L’offre médicale en France : focus sur le dernier rapport du Conseil national de l’ordre des médecins

Par |Publié le : 13 mai 2026|Dernière mise à jour : 11 mai 2026|5 min de lecture|

Selon le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM), à l’horizon 2040, la hausse du nombre de médecins en France sera de l’ordre de 40%. Ils seront plus de 270 000 en activité régulière en 2030 et plus de 358 000 en 2040. Malgré cette augmentation encourageante, des défis majeurs restent à relever, notamment sur l’égalité de répartition territoriale de ces nouveaux professionnels de santé. Eclairage.

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Résumé de l’offre médicale en France en 2026

En 2026, on compte 245 847 médecins en activité inscrits à l’ordre des médecins, une augmentation de 14% par rapport à 2010. Cela représente 205 214 médecins en activité régulière, 16 675 en activité intermittente, et 23 858 retraités ayant conservé une activité médicale. Ils sont par ailleurs plus de 5000 non retraités sans activités médicales.

L’activité salariée (en milieu hospitalier, établissements privés à but lucratifs ou non lucratifs) poursuit sa progression et représente le premier mode d’exercice des médecins en activité : 47 % des effectifs. On relève notamment 41,6% des médecins en exercice libéral exclusif et 11,4% en activité mixte.

Plusieurs raisons poussent les nouveaux médecins à s’inscrire dans un cadre salarié : travail en équipe, amplitude de travail fixe, plus de souplesse pour obtenir des congés (maladie, maternité et paternité), droit de percevoir indemnités chômage, accès à la formation continue et mode d’exercice plus sécurisant.

La proportion de spécialistes et plus particulièrement de spécialistes médicaux et de spécialistes chirurgicaux est en constante augmentation parmi les médecins en activité avec respectivement 5 points et 0,9 point entre 2010 et 2026.

À savoir !Parmi les médecins en activité régulière, on dénombre 40.3% de généralistes, 47% de spécialistes médicaux et 12,7% de spécialistes chirurgicaux.

Les médecins à diplômes étrangers jouent un rôle croissant dans l’équilibre démographique de certains territoires et spécialités : ils sont désormais 14,2 % des médecins inscrits au Tableau de l’Ordre, soit 34 950 (13973 diplômés au sein de l’UE (Roumanie, Belgique, Italie et Espagne principalement) et 20 977 diplômés hors UE dont d’Algérie, de Tunisie, de Syrie et du Maroc principalement). Ils représentaient en 2010 seulement 7,1% des médecins en activité. Ils permettent souvent de maintenir l’offre de soins dans les zones sous-dotées et compensent ainsi en partie les déséquilibres.

L’âge moyen des médecins en activité est de 49,9 ans, témoignant ainsi d’un rajeunissement durable de la profession. 31% ont moins de 40 ans et 30% ont plus de 60 ans.

À savoir !Au 1er janvier 2026, l’âge moyen des médecins en activité est élevé dans les départements qui s’étendent du nord-est vers le sud-ouest, suivant ainsi la « diagonale du vide » où la densité de population est plus faible. À l’inverse, les départements les plus jeunes se situent principalement au nord-ouest de la métropole (Finistère, Ille-et-Vilaine, Maine-et-Loire, façade atlantique).

La féminisation de la profession se confirme : les femmes représentent 50,5 % des effectifs en 2026, contre 40,1 % en 2010.

Des inégalités territoriales majeures

En dépit de l’augmentation du nombre de médecins, le CNOM reste très vigilant, car on constate une progression des inégalités d’accès aux soins.

Les départements qui ont connu les plus fortes augmentations se situent sur les littoraux, aux frontières et dans les outremers. Les Hautes-Alpes, la Haute-Savoie et la Savoie sont les départements métropolitains ayant connu les plus fortes augmentations. Mayotte, Guyane et La Réunion sont quant à eux les départements en France entière ayant connu les plus fortes augmentations.

À l’inverse, la Creuse, le Cher et la Haute-Marne ont connu les baisses les plus importantes de médecins entre 2010 et 2026 : -19,3%, -17,3% et -16,7% sur la période.

Un contraste semble se dessiner entre les régions du sud de la métropole et l’Île-de-France très bien dotées, et les régions du nord du territoire qui pâtissent d’un manque de professionnels de santé.

Les régions les mieux dotées en médecins en activité sont la Provence-Alpes-Côte d’Azur, La Réunion, et l’Île-de-France avec respectivement 432, 412 et 396 médecins en activité pour 100 000 habitants.

À savoir !Pour rappel, la densité médicale en France est en moyenne de 363 médecins en activité pour 100 000 habitants. Pour l’exercice de la médecine en activité régulière, cette densité est de 303 médecins pour 100 000 habitants.

À l’inverse, les régions présentant les densités les plus faibles sont le Centre-Val-de-Loire (266), la Guyane (282) et les Hauts-de-France (313).

Les défis à relever pour proposer un accès équitable et pérenne aux soins

Le nombre de médecins augmente, mais les inégalités territoriales et organisationnelles persistent.

Pour changer ce contexte de polarisation et proposer à l’avenir une offre médicale repartie de manière plus homogène sur le territoire, le CNOM propose quelques recommandations.

Point crucial : cette évolution de l’organisation des soins devra prendre en compte la répartition de la population française sur le territoire, mais également, bien évidemment, les nouveaux besoins en santé (besoins en termes de prévention et de soins curatifs). Des besoins répondant notamment à une population française de plus en plus âgée et une population générale développant plus fréquemment des maladies chroniques (hypertension artérielle, surpoids et obésité, diabète).

Le CNOM recommande de veiller tout au long de ces quinze prochaines années à :

  • Adapter la formation aux besoins réels (risque d’une offre trop importante dans certaines spécialités et trop faibles dans d’autres) ;  
  • Encourager l’installation des médecins généralistes en zones rurales, à fortiori quand on sait que ces zones sous dotées regroupent des médecins de plus en plus âgés) ;
  • Mieux répartir les généralistes et les spécialistes sur le territoire (forte concentration dans les grandes villes et zones attractives, tensions sur la médecine générale, gynécologie, dermatologie la psychiatrie, ophtalmologie et médecine du travail).

Le CNOM propose plusieurs pistes pour atteindre ces objectifs :

  • La nécessité d’une régulation territoriale (sous-entendant ainsi un débat sur la liberté d’installation des médecins) ;
  • L’adaptation du numerus apertus (formation médicale) ;
  • La mise en place de réflexions et d’outils pour mieux planifier les besoins de santé.

En octobre 2026, le CNOM publiera le Livre blanc de l’Ordre des médecins. Il aura pour vocation d’alimenter les débats sur la santé, un sujet crucial qui devra être discuté et débattu lors des élections présidentielles et législatives de 2027.

Sources
– Atlas de la démographie médicale en France, CNOM. www.conseil-national.medecin.fr. Consulté le 10 avril 2025.

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Julie P.
Journaliste scientifique
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