Hépatite DL’hépatite D est une pathologie du foie d’origine virale. Le virus en cause est celui de l’hépatite D ou VHD.  L’infection peut être aiguë ou chronique. Dans le monde, on estime que 15 à 20 millions d’individus seraient contaminés par le virus de l’hépatite D.

Définition

L’hépatite D est une infection du foie. Elle est provoquée par le virus de l’hépatite D (VHD). Cependant, ce virus a besoin du virus de l’hépatite B pour se développer. Ainsi, une hépatite D est impossible sans qu’une hépatite B ne soit préalablement présente. Cette surinfection engendre une maladie bien plus sévère que celle liée au virus de l’hépatite B seul.

À savoir ! On distingue 5 virus capables d’infecter et de provoquer une inflammation du foie. Chacun est désigné par une lettre : A, B, C, D et E. Le mode de transmission ainsi que leur agressivité permet de les différencier.

L’hépatite D sévit sur l’ensemble du globe. Cependant, il existe des zones plus à risque telles que le Moyen-Orient, le Pakistan, Asie centrale et du Nord, le Japon, Taïwan, le Groenland, quelques régions d’Afrique, le bassin de l’Amazone, certaines parties du Pacifique et la Méditerranée. On estime que près de 5% des patients porteurs du virus de l’hépatite B sont co-infectés par le virus de l’hépatite D.

À savoir ! Le virus de l’hépatite D a été mis en évidence pour la première fois en 1977.

Cette affection touche uniquement les patients atteints d’hépatite B et possède le même mode de transmission.  Il est lié à la présence du virus dans la majorité des liquides biologiques (sang, sperme, sécrétions vaginales) du patient infecté. Le virus de l’hépatite B se transmet très facilement d’un individu à un autre. On distingue 4 principales voies de transmission :

  • Les relations sexuelles non protégées, on parle alors de maladies sexuellement transmissibles (MST) ;
  • Le contact direct ou non avec du sang infecté par exposition professionnelle (personnel soignant), via les soins médicaux (matériel contaminé), par l’usage de drogues par voie intraveineuse ou nasale (partage de matériel) ou par la réalisation de piercing ou tatouage sans respect des règles d’hygiène ;
  • La transmission d’une personne contaminée à son entourage, généralement via de petites plaies cutanées ou par l’intermédiaire d’objets coupants ou piquants (rasoir, coupe-ongle, etc.) ;
  • La transmission mère-enfant, essentiellement au moment de l’accouchement lorsque la mère est porteuse du virus de l’hépatite B. Cependant, ce dernier mode de contamination est devenu très rare en France en raison des dépistages obligatoires du VHB pendant la grossesse.

Lorsque le virus de l’hépatite D infecte le patient en même temps que celui de l’hépatite B, on parle de co-infection. En revanche, lorsque la contamination n’a pas lieu simultanément avec le VHB et qu’elle survient après, on parle alors de surinfection.

L’hépatite D touche quasi-exclusivement les individus s’injectant des drogues. Dans 80% des cas, l’infection devient chronique et risque d’évoluer vers une cirrhose du foie.

Symptômes

Les symptômes d’une hépatite D, tout comme l’hépatite B, sont variables et peuvent passer inaperçus. La période d’incubation pour l’hépatite B est comprise entre 45 et 180 jours. L’infection simultanée du virus de l’hépatite D et B est responsable d’une hépatite aigüe. Elle peut être plus ou moins sévère.

Lors d’une hépatite aiguë, le signe le plus fréquent est la fatigue. Elle peut être associée à de la fièvre, des nausées, des vomissements, une perte d’appétit et des douleurs musculaires et articulaires. Parfois, l’urine est plus sombre, les selles blanchâtres et la peau jaunâtre. D’autres signes moins spécifiques peuvent être présents également : une sensation de malaise, une gêne au niveau du côté droit de l’abdomen, une anxiété voire de l’irritabilité, des maux de tête, des troubles du sommeil, des démangeaisons, une perte de poids ou une dépression. La guérison est généralement complète. L’évolution vers une hépatite D chronique est rare (moins de 5% des cas).

