Comment les virus perturbent notre cerveau ?

Par |Publié le : 9 mars 2026|Dernière mise à jour : 9 mars 2026|3 min de lecture|

Après certaines infections virales, mémoire et attention peuvent vaciller. Une vaste analyse de 931 études révèle comment notre système immunitaire pourrait, malgré lui, troubler le fonctionnement du cerveau.

Comment les virus façonnent le cerveau ?

Troubles de la mémoire, difficultés à se concentrer, sensation de « brouillard cérébral »… Depuis la pandémie de COVID-19, ces symptômes sont devenus familiers pour de nombreux patients. Mais le coronavirus n’est pas le seul en cause. D’autres infections virales, comme le VIH, l’herpès ou certaines formes d’hépatite, pourraient elles aussi perturber le fonctionnement du cerveau.

Pour mieux comprendre ce phénomène, des chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE) et des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont passé en revue 931 études scientifiques consacrées aux liens entre système immunitaire et capacités mentales. Leurs conclusions viennent d’être publiées, fin février dans la revue Neuroscience & Biobehavioral Reviews.

Quand l’infection laisse des traces dans le cerveau

Depuis longtemps, les scientifiques soupçonnent que certaines infections peuvent affecter le cerveau. Pourtant, les mécanismes restent encore difficiles à décrypter. La pandémie de COVID-19 a relancé l’intérêt pour cette question. Chez certains patients, des troubles cognitifs comme une mémoire moins fiable, une attention plus fragile, ou encore une concentration difficile persistent des semaines, voire des mois après l’infection.

Face à ce constat, les chercheurs genevois ont choisi de prendre du recul en analysant l’ensemble des études disponibles sur le sujet. « Notre objectif était d’adopter une approche interdisciplinaire afin de dépasser la perspective fragmentée qui prévaut dans ce domaine », explique dans un communiqué de presse, Julie Péron, professeure associée au Laboratoire de neuropsychologie clinique et expérimentale de l’UNIGE et neuropsychologue consultante au service de neurologie des HUG.

L’inflammation, un suspect central

Le coupable potentiel pourrait être tout simplement le système immunitaire. Lorsqu’un virus attaque, l’organisme déclenche une réaction de défense appelée inflammation. Cette réaction est normale et utile. Elle permet de combattre l’infection.

Mais si elle se prolonge trop longtemps, elle pourrait avoir des effets inattendus sur le cerveau. Les chercheurs ont ainsi identifié plusieurs « signatures biologiques » associées à des difficultés cognitives. « Des taux élevés de globules blancs appelés “monocytes activés” et de cytokines pro-inflammatoires (des protéines qui permettent au système immunitaire de communiquer) sont corrélés à un déclin de la mémoire épisodique et de la vitesse de traitement de l’information », explique Anthony Nuber-Champier, doctorant à l’UNIGE et principal auteur de l’étude. Autrement dit, lorsque certains signaux inflammatoires restent élevés dans le corps, le cerveau pourrait fonctionner un peu moins efficacement.

Un équilibre fragile

La bonne nouvelle, c’est que toutes les réponses immunitaires ne sont pas forcément mauvaises pour le cerveau. Certaines semblent même jouer un rôle protecteur. Les scientifiques ont observé que la présence de certains globules blancs, appelés lymphocytes T CD4+ activés, ou de molécules anti-inflammatoires, est associée à de meilleures performances cognitives.

La clé pourrait donc être une question d’équilibre. « Les réponses immunitaires varient d’une personne à l’autre. Ce qui semble déterminant pour le maintien d’une stabilité cognitive à long terme, c’est l’équilibre entre ces différents signaux inflammatoires », souligne Anthony Nuber-Champier.

Un champ de recherche en plein essor

Ces résultats permettent de mieux comprendre pourquoi certaines personnes souffrent de troubles cognitifs après une infection virale, tandis que d’autres récupèrent rapidement. Ils renforcent aussi les recherches menées sur le COVID long, notamment dans plusieurs projets auxquels participent l’UNIGE et les HUG, visant à identifier les troubles neurologiques et psychologiques chez les patients ayant eu le coronavirus.

Sources
– Relations immunocognitives dans les infections virales : une revue systématique transnosologique. www.sciencedirect.com. Consulté le 09 mars 2026.
– Comment les virus perturbent notre cerveau. www.eurekalert.org. Consulté le 09 mars 2026.

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Elodie Vaz
Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023, Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes. Carte de presse numéro 143067