Et si les égouts devenaient des sentinelles du cancer colorectal ? 

Par |Publié le : 23 mars 2026|Dernière mise à jour : 23 mars 2026|4 min de lecture|

La détection d’un biomarqueur dans les eaux usées pourrait devenir un outil d’alerte précoce pour identifier les zones à risque et renforcer le dépistage. 

Un biomarqueur dans les eaux usées pour détecter le cancer colorectal.

Une piste inattendue, mais sérieuse, émerge du monde de la recherche. Selon une étude publiée le 17 mars dans le Journal of Epidemiology & Community Health, l’analyse des eaux usées pourrait, demain, aider à détecter plus tôt certains cancers de l’intestin… à l’échelle d’un quartier.

L’idée peut surprendre. Pourtant, les eaux usées regorgent d’informations. Elles contiennent des traces biologiques issues de l’urine et des selles, déjà utilisées pour suivre la circulation de virus ou de substances chimiques. Mais jusqu’ici, leur potentiel pour surveiller des cancers restait largement inexploré.

Un biomarqueur du cancer détecté dans les eaux usées

Les chercheurs se sont penchés sur un marqueur bien précis : le CDH1, un biomarqueur d’ARN associé au cancer colorectal. Leur objectif est de voir si sa présence dans les égouts reflète la réalité sanitaire d’une population locale.

Pour cela, ils ont analysé des données de patients atteints de cancer de l’intestin dans le comté de Jefferson, aux États-Unis, entre 2021 et 2023. Trois zones à forte incidence de la maladie ont été identifiées, ainsi qu’une zone témoin. Dans chacune, des échantillons d’eaux usées ont été prélevés à différents moments de la journée, puis passés au crible en laboratoire.

Mieux cibler le dépistage des populations à risque

Résultat : le marqueur CDH1 est détectable partout, mais à des niveaux très variables. Dans la zone la plus touchée, les concentrations étaient nettement plus élevées. Une corrélation qui intrigue, même si elle reste à confirmer.

Car il s’agit encore d’une « étude de validation de principe ». En clair, une première étape prometteuse, mais loin d’une application immédiate. Les chercheurs le reconnaissent : « On ignore notamment comment le rapport CDH1:GAPDH dans les eaux usées est lié aux nouveaux cas de cancer colorectal, et s’il s’agit de cas diagnostiqués ou non diagnostiqués », expliquent-ils dans un communiqué de presse publié le 17 mars.

Autre limite : la taille de l’échantillon, réduite, et la zone géographique étudiée, restreinte. Difficile, donc, de généraliser les résultats à grande échelle pour l’instant.

Malgré ces précautions, la piste séduit. D’autant que le cancer colorectal reste un enjeu majeur de santé publique. Aux États-Unis, plus de 154 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. Et surtout, la maladie est souvent découverte tardivement, ce qui réduit les chances de survie.

Un enjeu majeur face à la hausse des cas chez les jeunes

Cependant, un phénomène inquiète particulièrement les spécialistes : l’augmentation des cas chez les plus jeunes. « La tendance récente à l’augmentation de l’incidence du cancer colorectal chez les jeunes souligne la nécessité d’améliorer les approches de santé publique », insistent les auteurs.

Aujourd’hui, les outils de dépistage existent (coloscopie, tests de selles) et sont efficaces. Mais ils reposent sur une démarche individuelle. Or, tout le monde ne se fait pas dépister, pour des raisons sociales, économiques ou culturelles.

C’est là que les eaux usées pourraient changer la donne. En offrant une vision globale, anonyme et continue de la santé d’une population, elles permettraient d’identifier des zones à risque… sans attendre que les cas explosent.

Les chercheurs imaginent déjà des applications concrètes : « La détection de marqueurs élevés (de cancer colorectal) dans des zones communautaires plus larges (…) pourrait aider à cibler les zones pour un dépistage communautaire pratique et rentable. »

En d’autres termes, plutôt que de dépister tout le monde de la même façon, les autorités sanitaires pourraient concentrer leurs efforts là où les signaux sont les plus inquiétants.

Mieux encore, cette approche pourrait agir comme un système d’alerte précoce. « Cette approche pourrait permettre un diagnostic précoce (…) permettant ainsi d’alerter les cliniciens en temps opportun », ajoutent les chercheurs.

Reste à transformer l’essai. Des études à plus grande échelle seront nécessaires pour vérifier la fiabilité de cette méthode et affiner son interprétation.

Sources
– La détection de marqueurs du cancer colorectal dans les eaux usées pourrait constituer un nouveau système d'alerte précoce. . Consulté le 23 mars 2026.
– Using wastewater for population-level colorectal cancer surveillance: a future research agenda . jech.bmj.com. Consulté le 23 mars 2026.

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Elodie Vaz
Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023, Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes. Carte de presse numéro 143067