Bruit rose, bruit blanc : vraie solution pour dormir… ou fausse bonne idée ?

Par |Publié le : 12 février 2026|Dernière mise à jour : 12 février 2026|4 min de lecture|

Présentés sur les réseaux sociaux comme des remèdes au manque de sommeil, ces sons pourraient en réalité produire l’effet inverse, selon une récente étude.

Bruit rose

Ils envahissent les réseaux sociaux, les applications de méditation et les chambres à coucher. Bruit blanc, bruit rose, sons de pluie ou de ventilateur… Présentés comme des remèdes miracles contre l’insomnie, ces bruits dits « apaisants » sont écoutés chaque nuit par des millions de personnes. Mais une nouvelle étude américaine publiée le 5 février vient jeter un sérieux doute sur leur efficacité. Pire : ils pourraient même nuire au sommeil.

Selon des chercheurs de la faculté de médecine Perelman de l’Université de Pennsylvanie, le bruit rose, souvent vanté pour faciliter l’endormissement, pourrait en réalité réduire le sommeil paradoxal, une phase essentielle à notre équilibre mental et à notre récupération. À l’inverse, une solution toute simple s’est révélée bien plus efficace : les bouchons d’oreille.

Les scientifiques ont observé 25 adultes en bonne santé, âgés de 21 à 41 ans, dans un laboratoire du sommeil. Pendant sept nuits consécutives, ils ont dormi huit heures dans différentes conditions : sans bruit, avec du bruit d’avions, avec du bruit rose, avec une combinaison des deux, et enfin avec du bruit d’avions accompagné de bouchons d’oreille.

Chaque matin, les participants passaient des tests et remplissaient des questionnaires pour évaluer leur vigilance, leur qualité de sommeil et leur état général. L’objectif : mesurer l’impact réel de ces sons sur les différentes phases du sommeil.

Pourquoi le sommeil est si fragile

La nuit, notre cerveau alterne plusieurs cycles de sommeil profond et de sommeil paradoxal. Le sommeil profond est indispensable à la récupération physique, à la consolidation de la mémoire et à l’élimination des toxines du cerveau. Le sommeil paradoxal, aussi appelé sommeil des rêves, joue un rôle clé dans la régulation émotionnelle, la motricité et le développement cérébral. Ces deux phases se complètent et permettent de se réveiller reposé. Les perturber, c’est fragiliser l’équilibre du cerveau.

Le bruit rose appartient à la famille des « bruits à large bande », tout comme le bruit blanc ou le bruit brun. Il s’agit d’un son continu réparti sur une large gamme de fréquences. Beaucoup le décrivent comme similaire à une pluie modérée.

Dans l’étude, le bruit rose diffusé à 50 décibels a été associé à une réduction de près de 19 minutes de sommeil paradoxal par nuit. Un chiffre loin d’être anodin. « Le sommeil paradoxal est important pour la consolidation de la mémoire, la régulation émotionnelle et le développement cérébral. Nos résultats suggèrent donc que la diffusion de bruit rose et d’autres types de bruit à large bande pendant le sommeil pourrait être nocive, en particulier pour les enfants », alerte dans un communiqué de presse, le professeur Mathias Basner, auteur principal de l’étude.

Quand les bruits s’additionnent

L’exposition au bruit des avions faisait déjà perdre environ 23 minutes de sommeil profond par nuit. Mais lorsque ce bruit était combiné au bruit rose, les effets étaient encore plus marqués : moins de sommeil profond, moins de sommeil paradoxal, et 15 minutes d’éveil supplémentaires.

Les participants ont aussi déclaré se réveiller plus souvent et avoir un sommeil plus léger. Seule exception : ceux qui portaient des bouchons d’oreille. Chez eux, la dégradation du sommeil était largement atténuée.

Aujourd’hui, près de 16 % des Américains utilisent des bouchons d’oreille pour dormir. En parallèle, des millions de personnes diffusent des sons ambiants toute la nuit. Sur Spotify, les bruits blancs et podcasts d’ambiance totalisent trois millions d’heures d’écoute par jour. Sur YouTube, les cinq vidéos les plus populaires associées au mot-clé « bruit blanc » dépassent 700 millions de vues. Pourtant, les recherches sur leurs effets restent rares et peu concluantes.

Des enfants particulièrement à risque

Les chercheurs mettent aussi en garde contre l’utilisation de ces sons chez les plus jeunes. Les enfants passent beaucoup plus de temps en sommeil paradoxal que les adultes. Ils seraient donc plus vulnérables. « Globalement, nos résultats mettent en garde contre l’utilisation du bruit à large bande, en particulier pour les nouveau-nés et les jeunes enfants », conclut Mathias Basner. Alors, arnaque ou simple mauvaise habitude ? Pour bien dormir, le silence reste peut-être encore la meilleure option.

Sources
– Efficacy of pink noise and earplugs for mitigating the effects of intermittent environmental noise exposure on sleep. academic.oup.com. Consulté le 11 février 2026.

Cet article vous a-t-il été utile ?

Merci pour votre avis !
Elodie Vaz