n’existe pas de traitement spécifique pour traiter ce trouble, d’autant plus lorsque celui-ci ne survient qu’une seule fois. Pendant la crise, il est conseillé de faire des exercices de respiration pour se détendre et stopper la paralysie plus rapidement.

Concernant les hallucinations associées à la paralysie du sommeil, il est possible de bien les vivre en choisissant de les orienter pour que l’hallucination prenne une tournure agréable. On parle de rêve lucide. Effectivement, le caractère stressant et effrayant des paralysies du sommeil est entièrement lié à l’appréhension du patient qui se demande ce qui lui arrive. Souvent, le simple fait de connaître le mécanisme de survenue de ce trouble permet au patient de se détendre et de mieux vivre les paralysies du sommeil.

À noter ! Le contact avec une autre personne permet de stopper la paralysie. Il est donc utile d’en informer son entourage pour recevoir un peu d’aide. En effet, l’atonie musculaire ne concerne que les grands muscles, les petits comme ceux des doigts et des paupières peuvent être mobilisés.

Les mesures préventives principales consistent à se relaxer et à se reposer. Il est aussi préférable d’opter pour un sommeil à heures fixes lorsque cela est possible.

Lorsque les paralysies du sommeil sont en lien avec la narcolepsie, il faut traiter cette dernière pour faire disparaître les paralysies. Aucun traitement curatif n’existe pour le moment. La prise en charge de cette pathologie repose d’une part sur une bonne hygiène de vie et de sommeil (heures de sommeil régulières, siestes brèves lors des accès de somnolence), et d’autre part sur des médicaments dits « éveillant ». Le traitement de première intention est le modafinil, efficace dans 70% des cas et en seconde intention (en cas de résistance au premier traitement), on trouve le méthylphénidate.

Charline D., Docteur en pharmacie

– La paralysie du sommeil. CIRCEE. Consulté le 11 août 2020.
– Paralysie du sommeil : ce qu’il faut faire si vous en êtes victime. MEDISITE. Consulté le 11 août 2020.