Obésité : hommes et femmes ne sont pas égaux face aux risques

Par |Publié le : 13 avril 2026|Dernière mise à jour : 13 avril 2026|4 min de lecture|

Graisse abdominale chez les hommes, inflammation et cholestérol chez les femmes : une étude révèle que l’obésité n’expose pas aux mêmes dangers selon le sexe. De quoi changer la prise en charge.

Hommes et femmes ne sont pas égaux face à l'obésité.

Et si l’obésité n’avait pas les mêmes conséquences selon que l’on soit un homme ou une femme ? C’est ce que suggèrent de nouvelles recherches qui seront présentées au Congrès européen sur l’obésité (ECO), en mai à Istanbul. Selon les scientifiques, derrière un diagnostic commun, les mécanismes et les risques sont nettement différents.

Aujourd’hui, l’enjeu est colossal. En 2023, près de 1,54 milliard d’adultes dans le monde vivaient avec un syndrome métabolique, un cocktail de facteurs de risque associant obésité abdominale, hypertension, excès de sucre et cholestérol élevé. Autant d’éléments qui ouvrent la voie aux maladies cardiovasculaires et au diabète de type 2.

Graisse abdominale chez les hommes, inflammation chez les femmes

Selon les chercheurs, les hommes obèses sont plus susceptibles de développer une accumulation de graisse abdominale (viscérale), celle qui entoure les organes. Un type de graisse particulièrement dangereux, étroitement lié aux maladies cardiovasculaires et aux troubles métaboliques.

Ils présentent aussi des signes d’une santé hépatique plus fragile, avec une élévation des enzymes du foie. En clair, leur organisme semble davantage exposé à des complications hépatiques.

Chez les femmes, le tableau est différent. Elles apparaissent plus sujettes à une inflammation généralisée de l’organisme, ainsi qu’à un profil lipidique moins favorable. Leur taux de cholestérol total et de « mauvais » cholestérol (LDL) est plus élevé, deux facteurs de risque majeurs pour le cœur.

Une étude sur plus de 1 100 patients

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont analysé les données de 1 134 adultes suivis en clinique spécialisée, dont 886 femmes et 248 hommes. Tous ont fait l’objet d’examens complets : mesures corporelles, tension artérielle, analyses sanguines détaillées et marqueurs inflammatoires.

Résultat : les hommes présentent un tour de taille nettement plus élevé et une tension légèrement supérieure. Ils affichent aussi davantage de triglycérides et de marqueurs liés au foie et aux reins. À l’inverse, les femmes se distinguent par des niveaux plus élevés de cholestérol et de marqueurs inflammatoires, comme la protéine C-réactive ou le nombre de plaquettes.

Hormones, immunité : les clés d’un écart biologique

Comment expliquer ces écarts ? Les chercheurs pointent des facteurs biologiques. Les hormones, notamment les œstrogènes, jouent un rôle clé dans la manière dont les graisses sont stockées et dans la réponse inflammatoire.

Les femmes stockent davantage de graisse sous la peau, tandis que les hommes accumulent plus facilement de la graisse autour des organes internes. Leur système immunitaire diffère aussi, influençant la manière dont leur corps réagit à l’excès de poids.

« Nos résultats révèlent des différences fascinantes dans la façon dont les hommes et les femmes réagissent à l’obésité », explique dans un communiqué de presse le Dr Zeynep Pekel, auteure principale de l’étude. « Ils démontrent l’importance cruciale de la recherche spécifique au sexe. Non seulement les différences liées au sexe jouent un rôle déterminant dans la pathologie et l’évolution de l’obésité, mais nos résultats indiquent que ces différences pourraient constituer un tremplin vers la mise au point de thérapies ciblées et adaptées au sexe, afin d’améliorer la prise en charge des personnes obèses. »

Vers des traitements enfin adaptés au sexe ?

Ces résultats pourraient changer la manière de prendre en charge l’obésité. Plutôt qu’une approche uniforme, les médecins pourraient adapter les traitements selon le sexe, en ciblant les risques spécifiques.

Reste que les chercheurs appellent à la prudence. « Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives, et ces résultats doivent être confirmés auprès d’autres groupes de patients », souligne le professeur Zeynep Pekel. « Ces différences sont probablement influencées par des facteurs biologiques tels que les hormones, les réponses immunitaires et la répartition des graisses. Nos prochaines étapes consistent à valider ces résultats auprès de populations plus importantes, à mieux comprendre les processus biologiques sous-jacents à ces différences et à explorer comment ces schémas sont liés au risque clinique. »

Sources
– Heart, metabolic and inflammatory risk patterns differ markedly between men and women with obesity. www.eurekalert.org. Consulté le 13 avril 2026.
– Sex-Specific Cardiometabolic and Inflammatory Risk Patterns in Clinical Obesity: Analysis of 1134 Adults. drive.google.com. Consulté le 13 avril 2026.

Cet article vous a-t-il été utile ?

Merci pour votre avis !
Elodie Vaz
Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023, Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes. Carte de presse numéro 143067