Une patiente libérée de trois maladies auto-immunes grâce à une thérapie génétique inédite
Longtemps condamnée à des soins lourds, une femme a vu son état basculer après une thérapie expérimentale qui a reprogrammé ses défenses internes.

C’est une avancée médicale qui semblait, il y a encore peu, relever de la science-fiction. Une femme atteinte de trois maladies auto-immunes graves a vu son état spectaculairement s’améliorer après un traitement reposant sur la modification génétique de ses propres cellules immunitaires. Près d’un an après l’intervention, elle n’a toujours pas eu besoin de traitement complémentaire.
Lorsque les médecins la rencontrent pour la première fois, son état est critique. « Elle était gravement malade et alitée lorsque nous l’avons rencontrée. Nous l’avons traitée et, sept jours plus tard, elle s’est levée », raconte dans les colonnes de NewScientist, le professeur Fabian Müller, du CHU d’Erlangen, en Allemagne. L’évolution est fulgurante : en quelques mois, la patiente semble totalement rétablie. « Je l’ai vue hier. Elle va parfaitement bien », ajoute le médecin, onze mois après le traitement.
Quand les défenses du corps se retournent contre lui
Cette femme est la première à avoir bénéficié d’un traitement simultané pour trois maladies auto-immunes différentes. Un cas exceptionnel qui intrigue la communauté scientifique. « Le plus incroyable, c’est que l’on puisse traiter simultanément trois maladies auto-immunes et que, par hasard, on puisse les soigner toutes les trois avec un seul traitement », souligne le professeur Müller.
Les maladies auto-immunes surviennent lorsque le système immunitaire, censé défendre l’organisme, se retourne contre lui. Normalement, lors d’une infection, le corps produit une multitude de cellules immunitaires, dont certaines présentent des mutations. Un tri s’opère ensuite : les cellules efficaces contre l’agent infectieux sont conservées, les autres éliminées. Mais ce mécanisme n’est pas infaillible. Certaines cellules défectueuses échappent au contrôle et peuvent persister toute la vie.
Chez cette patiente, le dérèglement remonte à une grossesse survenue plus de dix ans auparavant. Son organisme s’est mis à produire des anticorps attaquant ses globules rouges, provoquant une anémie hémolytique auto-immune, une maladie potentiellement mortelle. À cela se sont ajoutés deux autres troubles : une thrombocytopénie immunitaire, liée à la destruction des plaquettes sanguines, et un syndrome des antiphospholipides, qui favorise la formation de caillots dangereux. Malgré de lourds traitements, son état ne s’améliore pas. Elle dépend alors de transfusions régulières et d’anticoagulants.
Une technologie venue de la recherche contre le cancer
Face à cette impasse, elle est orientée vers une équipe pionnière dans l’utilisation des cellules CAR-T pour les maladies auto-immunes. Jusqu’à récemment, cette technologie était surtout utilisée contre certains cancers. Elle consiste à prélever des cellules immunitaires du patient, à les modifier génétiquement en laboratoire pour qu’elles ciblent des cellules précises, puis à les réinjecter.
Dans ce cas, les chercheurs ont programmé ces cellules pour qu’elles détruisent celles responsables de la production d’anticorps défaillants. Une stratégie radicale mais ciblée. Le traitement n’a pas anéanti l’ensemble du système immunitaire : certaines cellules essentielles, notamment celles issues de la mémoire immunitaire, sont restées intactes. « Elles sont logées dans la moelle osseuse, elles ne sont pas affectées. »
Un système immunitaire reconstruit plutôt que supprimé
Les cellules modifiées ont ensuite été éliminées par l’organisme en quelques mois. Entre-temps, un nouveau système immunitaire s’est reconstruit, débarrassé en grande partie des cellules pathologiques.
Les résultats suscitent un réel espoir. Cette approche est déjà testée pour d’autres maladies auto-immunes comme le lupus, la sclérose en plaques ou encore certaines formes d’asthme sévère. Autre élément marquant : contrairement aux traitements contre le cancer, les effets secondaires semblent ici limités, probablement parce que le nombre de cellules à éliminer est plus faible.
« Il est remarquable qu’une thérapie aussi puissante ait si peu d’effets secondaires dans ce cas précis, et qu’elle permette en plus de guérir la maladie sous-jacente », estime dans le média américain, le professeur Reuben Benjamin, du King’s College de Londres. « C’est un résultat fantastique. »
Entre espoir médical et prudence scientifique
La prudence reste néanmoins de mise. « Un suivi plus long est nécessaire avant que quiconque puisse parler avec confiance de guérison », rappelle Jun Shi, dont l’équipe mène actuellement un essai clinique similaire.
Reste la question du coût et de l’accès à ces traitements hautement personnalisés, qui peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros. Pour certains chercheurs, l’équation pourrait néanmoins s’équilibrer avec le temps, en réduisant les traitements chroniques et leurs conséquences.
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