Cancer colorectal : la piste d’un virus caché dans l’intestin doublerait le risque

Par |Publié le : 3 mars 2026|Dernière mise à jour : 3 mars 2026|4 min de lecture|

Et si un simple virus expliquait deux fois plus de tumeurs ? Des scientifiques ont identifié un intrus microscopique lié au cancer colorectal. Une découverte qui pourrait changer le dépistage.

Cancer colorectal : Un virus caché en cause

Un virus jusque-là inconnu, tapi au cœur d’une bactérie intestinale commune, aurait un lien statistique fort avec le cancer colorectal, l’un des cancers les plus meurtriers au monde. C’est la conclusion intrigante d’une étude publiée dans la revue scientifique Nature le 7 février. Coordonnée par des chercheurs danois, elle pourrait, à terme, bouleverser notre compréhension de cette maladie et la façon dont on la dépiste.

Chaque année, le cancer colorectal touche près de 2 millions de personnes dans le monde et cause près d’un million de décès, surtout chez les plus de 50 ans. Douleurs abdominales, changements du transit, sang dans les selles… Il se développe silencieusement et devient visible qu’à un stade avancé. Le dépistage reste donc essentiel pour améliorer les chances de guérison.

Un virus… mais pas comme les autres

L’étude a exploré l’ADN des microbes présents chez des patients avec et sans cancer colorectal. Les scientifiques se sont concentrés sur un coupable idéal du nom de Bacteroides fragilis, une bactérie du microbiote intestinal bien connue des chercheurs. Elle est très fréquente dans les intestins, mais apparaît souvent en excès chez les patients atteints de cancer colorectal. 

Mais pourquoi une bactérie aussi banale est-elle associée à la maladie alors qu’elle se trouve aussi chez des personnes en bonne santé ? La réponse pourrait venir d’une découverte surprenante : ce n’est pas la bactérie seule qui compte, mais ce qu’elle porte en elle. Les chercheurs ont identifié, au cœur de certaines souches de B. fragilis, un virus jusque-là inconnu, un bactériophage (c’est-à-dire un virus qui infecte les bactéries, pas les cellules humaines).

Un risque doublé

En analysant les selles de près de 877 personnes – issues d’Europe, des États-Unis et d’Asie – l’équipe a constaté que les patients atteints de cancer colorectal étaient environ deux fois plus susceptibles de porter ce virus dans leur flore intestinale que les personnes en bonne santé.

Cela ne signifie pas que ce virus cause le cancer. « Trouver une association statistique ne prouve pas la causalité », rappellent les auteurs. Il pourrait aussi s’agir d’un marqueur lié à des perturbations plus larges du microbiote, fréquentes chez les personnes malades.

Un outil de dépistage potentiel ?

Si ce virus s’avère lié à un déséquilibre de la flore intestinale, souvent observé chez les personnes atteintes d’un cancer colorectal, il pourrait un jour devenir un nouvel outil de repérage. Aujourd’hui, le principal test de dépistage, simple et sans douleur, consiste à rechercher des traces invisibles de sang dans les selles. Il est utile, mais pas infaillible. Demain, la détection de ce virus pourrait venir compléter ce test et permettre d’identifier des risques qui passent encore sous les radars.

Dans des analyses préliminaires, des fragments de ce virus ont permis d’identifier environ 40 % des cas de cancer, avec une fréquence très faible chez les personnes en bonne santé. Mais « beaucoup de travail reste à faire » avant d’envisager une application clinique.

Vers une nouvelle vision du rôle du microbiote

Cette étude s’inscrit dans une tendance croissante de la recherche : le microbiote – et plus encore, le virome (l’ensemble des virus présents dans l’intestin) – pourrait jouer un rôle plus large qu’on ne l’imaginait dans le développement de maladies graves comme le cancer. Si ces résultats sont confirmés, ils pourraient ouvrir la voie à des stratégies de prévention, de dépistage – voire peut-être, à terme, de traitement ciblé.

Pour l’instant, cependant, les scientifiques appellent à la prudence : il est encore trop tôt pour affirmer que ce virus « provoque » le cancer. Mais si la piste est confirmée, elle pourrait changer la façon dont on surveille cette maladie, en ajoutant l’univers des virus invisibles dans nos intestins à l’arsenal des signaux biologiques à scruter.

Sources
– Distinct prophage infections in colorectal cancer-associated Bacteroides fragilis. www.nature.com. Consulté le 03 mars 2026.
– Cancer colorectal. www.who.int. Consulté le 03 mars 2026.
– Newly discovered virus linked to colorectal cancer. www.eurekalert.org. Consulté le 03 mars 2026.
– Virus in Common Gut Bacterium Linked to Colorectal Cancer. www.technologynetworks.com. Consulté le 03 mars 2026.

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Elodie Vaz
Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023, Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes. Carte de presse numéro 143067