Ginseng : que dit réellement la science sur ses effets contre la fatigue et le stress ?
Dans un contexte où la fatigue chronique, le stress et la perte d’énergie font partie du quotidien, le ginseng s’impose comme l’une des plantes les plus citées lorsqu’il est question de vitalité. Mais derrière ce terme générique se cachent des réalités très différentes, souvent mal comprises. De quoi parle-t-on exactement lorsque l’on évoque le ginseng ? Et que peut-on réellement en attendre face à la fatigue et au stress ? Réponses avec Anne-Laure Germond, praticienne en médecine traditionnelle chinoise (MTC).

Le ginseng est l’une des plantes médicinales les plus renommées en Asie. En médecine traditionnelle chinoise, le ginseng asiatique, ou Panax ginseng (Ren Shen), est considéré comme un tonique majeur du Qi, l’énergie vitale. Son nom est évocateur : Panax vient du grec pan (« tout ») et akos (« guérir »), tandis que le mot ginseng associe les termes chinois Gin (« homme ») et Seng (« essence »).
« En médecine chinoise, le ginseng est utilisé depuis des millénaires pour soutenir l’énergie globale, accompagner la fatigue et nourrir la vitalité. Il est considéré comme une plante adaptogène, qui aide le corps à retrouver son équilibre », explique Anne-Laure Germond.
Mais le terme « ginseng » est souvent employé de manière imprécise. En réalité, plusieurs racines aux propriétés différentes sont regroupées sous cette appellation, alors qu’elles n’appartiennent pas toujours à la même famille botanique.
Trois grandes racines, trois approches de l’énergie
Cette confusion est fréquente, car des racines très différentes sont souvent regroupées sous le même nom. « Chaque racine a sa propre personnalité et sa manière singulière de soutenir l’énergie vitale », souligne la praticienne.
Les véritables ginsengs, issus du genre Panax (Panax ginseng, Panax quinquefolius, Panax notoginseng), appartiennent à la famille des Araliacées. Ils sont réputés pour restaurer la vitalité en profondeur et soutenir l’organisme lors de fatigues importantes ou de convalescence.
Le ginseng impérial, ou Dang Shen (Codonopsis pilosula), appartient quant à lui à la famille des Campanulacées. Son action est plus douce. « Il soutient l’énergie sans la brusquer, renforce la digestion et accompagne les personnes fragiles ou épuisées », précise-t-elle.
Enfin, l’astragale (Huang Qi, Astragalus membranaceus), issue de la famille des Fabacées, complète cet ensemble. Elle est traditionnellement utilisée pour renforcer les défenses naturelles et maintenir une énergie stable et durable, notamment chez les personnes sujettes aux infections répétées ou à une grande sensibilité au froid.
Riches en composés actifs comme les ginsénosides, les polysaccharides ou les flavonoïdes, ces racines partagent un même objectif : nourrir l’énergie vitale et soutenir la capacité de récupération du corps. Mais chacune possède sa « personnalité » et répond à des besoins spécifiques.
Fatigue et stress : des effets variables selon les profils
Dans la tradition chinoise, le ginseng est associé à la capacité de l’organisme à résister au stress, qu’il soit physique ou psychologique. Il est considéré comme un soutien lorsque l’énergie vitale est affaiblie, notamment en cas de fatigue chronique ou après une maladie.
« C’est une racine indiquée lorsque la fatigue est profonde, durable, ou qu’elle s’accompagne d’une perte d’élan général », explique Anne-Laure Germond à propos du Panax ginseng.
Le Dang Shen, plus doux, agit différemment. Il est particulièrement apprécié lorsque la fatigue s’accompagne de troubles digestifs ou d’une faiblesse progressive. Son action vise à soutenir l’énergie sans provoquer de stimulation excessive, ce qui le rend mieux toléré chez certaines personnes.
L’astragale, enfin, est surtout utilisée pour renforcer l’immunité et la résistance globale. En MTC, elle est indiquée lorsque la fatigue s’accompagne d’une sensation de froid, d’une vulnérabilité aux infections respiratoires, digestives ou urinaires.
« Toutes les fatigues ne se ressemblent pas, et toutes ne se traitent pas de la même manière », rappelle Anne-Laure Germond. Une fatigue nerveuse, digestive ou immunitaire ne sera pas accompagnée de la même manière, et le choix de la plante dépend du terrain et des symptômes associés.
Ce que l’on peut attendre… et les limites à connaître
Si ces racines sont largement utilisées, elles ne doivent pas être perçues comme des solutions miracles. « L’énergie est un art de l’équilibre. La vraie vitalité n’est pas une montée brutale, mais un ancrage durable », rappelle Anne-Laure Germond.
Le ginseng asiatique, en particulier, peut être inadapté chez certaines personnes. En cas d’insomnie, d’hypertension artérielle ou de nervosité importante, il peut accentuer les symptômes s’il est mal utilisé. Des interactions sont également possibles avec certains médicaments, notamment les traitements hypoglycémiants ou anticoagulants. Les femmes enceintes ou allaitantes sont invitées à éviter son usage sans avis médical.
Le Dang Shen et l’astragale, bien que plus doux, présentent eux aussi des contre-indications, notamment en cas de fièvre, d’inflammation aiguë ou de certaines pathologies spécifiques. Ces plantes ne se substituent en aucun cas à une prise en charge médicale lorsque la fatigue ou le stress persistent.
Le message clé à retenir
Face à la tentation de « retrouver de l’énergie » rapidement, la praticienne invite à la prudence et à la nuance. « Chaque racine a sa propre énergie, et le choix dépend avant tout des besoins du moment », souligne-t-elle.
Le ginseng peut accompagner certaines situations de fatigue ou de stress, à condition d’être choisi avec discernement et intégré dans une approche globale de la santé. Lorsqu’une fatigue s’installe durablement, il reste essentiel d’en rechercher la cause et de ne pas retarder une consultation médicale.
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