CMV et grossesse : la HAS recommande un dépistage systématique depuis 2025
Le cytomégalovirus (CMV) est une infection fréquente, le plus souvent bénigne, mais qui peut avoir des conséquences graves pour le fœtus lorsqu’elle survient pendant la grossesse. Jusqu’à récemment, le dépistage systématique du CMV chez les femmes enceintes n’était pas recommandé en France. Pourquoi la Haute Autorité de santé a-t-elle changé de position en 2025 ? Quels sont les risques réels pour le bébé ? Et en quoi consiste concrètement ce nouveau dépistage ? On fait le point.

Le cytomégalovirus (CMV) : une infection fréquente qui passe inaperçue
Le cytomégalovirus appartient à la famille des herpèsvirus. Il se transmet par contact direct avec des liquides biologiques contaminés, notamment la salive, les urines, les sécrétions respiratoires, les sécrétions génitales, le sperme ou encore le lait maternel.
En France, environ 46 % des femmes âgées de 15 à 49 ans ont déjà été en contact avec le CMV. Cette proportion, appelée séroprévalence, varie fortement selon les territoires et peut atteindre jusqu’à 90 % dans certains départements et régions d’outre-mer.
Dans près de 90 % des cas, l’infection est asymptomatique et sans conséquence pour l’adulte en bonne santé. C’est ce caractère silencieux qui explique que de nombreuses personnes ignorent avoir été infectées. La situation est toutefois différente pendant la grossesse, où certaines formes d’infection peuvent avoir un impact sur le développement du fœtus.
Quels sont les risques du CMV au cours de la grossesse ?
Le risque principal survient lorsque la future mère contracte une primo-infection à CMV pendant la grossesse, en particulier au cours du premier trimestre. Dans ce cas, le virus peut être transmis au fœtus.
Lorsque la transmission materno-fœtale se produit, les conséquences, bien que peu fréquentes, peuvent être sévères. Elles incluent notamment :
- Une perte auditive ;
- Des atteintes visuelles ;
- Un retard global du développement ou des anomalies cérébrales ;
- Plus rarement, des formes de paralysie.
Le risque de séquelles est d’autant plus élevé que l’infection survient tôt dans la grossesse, puis diminue au fil des semaines. Il est important de souligner que la majorité des grossesses ne sont pas concernées, mais que les conséquences peuvent être lourdes pour les enfants atteints.
Dépistage systématique du CMV pendant la grossesse : pourquoi la HAS change de position
Jusqu’à présent, les autorités sanitaires françaises ne recommandaient pas de dépistage systématique du CMV pendant la grossesse. En 2018, puis en 2023, le Haut Conseil de la santé publique s’était prononcé contre cette stratégie, faute d’éléments suffisants pour en démontrer le bénéfice global.
Plusieurs facteurs expliquent l’évolution de la position de la HAS :
- Une meilleure connaissance des séquelles du CMV congénital ;
- L’existence de tests sérologiques fiables, permettant de distinguer une infection ancienne d’une infection récente ;
- La possibilité d’un traitement préventif, le valaciclovir, susceptible de réduire la transmission au fœtus.
Dans ce contexte, la HAS recommande depuis le deuxième semestre 2025 la mise en place d’un dépistage systématique du CMV au premier trimestre de grossesse, chez les femmes dont le statut sérologique est inconnu ou négatif.
Ce dépistage repose sur une simple prise de sang, réalisée en début de grossesse. Elle permet de savoir si la future mère a déjà été en contact ou non avec le CMV ou si elle présente une infection récente.
Dépistage du CMV : ce que cela change concrètement pour les femmes enceintes
Avec cette nouvelle recommandation, le suivi de la grossesse évolue :
- Une prise de sang supplémentaire peut être proposée en début de grossesse, afin de connaître le statut vis-à-vis du cytomégalovirus ;
- Les femmes déjà immunisées contre le CMV n’ont pas besoin de mesures particulières ;
- Les femmes non immunisées bénéficient de conseils renforcés en matière de prévention et d’hygiène, afin de réduire le risque d’infection pendant la grossesse ;
- En cas d’infection récente identifiée, un suivi médical plus étroit pourrait être mis en place, avec, dans certains cas, la proposition d’un traitement préventif par valaciclovir et d’examens complémentaires ;
- Cette stratégie vise avant tout à mieux repérer les situations à risque, sans médicaliser inutilement l’ensemble des grossesses.
La proposition d’un traitement par valaciclovir repose sur une décision partagée, au cas par cas. Si les données disponibles sont rassurantes sur sa tolérance pendant la grossesse, son efficacité pour réduire le risque de séquelles et leur gravité fait encore l’objet de recherches. Il reste également nécessaire de surveiller l’apparition d’effets indésirables non encore identifiés.
La recommandation de la Haute Autorité de santé en faveur d’un dépistage systématique du cytomégalovirus pendant la grossesse vise à mieux repérer les situations à risque, sans médicaliser inutilement l’ensemble des grossesses. Elle s’inscrit dans une démarche de prévention, avec un accompagnement adapté à chaque femme enceinte par les professionnels de santé. Prévue pour être réévaluée après trois ans, cette mesure rappelle l’importance d’une information claire et partagée, afin que chaque future mère puisse faire des choix éclairés pour sa santé et celle de son bébé.
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