« Bilharziose : quelle est cette maladie parasitaire et comment s’en protéger aujourd’hui ? »

Par |Publié le : 31 mars 2026|Dernière mise à jour : 26 mars 2026|6 min de lecture|

Attrapée lors d’une simple baignade en eau douce, la bilharziose est l’une des parasitoses les plus fréquentes au monde. Encore largement méconnue des voyageurs, elle peut pourtant entraîner des complications parfois tardives. Le Pr Stéphane Jauréguiberry, chef du service des Maladies infectieuses et tropicales à l’Hôpital universitaire de Bicêtre (AP-HP), fait le point.

bilharziose

La bilharziose, aussi appelée schistosomose, est une infection parasitaire contractée principalement dans les zones tropicales. « La bilharziose, en fait, c’est une parasitose, c’est le fait d’être infecté par un parasite, qui donne une maladie qu’on appelle la bilharziose et qu’on attrape en se baignant en eau douce », explique le Pr Stéphane Jauréguiberry.

Contrairement à certaines idées reçues, il n’est pas nécessaire d’avaler l’eau pour être contaminé. « C’est au contact de l’eau lors d’un bain en général », précise-t-il. Le parasite pénètre directement à travers la peau, sans qu’il y ait besoin de plaie ou de coupure. Les larves traversent la peau lors d’une baignade, d’autant plus facilement que celle-ci est ramollie par l’eau.

Une maladie très répandue

À l’échelle mondiale, la bilharziose est loin d’être rare. « C’est une maladie extrêmement fréquente, c’est la deuxième parasitose au monde après le paludisme et ça touche surtout l’Afrique intertropicale », souligne le spécialiste.

Les voyageurs sont principalement contaminés lors de baignades dans des lacs, rivières ou cascades situés en zone tropicale. Le piège ? L’eau peut paraître parfaitement propre, mais elle peut contenir des parasites invisibles à l’œil nu. « On se baigne là-dedans et on attrape la maladie », résume le médecin.

Ces situations concernent souvent des lieux touristiques très attractifs, notamment des cascades accessibles à la fin d’un trek. Le risque est réel, même si l’eau semble claire et naturelle.

Des symptômes parfois discrets

Après l’exposition, l’infection ne provoque pas systématiquement de symptômes. « En général, la réaction n’est pas obligatoire, un malade sur deux présentera des manifestations, mais tout le monde a été infecté !», indique le Pr Jauréguiberry. Autrement dit, une personne infectée sur deux peut ne rien ressentir de suffisamment marqué pour aller consulter un médecin dans les suites du voyage.

Lorsque des signes apparaissent, ils surviennent généralement quelques semaines après la baignade. « Les gens se plaignent effectivement de fièvre, de douleurs abdominales, de toux, de réaction de type urticaire. » Il peut aussi exister des anomalies sur la prise de sang, liées à une réaction allergique. « Ce sont un peu des manifestations allergiques à la présence du parasite. »

Au moment même du contact avec l’eau, une irritation cutanée peut survenir. « C’est ce qu’on appelle la dermatite cercarienne. » Cette réaction peut être très discrète et passer totalement inaperçue.

Un diagnostic qui repose sur l’interrogatoire

Le diagnostic commence souvent par une question simple : y a-t-il eu une baignade en eau douce en zone tropicale ? « La notion d’un bain en eau douce, en zone tropicale, est évocatrice du diagnostic », insiste le spécialiste.

