Fer, magnésium, iode : comment reconnaître une carence courante sans se tromper ?
Fatigue persistante, crampes musculaires, frilosité ou troubles du sommeil sont souvent attribués à une carence en fer, en magnésium ou en iode. Pourtant, ces déficits ne se diagnostiquent ni à l’intuition ni à partir d’un seul symptôme. Comment reconnaître les signes réellement évocateurs ? Quand un bilan sanguin est-il nécessaire ? Et pourquoi l’automédication peut-elle être trompeuse ? Éclairage avec le Dr Alain Simoncini, médecin généraliste au centre médical Ramsay Santé à Marseille.

Fer, magnésium et iode n’interviennent pas sur les mêmes fonctions de l’organisme. Leurs carences ne se manifestent donc ni avec la même intensité ni avec les mêmes symptômes.
Le fer, indispensable au transport de l’oxygène
Le fer joue un rôle central dans l’organisme. « C’est un élément essentiel de l’hémoglobine, qui permet le transport de l’oxygène », explique le Dr Simoncini. En cas de carence, ce sont donc tous les organes qui peuvent en souffrir.
Les causes les plus fréquentes sont les anémies ferriprives. « Dans la majorité des cas, il s’agit de pertes sanguines, parfois microscopiques, parfois plus importantes, comme des règles très abondantes », précise le médecin. D’autres situations peuvent être en cause : un apport alimentaire insuffisant ou une mauvaise absorption digestive, notamment en cas de troubles intestinaux ou de maladie cœliaque.
Les symptômes sont souvent progressifs : fatigue inhabituelle, essoufflement à l’effort, vertiges, maux de tête. « Le cœur doit aller plus vite pour compenser le manque d’oxygène », décrit le Dr Simoncini, ce qui peut entraîner une accélération du pouls. Cliniquement, la pâleur est un signe d’alerte : « On la voit notamment au niveau des conjonctives des yeux. »
Le diagnostic repose sur un bilan sanguin simple. « Il suffit de doser la ferritine », explique-t-il, tout en soulignant l’importance d’y associer les vitamines B9 et B12. « Sans ces vitamines, le fer peut être mal assimilé, même si l’apport est suffisant. »
Magnésium : une carence souvent clinique plus que biologique
Le magnésium occupe une place centrale dans le fonctionnement neuromusculaire. « Les symptômes typiques sont les crampes, les palpitations des paupières – ce qu’on appelle des clonies – ou encore des sensations de picotements », détaille le médecin.
À ces signes physiques s’ajoutent souvent des troubles plus diffus : nervosité persistante, anxiété légère mais constante, difficultés d’endormissement. « Ce ne sont pas des tableaux d’anxiété sévère, mais un inconfort permanent », observe le Dr Simoncini. Chez certains patients, une supplémentation en magnésium suffit à améliorer le sommeil, sans avoir recours à des somnifères.
Contrairement au fer, le dosage sanguin est parfois trompeur. « Le magnésium plasmatique peut être normal alors qu’il existe un déficit tissulaire », explique-t-il. Dans ce cas, c’est surtout la clinique qui guide la prise en charge. « Quand la symptomatologie est très évocatrice, on peut complémenter même si la prise de sang est normale. »
Certaines situations exposent davantage au déficit : activité sportive intense, maladies digestives avec diarrhées répétées, ou alimentation pauvre en légumes secs. « Autrefois, on consommait davantage de pois cassés, de lentilles ou de haricots secs en hiver. Aujourd’hui, ça s’est un peu perdu », regrette le médecin.
Iode : plus souvent un problème de thyroïde qu’un manque alimentaire
L’iode est indispensable au bon fonctionnement de la thyroïde, qui régule le métabolisme, la température corporelle et l’énergie. Contrairement aux idées reçues, les carences alimentaires sont devenues rares en France. « On trouve suffisamment d’iode dans le sel marin, les poissons, les fruits de mer, les œufs, le fromage ou le pain », souligne le Dr Simoncini.
Les symptômes associés sont ceux de l’hypothyroïdie : fatigue intense, frilosité, prise de poids, somnolence, constipation, chute des cheveux. « Ce sont des patients qui ont souvent toujours froid et qui ont besoin de dormir beaucoup », décrit-il.
Aujourd’hui, le problème est moins lié à l’alimentation qu’au métabolisme thyroïdien lui-même. « On voit de plus en plus de troubles de la thyroïde. Il y a trente ans, c’était rare ; aujourd’hui, c’est devenu très fréquent », observe le médecin, sans avancer de cause unique.
La supplémentation en iode n’a donc pas sa place en routine. « On ne donne pas d’iode. Les diagnostics se font par des dosages simples et le traitement est médical. »
Pourquoi le bilan médical reste indispensable
Fatigue, crampes ou frilosité peuvent avoir de multiples causes. « La prise de sang permet surtout de confirmer et de quantifier la carence », insiste le Dr Simoncini. Un déficit léger, modéré ou sévère n’appelle pas la même prise en charge.
Ces dosages font partie des examens biologiques courants et peuvent être intégrés à un bilan global. « Il ne s’agit pas de multiplier les examens, mais d’adapter le traitement à la réalité du déficit », résume-t-il.
Son message est clair : « Avant de se supplémenter, il faut comprendre ce qu’on traite. » Car sans diagnostic précis, le risque est de passer à côté du vrai problème – ou de traiter inutilement un symptôme qui n’est pas lié à une carence.
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