Skincare chez les ados : quand les routines beauté deviennent excessives
Inspirées par les réseaux sociaux, de plus en plus d’adolescentes et d’adolescents adoptent des routines skincare complexes, parfois calquées sur celles des adultes. Peelings, exfoliations répétées, superposition de produits… Ces pratiques, souvent perçues comme anodines, peuvent pourtant fragiliser une peau encore en développement. Décryptage.

Ces dernières années, les routines de soins de la peau se sont largement diffusées chez les adolescents. Nettoyants multiples, sérums, exfoliants ou peelings font désormais partie du quotidien de certains jeunes, parfois dès le collège. Un phénomène largement amplifié par les réseaux sociaux, où circulent de nombreux contenus valorisant des routines très élaborées, sans toujours tenir compte de l’âge ni du type de peau.
Pourtant, la peau adolescente ne fonctionne pas comme une peau adulte. « La peau des adolescents est en phase de maturation », explique Marjorie Lassalle, ingénieure de recherche en formulation à l’École de Biologie Industrielle (EBI). Sous l’effet des bouleversements hormonaux, la production de sébum évolue, la structure cutanée se transforme et l’équilibre reste fragile.
Une peau adolescente encore en construction
Chez les adolescents, l’épiderme est plus fin et plus sensible. Cette immaturité physiologique rend la peau particulièrement vulnérable, aussi bien aux agressions extérieures qu’aux soins inadaptés. « Les peelings et les exfoliations répétées peuvent perturber la barrière cutanée déjà fragile, en créant des microlésions », précise Marjorie Lassalle.
Lorsque cette barrière protectrice est altérée, la peau devient plus réactive. Rougeurs, tiraillements ou sensations de brûlure peuvent apparaître, parfois de manière durable. Une situation paradoxale, alors que ces soins sont souvent utilisés dans l’objectif d’améliorer l’aspect de la peau.
Quand les routines skincare deviennent contre-productives
L’utilisation trop fréquente ou trop agressive de produits exfoliants expose à plusieurs risques. « Les soins intensifs peuvent provoquer des irritations, une déshydratation et une sensibilité accrue », souligne l’ingénieure de recherche. À cela s’ajoute un déséquilibre du microbiote cutané, cette flore protectrice indispensable à la santé de la peau.
Au-delà de l’inconfort immédiat, certaines conséquences peuvent s’installer dans le temps. Marjorie Lassalle alerte notamment sur le risque de « sensibilité cutanée chronique » lorsque ces pratiques sont adoptées trop tôt ou répétées sans encadrement.
À moyen ou long terme, ces déséquilibres peuvent favoriser l’apparition ou l’aggravation de troubles dermatologiques, comme l’acné ou l’eczéma. « Une utilisation excessive de produits exfoliants peut aussi rendre la peau durablement plus réactive », avertit-elle.
Certains actifs, pourtant très présents dans les routines skincare, sont par ailleurs peu adaptés à l’âge adolescent. « Les acides forts, comme les AHA à haute concentration, peuvent être trop agressifs », explique Marjorie Lassalle. Les rétinoïdes, bien qu’efficaces, peuvent provoquer des irritations sévères, tandis que les produits contenant de l’alcool assèchent la peau et altèrent ses mécanismes naturels de protection.
Exfoliation, peelings : à quelles conditions, et quand s’alerter
L’exfoliation n’est pas totalement à proscrire chez les adolescents, mais elle doit rester encadrée. « Un soin exfoliant peut être envisagé à l’adolescence, à condition d’utiliser des formulations douces », indique Marjorie Lassalle. Les exfoliants enzymatiques ou les acides faiblement dosés sont à privilégier.
La fréquence joue également un rôle clé. « Une fois par semaine maximum », recommande-t-elle. Idéalement, l’introduction d’un nouveau produit exfoliant devrait se faire après avis médical, notamment en cas de peau sensible ou d’acné marquée.
Certains signaux doivent alerter les adolescents et leurs parents : rougeurs persistantes, peau sèche ou qui pèle, démangeaisons, sensations de brûlure, ou apparition de nouveaux boutons. « Une aggravation de l’acné existante est aussi un signe fréquent », souligne l’experte. Dans ces situations, réduire le nombre de produits et revenir à des gestes simples permet souvent de rééquilibrer la peau.
Revenir à l’essentiel : accompagner sans interdire
Une routine adaptée à la peau adolescente repose sur quelques principes simples. « Un nettoyage doux, sans sulfates, suffit dans la majorité des cas », explique Marjorie Lassalle. L’hydratation reste indispensable, avec une crème légère adaptée au type de peau.
La protection solaire, souvent négligée chez les plus jeunes, joue également un rôle important. « L’application d’un produit solaire au quotidien aide à protéger la peau des UV », rappelle-t-elle. L’exfoliation, lorsqu’elle est nécessaire, doit rester occasionnelle et douce.
Les réseaux sociaux contribuent largement à la banalisation de pratiques parfois inadaptées. « Les tendances de soins intensifs diffusées en ligne normalisent l’utilisation de produits agressifs », observe l’ingénieure de recherche. D’où l’importance, pour les parents, d’accompagner sans stigmatiser. Informer les adolescents sur les besoins réels de leur peau et, si nécessaire, consulter un professionnel de santé permet de faire des choix plus adaptés, sans médicaliser à outrance.
Pour accompagner sans interdire, elle suggère aussi de rendre l’ado acteur de ses choix : « pourquoi pas les initier à l’utilisation d’une application qui scanne les codes-barres » et donne des informations sur les ingrédients. L’objectif n’est pas de tout contrôler, mais d’aider à repérer les formules trop décapantes et de revenir à une routine simple. En cas de doute (acné, peau très réactive), « consulter un dermatologue » permet d’avoir un avis adapté.
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