La dyspraxie est un trouble cognitif spécifique débutant avant ou lors des premiers apprentissages de l’enfant et persistant à l’âge adulte. Affection chronique, elle entraîne des conséquences sur la scolarité, la vie professionnelle et sociale, mais aussi sur l’équilibre psycho-affectif. Son dépistage précoce et sa prise en charge adaptée sont déterminants.


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Qu’est-ce que la dyspraxie ?

La dyspraxie appartient aux troubles cognitifs spécifiques, qui apparaissent au cours du développement de l’enfant et persistent à l’âge adulte. Ces troubles sont divisés en six catégories :

  1. Les troubles spécifiques de l’acquisition du langage écrit : la dyslexie et la dysorthographie ;
  2. Les troubles spécifiques du développement du langage oral : la dysphasie ;
  3. Les troubles spécifiques du développement moteur et/ou des fonctions visuelles et spatiales : la dyspraxie ;
  4. Les troubles spécifiques du développement des processus attentionnels et/ou des fonctions exécutives : les troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité ;
  5. Les troubles spécifiques du développement des processus mnésiques (liés à la mémoire) ;
  6. Les troubles spécifiques des activités numériques : la dyscalculie.

Ces troubles peuvent survenir de manière indépendante ou être associés chez un même enfant.

La dyspraxie est un dysfonctionnement neuropsychologique chronique. En temps normal, la réalisation d’un geste résulte de la gestion coordonnée et automatique de nombreux facteurs temporels et spatiaux, préprogrammés au niveau cérébral. Chez l’enfant dyspraxique, la planification et l’automatisation des gestes volontaires est perturbée, sans aucun lien avec un retard mental, un handicap moteur, visuel ou auditif, un trouble du développement psycho-affectif ou une atteinte neurologique. La pré-programmation cérébrale est incomplète ou inexistante. Le geste ne devient jamais automatique, mais nécessite un contrôle volontaire extrêmement fatigant.

Les spécialistes considèrent en réalité non pas une dyspraxie, mais plusieurs types de dyspraxies :

  1. La dyspraxie idéatoire correspond à une altération de la succession chronologique pour réaliser un geste réel. Elle entraîne des difficultés d’utilisation et de manipulation des objets (utiliser un tournevis, allumer des allumettes).
  2. La dyspraxie idéomotrice est un trouble dans l’organisation du geste moteur, en l’absence d’objet. Elle est à l’origine de difficultés pour réaliser des gestes symboliques et des mimes (faire chut, mimer l’action de jouer de la trompette).
  3. La dyspraxie visuo-constructive comprend les troubles dans les activités d’assemblage et de construction (empiler des cubes, jouer aux Lego, bricoler, coudre)
  4. La dyspraxie visuo-spatiale correspond au trouble de l’organisation et de la construction spatiale (reproduction d’un dessin, difficulté à suivre une cible mobile).
  5. La dyspraxie de l’habillage entraîne de réelles difficultés à s’habiller seul en raison de troubles pour agencer, orienter ou disposer les vêtements (boutonnage, laçage).
  6. La dyspraxie bucco-linguo-faciale ou oro-faciale touche spécifiquement les mouvements de la bouche, mais pas le langage. Souffler, siffler, déglutir ou tirer la langue sont impossibles à réaliser par imitation ou sur consigne verbale.
  7. La dyspraxie verbale est un trouble particulier du langage. L’enfant ne parvient pas à parler correctement en raison de difficultés pour coordonner la langue, les lèvres, le souffle, etc.

Epidémiologie et causes de la dyspraxie

Selon les estimations, la dyspraxie toucherait environ 6 % des enfants de 3 à 5 ans et entre 5 et 7 % des enfants de 5 à 11 ans, mais les études fiables sont rares. De plus, de nombreux enfants ne seraient pas diagnostiqués. Les spécialistes considèrent qu’au moins un enfant dyspraxique est présent dans chaque classe scolaire.

La dyspraxie résulte d’un trouble de la zone cérébrale qui commande la motricité. Mais ses causes restent mal connues. Cette affection est majoritairement innée sans cause identifiée (dyspraxie développementale), mais elle peut aussi toucher des enfants ayant des lésions cérébrales plus ou moins localisées (dyspraxie lésionnelle), liées à différentes situations :

  1. Une prématurité ;
  2. Une souffrance cérébrale lors de la grossesse ou de l’accouchement ;
  3. Des antécédents de traumatisme crânien ;
  4. Une tumeur cérébrale ;
  5. Un accident vasculaire cérébral (AVC).

