Naissances prématurées : ces additifs plastiques pointés du doigt dans le monde
Près de 2 millions de naissances prématurées pourraient être liées aux plastiques du quotidien. Une étude mondiale révèle un danger invisible aux conséquences inquiétantes.

C’est une alerte sanitaire d’ampleur mondiale. Une nouvelle étude publiée le 31 mars dans eClinicalMedicine estime que l’exposition à certains produits chimiques présents dans les plastiques pourrait être liée à près de 2 millions de naissances prématurées en une seule année. Un chiffre qui relance le débat sur ces substances invisibles… mais omniprésentes dans notre quotidien.
Selon cette analyse menée par des chercheurs de NYU Langone Health, l’exposition au phtalate de di-2-éthylhexyle (DEHP), un additif utilisé pour assouplir le plastique, aurait contribué à environ 1,97 million de naissances prématurées en 2018, soit plus de 8 % du total mondial. Les chercheurs estiment également que ce produit chimique pourrait être lié au décès de 74 000 nouveau-nés.
Des substances partout autour de nous
Le DEHP appartient à la famille des phtalates, que l’on retrouve dans de nombreux produits du quotidien : cosmétiques, détergents, répulsifs anti-insectes ou encore objets en plastique. Problème : ces substances ne restent pas figées.
Elles peuvent se fragmenter en particules microscopiques et pénétrer dans l’organisme par l’air, l’alimentation ou la poussière. Une exposition diffuse, difficile à éviter, et encore mal comprise.
Les chercheurs se sont intéressés à la prématurité, un enjeu majeur de santé publique. Selon Organisation mondiale de la santé, elle constitue une cause importante de mortalité infantile et un facteur de risque de troubles du développement et d’apprentissage à long terme.
Un impact mondial… mais inégal
Cette étude constitue la première estimation globale du lien entre exposition au DEHP et naissances prématurées. « En estimant dans quelle mesure l’exposition aux phtalates peut contribuer aux naissances prématurées dans le monde, nos résultats soulignent que la réduction de cette exposition, en particulier dans les régions vulnérables, pourrait contribuer à prévenir les naissances prématurées et les problèmes de santé qui en découlent souvent », explique dans un communiqué de presse la professeure Sara Hyman, auteure principale.
Mais tous les pays ne sont pas touchés de la même manière. Le Moyen-Orient et l’Asie du Sud concentreraient à eux seuls 54 % des cas liés à la prématurité. En cause : une forte croissance des industries du plastique et une production importante de déchets.
L’Afrique, elle, représente 26 % des problèmes de santé associés au DEHP, avec une mortalité particulièrement élevée. Les chercheurs pointent des systèmes de santé plus fragiles, qui aggravent les conséquences de la prématurité.
Des conséquences durables
Au-delà des naissances prématurées, l’étude estime que l’exposition au DEHP pourrait être responsable de 1,2 million d’années vécues avec un handicap dans le monde. Un indicateur qui mesure les années de vie affectées par des maladies ou des complications liées à une naissance précoce.
Ce n’est pas la première fois que ces substances sont mises en cause. Des travaux antérieurs ont déjà établi des liens entre les phtalates et de nombreux problèmes de santé : cancer, maladies cardiovasculaires ou encore infertilité.
Les chercheurs ont également étudié un autre phtalate, le DiNP, souvent utilisé comme alternative. Résultat : il pourrait présenter un risque similaire, avec environ 1,88 million de naissances prématurées associées.
Un « jeu dangereux » dénoncé par les experts
Face à ces chiffres, certains spécialistes appellent à revoir en profondeur la réglementation. « Notre analyse montre clairement que réglementer les phtalates un par un et les remplacer par des substances mal connues ne résoudra probablement pas le problème de fond », alerte Leonardo Trasande, auteur principal de l’étude. « Nous jouons à un jeu dangereux, un véritable jeu de taupe, avec des produits chimiques dangereux, et ces résultats soulignent l’urgence d’un contrôle plus strict et global des additifs plastiques afin d’éviter de reproduire les mêmes erreurs. »
Des résultats à interpréter avec prudence
Les auteurs le reconnaissent toutefois, leur étude ne prouve pas un lien de cause à effet direct. Elle repose sur des modèles statistiques et des données issues de 200 pays, avec une part d’incertitude.
L’impact réel pourrait être jusqu’à quatre fois inférieur… ou légèrement supérieur aux estimations avancées. Mais même dans les scénarios les plus prudents, le constat reste préoccupant.
Ces travaux « commencent à combler une lacune importante » dans la compréhension des effets des substances chimiques sur la santé, souligne Sara Hyman. Une première étape, avant d’autres recherches pour confirmer et affiner ces résultats.
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