Cancer du poumon : pourquoi de plus en plus de non-fumeurs sont concernés ?
Le cancer du poumon est pour beaucoup associé à la consommation de tabac. Pourtant, les données épidémiologiques récentes révèlent une réalité plus complexe. Une proportion croissante des personnes diagnostiquées n’a jamais fumé. Quels facteurs sont en cause ? Y a-t-il un profil de patients plus à risque ? Quels signes doivent conduire à consulter ? Voici ce qu’il faut savoir.

De plus en plus de non-fumeurs diagnostiqués d’un cancer du poumon
En France, 52 777 nouveaux cas de cancer broncho-pulmonaire ont été estimés en 2023, selon l’Institut national du cancer (INCa). C’est la première cause de décès par cancer chez les hommes. Si le tabac reste responsable d’environ 80 % des cas, la part des non-fumeurs augmente régulièrement depuis vingt ans.
L’étude KBP-2020publiée dans The Lancet Regional Health – Europe en 2022, le montre précisément. La proportion de non-fumeurs parmi les nouveaux diagnostics est passée de 7,2 % en 2000 à 10,9 % en 2010, puis à 12,6 % en 2020. En deux décennies, cette part a donc presque doublé, même si le risque absolu d’un non-fumeur reste très inférieur à celui d’un fumeur régulier.
Si chez les hommes, la baisse du tabagisme réduit progressivement les nouveaux cas liés à la cigarette, chez les femmes, la tendance est inverse. Le nombre de cas progresse, en lien avec l’augmentation du tabagisme féminin avec une augmentation de +4,3 % par an du taux d’incidence féminin entre 2010 et 2023.
Le vieillissement de la population et un accès plus large au scanner thoracique contribuent également à rendre visibles des tumeurs qui auraient pu passer inaperçues par le passé.
Quel profil pour les non-fumeurs atteints d’un cancer du poumon ?
Les données de l’étude KBP-2020 montrent que les non-fumeurs touchés par un cancer du poumon sont majoritairement des femmes. Les patients non-fumeurs sont également en moyenne un peu plus jeunes que les patients fumeurs.
Sur le plan biologique, ces cancers présentent un profil spécifique. Il s’agit le plus souvent d’adénocarcinomes, des tumeurs qui se développent en périphérie du poumon, dans les alvéoles pulmonaires.
Ces tumeurs portent fréquemment une anomalie sur le gène EGFR. Cette information n’a pas d’implication directe pour la prévention, mais elle est importante pour la prise en charge. Elle ouvre la voie à des thérapies ciblées, plus précises que la chimiothérapie classique.
Ce profil biologique particulier confirme que le cancer du poumon chez le non-fumeur est une forme différente de celui du fumeur. Comprendre ces mécanismes aide à identifier les facteurs de risque.
Radon, pollution, tabagisme passif : quels sont les facteurs de risque identifiés ?
Plusieurs facteurs de risque environnementaux du cancer du poumon chez les non-fumeurs ont été identifiés.
Le radon
Le radon est un gaz radioactif naturel, issu de la désintégration de l’uranium dans les sols. Il se concentre dans les bâtiments mal ventilés. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) le classe comme cancérogène avéré depuis 1988.
Il représente la deuxième cause de cancer du poumon après le tabac et la première cause chez les non-fumeurs. En France, il serait responsable d’environ 10 % des cas, soit près de 4 000 nouveaux cas par an. L’OMS estime sa part entre 3 et 14 % selon les pays.
La pollution atmosphérique
La pollution atmosphérique, en particulier les particules fines, est reconnue comme un facteur de risque de cancer du poumon. Des travaux suggèrent que les patients résidant dans des zones fortement polluées auraient un risque supplémentaire d’être porteurs d’une mutation EGFR. Ce lien fait encore l’objet de recherches.
Le tabagisme passif
Le tabagisme passif constitue un troisième facteur reconnu. Selon la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer, une exposition continue à la fumée des autres augmente le risque de cancer du poumon d’environ 26 % chez le non-fumeur.
Autres facteurs de risque environnementaux
D’autres expositions sont également reconnues comme facteurs de risque :
- L’amiante, dont les effets pulmonaires sont établis de longue date ;
- Les gaz d’échappement diesel et certaines poussières industrielles ;
- Certains produits chimiques selon les secteurs d’activité professionnelle.
Ces expositions sont souvent méconnues des personnes concernées, ce qui peut retarder l’identification d’un risque et la surveillance clinique.
Quels sont les symptômes du cancer du poumon chez les non-fumeurs ?
Les symptômes du cancer du poumon sont les mêmes chez les fumeurs et les non-fumeurs. À un stade précoce, la maladie est souvent asymptomatique.
Les principaux signes d’alerte à ne pas négliger sont :
- Une toux sèche persistante ou qui change de caractère sur plusieurs semaines ;
- Un essoufflement inhabituel à l’effort ou au repos ;
- Des douleurs thoraciques ou dorsales hautes sans cause identifiée ;
- Des infections respiratoires (bronchites, pneumonies) qui récidivent au même endroit.
Ces symptômes sont peu spécifiques et correspondent à de nombreuses autres pathologies. Leur présence ne signifie pas nécessairement un cancer du poumon. En revanche, toute modification respiratoire persistante et inexpliquée justifie une consultation médicale, quelle que soit l’histoire tabagique.
Comment réduire le risque de cancer du poumon quand on ne fume pas ?
La réduction du risque de cancer du poumon repose essentiellement sur la limitation des expositions documentées.
Le radon est le facteur sur lequel une action concrète est possible. Il est recommandé d’aérer le logement au moins 10 minutes par jour et de s’assurer d’un système de ventilation efficace. Cette précaution est particulièrement importante dans les 31 départements qui font l’objet d’une surveillance spécifique. Des dispositifs de mesure du radon sont disponibles pour évaluer la concentration dans un bâtiment.
Le tabagisme passif est un autre levier majeur de la prévention du risque de cancer pulmonaire. Éviter les atmosphères enfumées et ne pas exposer les enfants à la fumée de tabac sont des mesures simples aux effets reconnus.
Sur le plan du dépistage, aucun programme organisé ne cible actuellement les non-fumeurs. En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) a recommandé en 2022 la mise en place d’un programme pilote de dépistage par scanner thoracique à faible dose. Ce programme, baptisé IMPULSION, a été lancé par l’INCa en janvier 2025. Il s’adresse aux personnes de 50 à 74 ans, fumeuses ou ex-fumeuses sevrées depuis moins de 15 ans. Les non-fumeurs n’en font pas partie à ce stade.
En l’absence de programme adapté, la vigilance face aux symptômes inhabituels et la consultation médicale précoce restent les principaux leviers disponibles. Le cancer du poumon chez les non-fumeurs n’est pas un phénomène marginal. Sa progression régulière sur vingt ans interpelle chercheurs et médecins. Les mécanismes impliqués, en particulier le rôle du radon et de la pollution atmosphérique, font l’objet d’une recherche active. Les connaissances progressent, mais restent incomplètes sur plusieurs points. Dans ce contexte, la connaissance des facteurs de risque environnementaux et la vigilance face aux symptômes respiratoires persistants constituent, aujourd’hui, les meilleures réponses
– Radon et effets sur la santé. . Consulté le 18 juin 2026.
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