Cadmium : ces gestes simples pour réduire son exposition au quotidien
Peu visible mais bien ancré dans notre quotidien, le cadmium s’infiltre dans de nombreux aliments. Comment limiter son exposition sans tout bouleverser ? Les conseils concrets du Dr Pierre Souvet.

Invisible, inodore, mais omniprésent dans l’environnement, le cadmium s’invite jusque dans l’alimentation. Classé cancérigène, ce métal lourd alimente une inquiétude croissante des autorités sanitaires, sans pour autant représenter une découverte récente. « C’est un métal cancérigène qui n’a aucun intérêt pour l’organisme, on devrait en avoir zéro », rappelle le Dr Pierre Souvet, cardiologue, spécialiste en santé environnementale et fondateur de L’Association Santé Environnement France.
Dans son ouvrage Anti-toxique, le guide des polluants cachés, paru aux Éditions Albin Michel en avril, ce spécialiste tente de rendre visibles les expositions à divers polluants discrets qui s’installent dans le quotidien, de la cuisine à la salle de bain en passant par la chambre des enfants. Sans faire culpabiliser, il propose des pistes concrètes pour s’en prémunir. Car si tout éviter est illusoire, réduire son exposition reste possible.
Une contamination qui s’installe dans le temps
Pour le cadmium, c’est plus complexe mais pas impossible. Présent dans les sols depuis toujours, son équilibre s’est trouvé modifié par l’activité humaine. « On enrichit les sols français avec du cadmium qui est présent dans des engrais », explique le Dr Pierre Souvet. Peu à peu, le métal est absorbé par les plantes, puis remonte toute la chaîne alimentaire pour arriver directement dans notre assiette.
Une accumulation lente, presque imperceptible, le cadmium agit sur des décennies. Il est associé à plusieurs cancers, notamment du poumon, et soupçonné d’en favoriser d’autres, comme ceux du sein, de la prostate, des reins ou du pancréas.
Dans l’assiette, certains produits reviennent plus souvent que d’autres. « Si vous mangez que des patates et des céréales au blé, vous vous gavez de ce polluant », alerte le médecin. Pâtes, pain, céréales du petit-déjeuner : autant d’aliments du quotidien particulièrement concernés.
Le bio, un repère sans être une obligation
Face à ce constat, une question revient souvent : faut-il passer à l’agriculture biologique ? « Le bio c’est mieux. C’est plus d’aliments nutritifs, et moins de résidus de pesticides », répond Pierre Souvet.
L’étude Bionutrinet, publiée fin 2021 montre une réduction du risque de diabète de type 2 de – 35 %, d’obésité de – 31 % et – 25 % du risque de cancer pour les consommateurs réguliers. Selon le spécialiste, « la présence de cadmium diminue de 48 % dans une alimentation biologique ».
Mais dans la réalité des courses, tout n’est pas si simple. Le médecin plaide pour une approche progressive. « Commencer par acheter des pommes bio. Ce sont des produits de circuit court donc moins cher et nutritionnellement ce sera mieux », suggère-t-il. Un premier pas, accessible. Quand le bio n’est pas possible, il reste des réflexes simples. « Il faut peler tous les végétaux et les laver. » Les fruits, plus exposés que les légumes, demandent une attention particulière.
Changer ses habitudes, pas tout bouleverser
Au fil des repas, d’autres ajustements peuvent faire la différence. Varier, avant tout. « Vous pouvez mettre d’autres céréales qui sont moins contaminées, par exemple l’avoine, mais toujours avec modération », explique le cardiologue.
Réduire le blé, aussi, sans forcément l’éliminer. Le remplacer parfois par « les pois chiches, ou les haricots blancs ». Des alternatives simples, déjà présentes dans de nombreuses cuisines. « La purée de pois-chiches, c’est très bon », glisse-t-il.
Peu à peu, les habitudes évoluent. Au petit-déjeuner ou au goûter, un fruit, un yaourt ou une compote prennent la place des produits transformés. Rien de radical, mais une manière de limiter l’exposition tout en améliorant l’équilibre alimentaire.
Entre action individuelle et lenteur des décisions publiques
Pour accompagner ces changements, des outils existent. L’Association Santé Environnement France met à disposition un « kit cadmium », avec des conseils de substitution alimentaire validés par des médecins.
Du côté des pouvoirs publics, les évolutions sont plus lentes. En juillet 2021 Santé Publique France publiait une enquête sur l’imprégnation de la population française par le cadmium.
Depuis, une baisse des seuils de cadmium dans les engrais est annoncée, mais ses effets prendront du temps. « On nous dit qu’on va arriver à la valeur que préconise notre agence sanitaire en 2038. Ce n’est pas tolérable », conclut Pierre Souvet.
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