Boissons énergétiques : quels risques cardiovasculaires chez les jeunes sportifs ?
Très populaires chez les adolescents et les jeunes adultes, notamment dans un contexte sportif ou festif, les boissons énergétiques sont souvent perçues comme un moyen simple et rapide de lutter contre la fatigue. Derrière leur image dynamique, elles sont pourtant loin d’être anodines pour le cœur.

On les associe volontiers à la performance ou à l’endurance. Pourtant, ces boissons n’ont pas grand-chose à voir avec celles conçues pour accompagner un effort physique. La confusion est fréquente, y compris chez les jeunes sportifs.
« Il faut avant tout faire une distinction entre les boissons énergisantes et les boissons d’effort », rappelle le Dr Sarah Longé, médecin généraliste, gériatre et spécialisée en médecine préventive. Les premières, très présentes dans les campagnes de communication, « sont en réalité des sodas stimulants », loin des boissons formulées pour répondre aux besoins de l’organisme pendant l’effort.
Des boissons stimulantes, dominées par la caféine
Ces boissons contiennent avant tout un mélange de substances stimulantes – caféine, taurine, sucre ou édulcorants, parfois associés à du guarana ou du ginseng – destinées à provoquer un effet rapide sur la vigilance.
« Dans une canette de 250 ml, on retrouve environ 80 mg de caféine, soit l’équivalent d’un espresso », précise le Dr Longé. Certaines versions, plus concentrées, peuvent même correspondre à deux cafés. « D’autant que ces apports peuvent s’additionner avec d’autres sources de caféine consommées dans la journée, comme le café ou certains sodas. »
Concrètement, une seule canette peut déjà représenter une dose significative, surtout si elle s’ajoute à d’autres consommations. Et dans la pratique, il est souvent difficile de savoir exactement combien de caféine on consomme, tant les produits et les formats varient.
Des usages très répandus chez les jeunes
Sans surprise, les adolescents et les jeunes adultes sont en première ligne. Les messages publicitaires ciblent largement cette tranche d’âge, en associant ces boissons à l’énergie, à la réussite ou à la performance.
« Ils consomment ces boissons dans des contextes de soirée, de sport ou de fatigue scolaire, en sous-estimant les risques », observe le Dr Longé, rappelant que la référence pour les ados est de deux cannettes max par jour. À cet âge, la vigilance face aux effets potentiels est souvent limitée, et les consommations peuvent s’accumuler sans réelle conscience des doses.
À cela s’ajoute une tolérance différente à la caféine. « La marge de sécurité est plus étroite que chez l’adulte », rappelle-t-elle. Même si un repère d’environ deux canettes par jour est parfois avancé, il reste théorique et dépend de nombreux facteurs, comme le poids, la sensibilité individuelle ou les autres sources de caféine.
Un “coup de boost” qui masque les signaux du corps
Sur le moment, l’effet recherché est bien là. « On observe une augmentation de la vigilance, une diminution de la fatigue et une baisse de la perception de l’effort », décrit le Dr Longé.
C’est précisément ce qui peut poser problème, notamment chez les sportifs. La sensation d’être en forme ne reflète pas forcément l’état réel de l’organisme. « Le cerveau perçoit moins la fatigue, mais le cœur, lui, travaille davantage », souligne la médecin. En parallèle, plusieurs manifestations peuvent apparaître : accélération du rythme cardiaque, hausse de la tension, nervosité, tremblements ou encore troubles du sommeil. Chez certains, cela peut aller jusqu’à des palpitations ou des douleurs thoraciques.
Des effets cardiovasculaires parfois préoccupants
Dans la majorité des cas, une consommation ponctuelle reste sans conséquence majeure. Mais certaines situations augmentent clairement les risques.
« Il existe des signalements de palpitations, de troubles du rythme cardiaque, d’hypertension ou de douleurs thoraciques », indique le Dr Longé. « Toutes les consommations ne présentent pas le même niveau de risque, mais des contextes bien identifiés peuvent augmenter la probabilité d’effets indésirables. »
Le risque dépend aussi du contexte dans lequel elle est consommée. Des prises répétées, un effort physique intense, la chaleur ou encore l’association avec l’alcool peuvent accentuer les effets sur le cœur.
« Le terrain individuel est déterminant », précise la spécialiste. Une personne présentant une fragilité cardiovasculaire ou une sensibilité particulière à la caféine sera plus exposée.
Pas adaptées à l’effort, malgré leur image
Leur nom prête à confusion, mais ces boissons ne sont pas conçues pour le sport. « Elles ne sont pas formulées pour hydrater ni pour compenser les pertes en minéraux », insiste le Dr Longé.
Elles peuvent même produire l’effet inverse, en favorisant la déshydratation. La caféine, en stimulant l’organisme, peut aussi augmenter la température corporelle, ce qui complique la régulation thermique.
En cas d’effort prolongé, en particulier par forte chaleur, cela peut suffire à déclencher un malaise. D’où la recommandation de les éviter avant, pendant et après une activité physique.
Un mélange trompeur avec l’alcool
L’association avec l’alcool est fréquente, en particulier en soirée. Elle n’est pourtant pas anodine.
« La caféine ne dessoule pas », rappelle le Dr Longé. Elle peut donner l’impression d’être plus alerte, alors que l’alcool agit toujours.
Cette impression trompeuse peut encourager des comportements à risque, comme prendre le volant ou poursuivre une activité physique. Sur le plan cardiaque, le mélange n’est pas non plus sans conséquence. « L’alcool peut majorer les troubles du rythme cardiaque induits par la caféine », souligne-t-elle.
Des signes à ne pas banaliser
Certains symptômes doivent alerter après la consommation de ces boissons. Une sensation de cœur qui s’emballe, des douleurs thoraciques, un essoufflement inhabituel, des vertiges ou un malaise ne doivent pas être pris à la légère.
« En cas de symptômes, surtout s’il y a eu association avec l’alcool, un effort intense ou de la chaleur, il faut contacter les services d’urgence », insiste le Dr Longé.
Mieux comprendre sa fatigue plutôt que la masquer
Pour lutter contre la fatigue, ces boissons ne constituent pas une solution durable. « Il faut avant tout travailler son hygiène de vie : sommeil, alimentation, hydratation », rappelle la médecin.
Un manque de sommeil, une alimentation déséquilibrée ou une hydratation insuffisante sont souvent en cause. Les corriger permet d’agir sur le fond, plutôt que de masquer les signaux du corps.
Chez l’adulte, un café ou un thé peuvent suffire ponctuellement. Quant aux sportifs, ils ont tout intérêt à privilégier des boissons d’effort adaptées à leurs besoins.
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