Manifestations et conséquences de la dyspraxie

Chez le nourrisson, la motricité globale n’est pas affectée par la dyspraxie et est acquise dans les délais habituels. La dyspraxie se manifeste lors de la petite enfance par des difficultés lors des manipulations et une instabilité posturale. Très vite, les apprentissages deviennent longs et difficiles et l’enfant n’acquiert pas l’autonomie.

L’enfant dyspraxique conçoit les gestes, mais ne parvient pas à les organiser et à les réaliser harmonieusement. Les principales manifestations observées en cas de dyspraxie sont :

  1. Des difficultés à s’habiller, à se laver, à se moucher, à manger ;
  2. Des difficultés pour acquérir la propreté ;
  3. Des difficultés à assembler les éléments d’un puzzle, à faire son cartable ;
  4. Des difficultés d’utilisation et de manipulation des objets ;
  5. Des difficultés motrices (courir, sauter, faire du vélo, …) ;
  6. Des difficultés à réaliser des gestes symboliques ;
  7. Des difficultés pour se repérer et s’orienter ;
  8. Une grande maladresse ;
  9. Un retard graphique important et durable : la dysgraphie ;
  10. Des difficultés orales : la dyspraxie de la parole ;
  11. Une lenteur, une fatigabilité et des difficultés à se concentrer ;
  12. Des troubles du tonus musculaire.

Chaque enfant est affecté différemment par la dyspraxie. Généralement, ces enfants sont éveillés, curieux et dotés d’une excellente mémoire.

En raison de ces manifestations, la dyspraxie entraîne des conséquences importantes sur la vie de l’enfant et du futur adulte :

  1. Un manque d’autonomie dans la vie quotidienne ;
  2. Une scolarité très difficile ;
  3. Une participation limitée aux activités ludiques ;
  4. Une mauvaise estime de soi ;
  5. Un isolement social ;
  6. Un risque de dépression grave ou de repli sur soi ;
  7. Des difficultés d’apprentissage des savoir-faire professionnels ;
  8. Des difficultés à se déplacer pour le travail ou les loisirs.

Ces troubles et leurs conséquences peuvent persister à l’âge adulte, surtout chez les enfants non diagnostiqués et donc non pris en charge de manière adaptée.

Le diagnostic de la dyspraxie

Le dépistage précoce de la dyspraxie est fondamental pour limiter au maximum les conséquences de cette affection sur la vie de l’enfant. Le moment du dépistage dépend de l’âge et des troubles présentés par l’enfant. Il peut survenir dans des circonstances particulières, telles que :

  1. La surveillance systématique d’anciens prématurés ;
  2. Le suivi de séquelles de lésions cérébrales ;
  3. Un bilan scolaire en fin d’école maternelle ou en primaire, surtout en cas de retards importants en graphisme ;
  4. A l’occasion de redoublements ou d’échecs scolaires importants.

Le diagnostic de la dyspraxie peut être posé par :

  1. Un médecin : médecin traitant, pédiatre, neuropédiatre, médecin de rééducation ou médecin scolaire ;
  2. Une équipe pluridisciplinaire spécialisée, constituée d’un pédopsychiatre, d’un psychologue, d’un neurologue, d’un psychomotricien, d’un orthophoniste, d’un ergothérapeute, d’un ophtalmologiste, d’un oto-rhino-laryngologiste (ORL) et d’un médecin.

Le diagnostic est généralement confirmé à l’issue d’un bilan médical complet, basé sur plusieurs éléments :

  1. Un examen clinique pour exclure tout trouble moteur, orthopédique ou musculaire ;
  2. Un bilan neuropsychologique avec des tests psychométriques pour évaluer la mémoire, l’attention, le langage et diverses fonctions cérébrales ;
  3. Un bilan neurologique pédiatrique pour étudier le fonctionnement du système nerveux de l’enfant ;
  4. Un bilan ergothérapique afin d’estimer la motricité, l’usage de la vue et du toucher, ainsi que l’organisation dans l’espace et l’autonomie ;
  5. Un bilan orthophonique pour évaluer le langage, mais aussi le raisonnement logique et mathématique ;
  6. Un bilan pédopsychiatrique à la recherche d’éventuels troubles du développement affectif ou psychologique.