Des tests biologiques peuvent confirmer l’infection, mais leur fiabilité dépend du délai écoulé depuis l’exposition. « Une sérologie positive, ce n’est pas avant six semaines en général. » En revanche, des techniques plus récentes comme la PCR peuvent détecter plus tôt la présence du parasite. « On peut avoir un test PCR positif dans les trois semaines. »

Lorsque la maladie est découverte tardivement, le lien avec un voyage ancien peut être difficile à établir. « Il faut savoir l’évoquer à l’interrogatoire. (…) Est-ce que vous avez voyagé quelques mois ou années auparavant ? »

Des complications possibles à distance

Sans traitement, la maladie peut évoluer vers des formes chroniques. Une fois adultes, les parasites pondent des œufs. « Les œufs vont avoir trois destinées globalement », explique le Pr Jauréguiberry. Certains sont éliminés dans les urines ou les selles. D’autres restent bloqués dans les tissus et provoquent une réaction inflammatoire locale. Une troisième partie peut migrer vers d’autres organes (le foie, la moelle épinière…).

Dans certains cas, la moelle épinière peut être atteinte. « La myélite transverse bilharzienne est une cause classique », précise le spécialiste. Concrètement, cela peut provoquer des troubles neurologiques comme des difficultés à marcher ou des troubles urinaires. Ces complications peuvent apparaître plusieurs mois, voire plusieurs années après l’infection initiale.

Le problème ne vient pas uniquement du parasite lui-même, mais aussi de la réaction du corps. « La réponse immune crée de la fibrose », explique le médecin. En clair, l’organisme fabrique une réaction inflammatoire autour des œufs du parasite. Avec le temps, cela peut abîmer les tissus et entraîner des lésions durables.

Le spécialiste souligne que tout le monde ne réagit pas de la même manière. Certaines prédispositions génétiques pourraient expliquer pourquoi certaines personnes développent des formes plus sévères que d’autres.

Un traitement efficace mais parfois à répéter

Le traitement de référence repose sur le praziquantel, un médicament antiparasitaire utilisé depuis de nombreuses années contre la bilharziose. Il agit en détruisant les vers adultes présents dans l’organisme.

Toutefois, la stratégie dépend du stade de la maladie. « Quand il s’agit des formes aiguës, on attend que les parasites vieillissent pour donner un traitement efficace sur les adultes », précise le Pr Jauréguiberry. En cas de manifestations très importantes, un traitement anti-inflammatoire peut être associé.

Dans les formes tardives, le praziquantel est administré, parfois à plusieurs reprises. « Le traitement n’est pas efficace à 100 %. Donc il faut répéter les cures. » Chez le voyageur exposé une seule fois, quelques traitements permettent généralement d’éradiquer l’infection.

Faut-il s’inquiéter en Europe ?

Des cas autochtones ont été décrits en Corse à partir de 2013, dans la rivière Cavu. « Aux dernières nouvelles, il n’y a plus de bilharziose dans le Cavu sur les derniers prélèvements de 2025 », indique le Pr Jauréguiberry. La situation semble aujourd’hui maîtrisée.

Néanmoins, cet épisode montre que des modifications environnementales peuvent favoriser l’apparition locale du parasite. « Dans des zones où il n’y avait pas de bilharziose, on peut commencer à avoir un cycle complet. »

La prévention : un réflexe essentiel

En pratique, la prévention repose avant tout sur l’évitement. « Il ne faut pas se baigner globalement dans les eaux sauvages, au fin fond de l’Afrique. » Lacs, marais, marigots, cascades : ces lieux exposent à un risque réel.

L’information n’est pas toujours mise en avant dans les zones touristiques. « C’est aussi de la responsabilité du voyageur », estime le spécialiste. Avant un départ, se renseigner sur les risques locaux et renoncer à certaines baignades peut éviter une infection dont les conséquences peuvent être tardives.

Car si une personne sur deux seulement développe des symptômes immédiats, « l’autre moitié des personnes devra être dépistée aussi afin d’être traité et d’éviter les formes tardives de la maladie », conclut le Pr Jauréguiberry.

Sources

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Peggy Cardin
Peggy Cardin
Journaliste spécialisée en santé
Peggy Cardin-Changizi Journaliste spécialisée en santé depuis plus de vingt ans. Elle traite des sujets de prévention, de santé publique et de médecine au quotidien, avec pour objectif de rendre l'information médicale claire, fiable et accessible à tous. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.