Perturbateurs endocriniens et risques de prématurité

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Rédigé par Deborah L. et publié le 7 mars 2024

La journée de la prématurité qui s’est tenue en novembre dernier a été l’occasion pour le Sénat d’organiser un colloque sur le thème du risque de prématurité induit par l’exposition aux perturbateurs endocriniens. Il faut dire que de nombreuses études ont pointé ces substances comme des facteurs de risque de prématurité et de maladies infantiles. On fait le point.

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Perturbateurs endocriniens : une exposition généralisée

Les perturbateurs endocriniens désignent des substances chimiques perturbant les fonctions hormonales de l’organisme comme la croissance, les fonctions reproductrices ou les fonctions thyroïdiennes. Ces substances dangereuses peuvent être présentes dans l’environnement ou entrer dans la composition de divers objets du quotidien.

À savoir ! Les perturbateurs endocriniens peuvent agir à différents niveaux en empêchant une hormone de se fixer sur son organe cible ou en perturbant sa production ou sa régulation. Ils participent ainsi au développement ou à l’évolution de nombreuses maladies.

Le bisphénol-A, le glyphosate ou encore les parabènes figurent parmi les perturbateurs endocriniens les plus connus. Mais il en existe bien d’autres et les études scientifiques sont de plus en plus nombreuses à étudier leur impact sur la santé, notamment sur la santé de l’enfant. Selon le Haut Conseil de santé publique (HCSP) et le Haut Conseil de l’enfance, de la famille et de l’âge (HCEFA), les effets des perturbateurs endocriniens représentent une véritable « épidémie silencieuse » sur l’organisme et le cerveau des enfants.

Entre 2014 et 2016, une enquête française nationale intitulée Esteban a suivi l’exposition à six familles de polluants dans les objets du quotidien de 1 104 enfants de 6 à 18 ans et de 2 500 adultes. Il en ressort que l’exposition aux perturbateurs endocriniens est généralisée en France avec un niveau d’imprégnation accru chez les enfants de 6 à 17 ans.

Exposition aux phtalates et risques de prématurité

Récemment, plusieurs travaux se sont intéressés aux effets des phtalates, une famille de perturbateurs endocriniens fréquemment retrouvés dans les produits cosmétiques, les plastiques ou les aliments utra-transformés. Un lien a ainsi été démontré entre les phtalates et un taux accru de naissances avant terme. En 2022, une synthèse de 16 études américaines menées entre 1983 et 2018 a été publiée dans la revue JAMA Pediatrics. Elle a établi un lien entre prématurité et 11 métabolites urinaires de phtalates pendant la grossesse. Selon les auteurs de cette synthèse, la réduction de l’exposition aux phtalates permettrait donc de réduire le nombre de naissances prématurées :

  • De 6 % pour une réduction de 30 % de l’exposition aux phtalates.
  • De 12% pour une réduction de 50 % de l’exposition aux phtalates.
  • Et de 32% pour une réduction de 90 % de l’exposition aux phtalates.

À savoir ! On dénombre près de 55 000 cas de bébés prématurés chaque année en France.

Une autre étude, européenne cette fois-ci et intitulée « Génération R », a démontré que le taux de phtalates pendant la grossesse était lié à des risques de retard de croissance in utero et de prématurité.

Par ailleurs, l’analyse de liquide amniotique révélait dans une étude de 2011 la présence de phtalates, de pesticides et autres substances dangereuses. Et c’est une revue de plusieurs articles qui a permis en 2022 de synthétiser les effets du passage transplacentaire des perturbateurs endocriniens. Avec, pour les phtalates, des altérations placentaires au niveau de la morphologie, de la production hormonale ou de l’expression des gènes. Or, il faut savoir qu’avant la 20e semaine de grossesse, le neurodéveloppement précoce de l’embryon se fait essentiellement grâce aux taux en iode et en hormone thyroïdienne de la mère.

L’imprégnation du fœtus en perturbateurs endocriniens durant la grossesse crée ainsi un environnement favorable au développement ultérieur de pathologies comme les cancers du sein hormonodépendants, des testicules, de la prostate, l’endométriose, diabète, obésité etc.

Vers une réévaluation des perturbateurs endocriniens ?

Dans ce contexte, la Société française d’endocrinologie exhorte à la réévaluation des substances reconnues comme perturbateurs endocriniens. Protéger la période de conception est également le fer de lance de la troisième Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens qui milite pour une politique nationale. De son côté, le Haut Conseil de santé publique a fait le choix d’intégrer un chapitre « environnement » au carnet de santé actuel. Quant à la Stratégie nationale de santé (2023-2033), elle inclura un volet « santé de l’enfant » pour protéger la période de la conception.

A l’échelle européenne, 28 pays ont d’ores et déjà intégré le partenariat de biosurveillance PARC (Partnership for the Assessment of Risks from Chemicals) jusqu’en 2027. Gageons que ces initiatives permettront de mieux documenter les risques liés à l’exposition aux perturbateurs endocriniens et de protéger davantage la santé des populations.

Déborah L., Dr en Pharmacie

Sources

– Moins de perturbateurs endocriniens : une voie efficace pour réduire la prématurité et les maladies infantiles. www.lequotidiendumedecin.fr. Consulté le 29 février 2024.

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