Des examens complémentaires peuvent être nécessaires en fonction de la situation précise de l’enfant. A l’issue du diagnostic et des bilans, une prise en charge personnalisée est proposée à l’enfant et à sa famille.

La prise en charge de la dyspraxie

La dyspraxie reste une maladie encore méconnue et il est fortement recommandé que l’enfant soit pris en charge par un centre référent. Ce type de centre, implanté dans les centres hospitaliers régionaux, est un lieu d’information, de diagnostic et de prise en charge des troubles spécifiques du langage et des apprentissages. Il regroupe des équipes pluridisciplinaires compétentes pour diagnostiquer la dyspraxie et coordonner les soins les plus adaptés.

La prise en charge de la dyspraxie repose essentiellement sur la mise en place précoce de rééducations adaptées :

  1. L’orthoptie traite les troubles de la vision et du regard.
  2. L’ergothérapie concerne la coordination des gestes et la précision des mouvements. Elle permet aussi l’apprentissage de techniques pour faciliter l’autonomie de l’enfant, si besoin avec du matériel adapté.
  3. L’orthophonie est une rééducation de la voix, de la parole et du langage, écrit ou oral. Les problèmes logiques ou mathématiques sont également abordés.
  4. La psychomotricité se traduit par des exercices sur l’articulation entre le corps et les commandes cérébrales, le schéma corporel, les repères dans l’espace, la motricité globale et fine.
  5. Le soutien psychologique est souvent indispensable en raison des conséquences psychiques de la dyspraxie. Il vise à remettre l’enfant en confiance et à le déculpabiliser par rapport à sa maladie.

La participation de la famille et de l’entourage de l’enfant est primordiale pour la réussite de la prise en charge qui est souvent longue et fatigante pour l’enfant.

Dyspraxie et scolarité

La dyspraxie rime très souvent avec l’échec scolaire. Cette maladie est reconnue comme un handicap nécessitant des mesures d’accompagnement spécifiques depuis 2005. Une scolarité classique peut cependant être envisagée, parfois avec de simples aménagements :

  1. Une diminution de l’usage de l’écrit pour privilégier l’oral ;
  2. Une adaptation des contrôles ;
  3. Un allègement de la charge de travail.

Des aides supplémentaires peuvent être obtenues sur demande, comme la mise à disposition d’un ordinateur et de logiciels adaptés. L’enfant peut être accompagné par différents intervenants extérieurs :

  1. Des psychologues scolaires et professeurs des écoles spécialisés des Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté (RASED) ;
  2. Des professionnels des secteurs médicosociaux, médicaux et paramédicaux ;
  3. Un auxiliaire de vie scolaire, individuel ou mutualisé entre plusieurs élèves.

Enfin, les examens et concours peuvent également être aménagés en fonction des difficultés de l’enfant (durée des épreuves, outils spécialisés, secrétariat, …).

Cependant, lorsque les troubles de l’enfant sont importants ou évoluent, une scolarisation dans une structure adaptée peut être nécessaire. Deux types de structures sont alors indiqués :

  1. Les classes spécialisées des écoles ordinaires, mises en place dans les écoles primaires, les collèges et les lycées ;
  2. Les unités d’enseignement en milieu spécialisé pour une scolarisation à temps partiel ou complet dans un établissement médicosocial et éducatif spécifique.

Dans tous les cas, un cadre formalisé est nécessaire pour mobiliser et coordonner l’ensemble des acteurs intervenant dans la scolarisation de l’enfant. Deux types de dispositifs peuvent être utilisés :

  1. Le projet d’accueil individualisé (PAI) est une convention entre l’établissement scolaire, le médecin scolaire et la famille et est destiné à faciliter la scolarité de l’enfant.
  2. Le projet personnalisé de scolarisation (PPS) fixe les modalités de scolarité des enfants présentant un handicap important.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

– Dyspraxie : caractéristiques et profil de l’enfant dyspraxique. Fabrice Pastor. IRLES. Mis à jour le 18 septembre 2016.
– Dyspraxie de l’enfant. AMELI Santé. 25 avril 2017.
– Dyspraxie. Fédération Française des Dys. – Consulté le 19 juin 2017.
– Les dyspraxies. Dyspraxie.info. – Consulté le 19 juin 2017.