Dans 0,1 à 1% des cas, on parle d’hépatite fulminante. Les lésions hépatiques sont d’emblée importantes et mettent en jeu la vie du patient. Une greffe du foie doit être réalisée en urgence.

Lorsque l’on est dans un contexte de surinfection, c’est-à-dire que le virus de l’hépatite D a contaminé un individu déjà porteur du virus de l’hépatite B, l’infection chronique au VHB est aggravée dans 70 à 90% des cas. En effet, la surinfection par le VHD accélère de près de 10 ans l’évolution vers une cirrhose.

À savoir ! Une cirrhose (lésion irréversible du foie) responsable d’environ 15 000 décès par an en France, se traduit, entre autres, par des hémorragies du tube digestif, une ascite (accumulation de liquide dans l’abdomen) et des oedèmes. Elle peut évoluer vers un cancer du foie.

Diagnostic

Devant les symptômes décrits précédemment, le médecin procède à un examen clinique visant à explorer le diagnostic d’hépatite. Il recherche la présence d’un ictère et d’une augmentation du volume du foie.

Des examens biologiques sur prélèvements sanguins sont nécessaires pour confirmer le diagnostic. Un premier dosage sur un échantillon de sang permet de détecter la présence du virus par la mise en évidence d’anticorps dirigés contre le virus de l’hépatite D. La confirmation est obtenue par la détection du matériel génétique du virus.

Traitement

Il n’existe pas de traitement spécifique d’une infection aigüe ou chronique par le virus de l’hépatite D. Le besoin d’un traitement et le pronostic de l’infection sont déterminés selon l’activité (autrement dit sa capacité à se multiplier) du virus chez chaque individu.

Un seul médicament est efficace sur le virus de l’hépatite D : l’interféron alpha pégylé. Les molécules actives sur le virus de l’hépatite B n’ont que peu d’effet sur celui de l’hépatite D.

La durée optimale du traitement reste encore floue, tout autant que le délai durant lequel le patient doit rester négatif à la détection du matériel génétique du virus après le traitement pour admettre qu’il est « soigné ». Ainsi, un traitement pendant plus d’un an pourrait être nécessaire.

De façon générale, la plupart des patients rechutent dès l’arrêt du traitement. Une greffe hépatique est envisagée qu’en cas d’hépatite fulminante ou de maladie hépatique au stade terminale.

Prévention

La prévention contre l’hépatite D consiste avant tout à prévenir l’hépatite B. La vaccination est la mesure la plus efficace. Elle est actuellement recommandée à tous les nourrissons, les injections sont réalisées à 2 mois, 4 mois et 11 mois. Cependant, un rattrapage peut être proposé à tous les enfants ou adolescents de moins de 16 ans qui n’aurait pas eu le vaccin.

À savoir ! Certaines professions ont l’obligation de vaccination à l’hépatite B, par exemples les professionnels de santé.

En revanche, la vaccination n’est d’aucune utilité sur le virus de l’hépatite D chez un patient déjà infecté par le virus de l’hépatite B.

Les autres mesures de prévention reposent sur certaines règles d’hygiène comme :

  • L’utilisation de préservatifs lors de relations sexuelles ;
  • La réalisation de tatouage ou piercing avec du matériel à usage unique ou stérile ;
  • L’utilisation d’objets d’hygiène personnels (brosse à dents, rasoirs, etc.) ;
  • L’absence du partage du matériel d’injection de drogues (seringue, aiguille, etc.).

Charline D., Pharmacien

– Hépatite D. OMS. Juillet 2017.
– Dépister l’Hépatite B. Ameli. Le 16 mars 2017.
– L’hépatite D. INPES. Le 24 novembre 2015.