Livreurs à vélo : la course à la livraison se paie cash sur la santé

Par |Publié le : 7 avril 2026|Dernière mise à jour : 7 avril 2026|3 min de lecture|

Ils livrent sans relâche dans nos villes. Mais derrière la rapidité, une enquête révèle un quotidien marqué par la précarité, l’épuisement et des risques sanitaires alarmants.

L'impact sue la santé des livraisons en vélo.

Ils sont devenus un visage familier de nos villes. Sac isotherme sur le dos, casque vissé sur la tête, ils slaloment entre les voitures pour livrer repas, courses ou colis en un temps record. Mais derrière cette image d’efficacité se cache une réalité beaucoup plus sombre. À quel prix ces livreurs à vélo travaillent-ils pour répondre à la demande toujours plus pressante ?

Une enquête menée et publiée le 31 mars par Médecins du Monde, en partenariat avec l’IRD et l’INED, lève le voile sur des conditions de travail particulièrement éprouvantes. Baptisée SANTÉ-COURSE, l’étude s’appuie sur les témoignages de plus de 1 000 livreurs à Paris et Bordeaux. Le constat est sans appel : ces travailleurs cumulent en moyenne 63 heures par semaine, pour une rémunération souvent inférieure à 6 euros brut de l’heure.

Santé mentale et physique en chute libre

Le quotidien de Samy, 20 ans, illustre cette réalité. Livreurs depuis un an, il décrit des journées à rallonge : « Je commence à 10 heures, je termine à 14 heures et après je commence à 17 heures/18 heures et je ferme à 23h30 ». Au bout de ces longues heures, il espère gagner « 60, 65 € » par jour. Un revenu fragile, largement dépendant du nombre de courses effectuées. Car ici, tout fonctionne à la tâche : les temps d’attente, pourtant nombreux, ne sont pas rémunérés. À cela s’ajoutent des pratiques comme la location de comptes, qui grignotent encore davantage les gains.

Mais c’est sur le plan de la santé que les conséquences sont les plus alarmantes. Près d’un livreur sur deux estime que son état s’est dégradé depuis qu’il exerce cette activité. L’enquête révèle que 45 % souffrent de détresse psychologique, avec des troubles anxio-dépressifs marqués. Une pression constante, liée à l’incertitude des revenus et à la cadence imposée.

Sur la route, le danger permanent

Physiquement aussi, les corps s’usent. 85 % des livreurs évoquent une fatigue chronique. Les douleurs lombaires intenses concernent plus d’un tiers d’entre eux, tandis que 32 % déclarent des troubles urinaires. Les longues heures passées à pédaler, souvent sans pause, les charges lourdes à transporter et les conditions climatiques difficiles expliquent en partie ces pathologies.

Le danger est également omniprésent sur la route. Entre circulation dense et impératifs de rapidité, les accidents sont fréquents. « Je me suis fait taper par une voiture », témoigne un livreur à France 3, rappelant la vulnérabilité de ces travailleurs au quotidien.

Une précarité qui freine l’accès aux soins

À ces difficultés s’ajoute une précarité structurelle. Environ 32 % des livreurs n’ont aucune couverture santé. Le manque de temps, de moyens, mais aussi parfois une situation administrative fragile compliquent l’accès aux soins. Leur statut d’auto-entrepreneur les prive en outre de protections essentielles : pas de congés payés, ni d’assurance chômage, ni de réelle couverture en cas d’accident.

Face à ce constat, Médecins du Monde tire la sonnette d’alarme. L’ONG appelle à un encadrement plus strict de ces plateformes et à des mesures de protection renforcées. Une directive européenne sur le travail via plateforme, attendue d’ici 2026, pourrait constituer un tournant. Reste à savoir si elle suffira à améliorer concrètement le quotidien de ces travailleurs de l’ombre, devenus indispensables à nos modes de vie.

Sources
– État de santé des livreurs des plateformes : une étude inédite révèle des chiffres alarmants. www.medecinsdumonde.org. Consulté le .

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Elodie Vaz
Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023, Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes. Carte de presse numéro 143067