Santé mentale : ce que signifie vraiment “aller bien”, selon la science
Se sentir bien, est-ce suffisant pour être en bonne santé mentale ? Une étude internationale inédite met fin au flou et redéfinit enfin les vrais piliers du bien-être psychologique.

C’est une expression omniprésente, dans les médias comme dans les politiques publiques, mais longtemps restée floue : le « bien-être mental ». Que recouvre-t-il exactement ? À partir de quand peut-on dire qu’une personne est en bonne santé mentale ? Une étude internationale, publiée le 10 avril dans Nature Mental Health, vient enfin poser un cadre clair et partagé.
Menée par des chercheurs de l’Université d’Adélaïde et de l’organisation Be Well Co, cette recherche marque un tournant. Pour la première fois, 122 experts issus de 11 disciplines — de la médecine à la philosophie en passant par la sociologie — se sont accordés sur une définition commune. Résultat : un consensus sur 19 dimensions du bien-être mental, dont six font figure de piliers incontournables.
Six piliers essentiels pour aller vraiment bien
Parmi ces éléments essentiels, on retrouve le sens et le but, autrement dit « le sentiment que la vie vaut la peine d’être vécue », mais aussi la satisfaction de vie, l’acceptation de soi, le lien aux autres, l’autonomie et enfin le bonheur, défini comme une humeur positive fréquente.
Une clarification attendue de longue date. « En reconnaissant que la santé mentale positive n’est pas un sentiment unique, mais une combinaison de ce que nous ressentons, de ce que nous fonctionnons et de ce que nous ressentons avec les autres, l’étude apporte une clarté indispensable au domaine », explique dans un communiqué de presse, le Dr Matthew Iasiello, chercheur à l’Université d’Adélaïde et principal auteur de l’étude.
Car jusqu’ici, le flou dominait. « Pendant trop longtemps, le bien-être mental a été défini de différentes manières dans la recherche, les soins de santé et les instances gouvernementales, ce qui rend presque impossible la comparaison des données probantes ou l’élaboration de politiques efficaces », poursuit-il. « Imaginez s’il existait 150 façons différentes de mesurer la tension artérielle : les résultats seraient dénués de sens », ajoute-t-il.
Non, être en bonne santé mentale, ce n’est pas être heureux tout le temps
Parce que contrairement aux croyances populaires, la santé mentale ne se résume pas à l’absence de troubles. Une personne peut souffrir d’une maladie mentale tout en conservant un certain niveau de bien-être. Une nuance essentielle, qui change le regard porté sur ces questions.
L’étude distingue également ce qui constitue la santé mentale… et ce qui l’influence sans la définir. Le revenu, le logement ou encore la santé physique sont ainsi identifiés comme des facteurs importants, mais pas comme des composantes directes du bien-être mental.
Contrairement à une idée reçue, être en bonne santé mentale ne signifie pas être heureux en permanence. « Une bonne santé mentale ne consiste pas à se sentir bien tout le temps », insiste le Dr Iasiello. « Il s’agit de bénéficier d’une combinaison de bien-être émotionnel, de fonctionnement psychologique et de liens sociaux qui vous aide à mener une vie significative et gérable, même lorsque les choses sont difficiles. »
Autrement dit, la solidité mentale se mesure aussi dans la capacité à faire face. « Ainsi, la santé mentale positive ne consiste pas tant à se sentir bien en permanence, mais plutôt à réunir les facteurs nécessaires pour faire face aux difficultés, bien vivre et donner un sens à sa vie. »
Pourquoi cette définition pourrait tout changer au travail et à l’école
Un cadre qui pourrait avoir des effets très concrets. « Lorsque les gens parviennent mieux à identifier les aspects de leur bien-être qui sont forts et ceux qui pourraient avoir besoin de soutien, cela leur permet de mieux cibler leurs efforts », souligne le chercheur.
Au-delà des individus, ce travail vise aussi à guider les entreprises, les écoles ou les pouvoirs publics. « Les lieux de travail, les organisations gouvernementales et les groupes communautaires ont souvent besoin d’aide pour créer les conditions qui permettent à leurs membres de s’épanouir », explique le Dr Joep van Agteren, co-chercheur à l’Université d’Adélaïde et de Be Well Co.
Et les solutions ne sont pas toujours complexes. « Qu’il s’agisse des ministères qui créent des espaces de connexion ou des enseignants qui insufflent de l’optimisme aux enfants à l’école, beaucoup d’entre nous contribuent déjà au bien-être sans même s’en rendre compte. »
“On ne peut pas construire ce qu’on ne peut pas définir”
Pour les chercheurs, l’enjeu est désormais clair : disposer d’une base commune pour agir efficacement. « On ne peut pas construire ce qu’on ne peut pas définir », rappelle Dan Fassnacht, auteur de l’étude. « Pour la première fois, nous disposons d’un modèle scientifiquement validé de ce à quoi ressemble une bonne santé mentale – et cela change tout. » Une avancée majeure, à l’heure où cette spécialité s’impose comme un enjeu central de société.
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