D’où viennent les hantavirus et comment se transmettent-ils ?

Par |Publié le : 27 mai 2026|Dernière mise à jour : 27 mai 2026|7 min de lecture|

En ce début du mois de mai, un foyer d’infection d’Hantavirus à bord d’un navire de croisière fait ressurgir les peurs vécues pendant la pandémie de Covid-19. Le type d’Hantavirus détecté à bord du bateau « MV Hondius » est le virus des Andes, la seule souche d’Hantavirus connue pour être capable d’une transmission entre humains. Mais, que savons-nous sur les origines de cette famille de virus ?  Quels sont les modes de contamination ?

provenance hantavirus et mode de transmission

Hantavirus : qui sont-ils ?

Les hantavirus sont une famille de virus zoonotiques à ARN qui infectent les rongeurs. Ils sont occasionnellement transmis à l’homme. Ils appartiennent à la famille des Hantaviridae et sont présents sur tous les continents.

À savoir !Une zoonose est une maladie ou une infection transmissible d’un animal à l’homme. Il existe plus de 200 types connus de zoonoses.

Ils doivent leur nom à la rivière Hantaan, localisée à la frontière entre les deux Corées. Durant la guerre de Corée (1950-1953), plus de 3 000 soldats étaient tombés grièvement malades après avoir été infectés par ce virus. Vingt ans plus tard, en 1978, le virus a été isolé chez un rongeur au bord de la rivière Hantaan et identifié par des chercheurs coréens.

Selon l’Institut Pasteur (Centre National de Référence (CNR) des Hantavirus en France), 53 espèces sont officiellement identifiées et elles sont présentes sur tous les continents. Une vingtaine est pathologique pour l’homme. Chaque taxon viral est associé à un seul hôte naturel, incluant majoritairement les rongeurs comme les rats, les campagnols et les mulots.

  • Espèces réservoirs

Chez les rongeurs, le virus induit une infection chronique pendant laquelle le matériel viral persiste et se multiplie dans leurs organismes. Cependant aucun symptôme n’est apparent chez les rongeurs infectés, ce sont des « porteurs sains ».

On appelle alors ces espèces, des espèces réservoirs de virus. Entre rongeurs, ils peuvent se transmettre le virus par contact direct ou par contact indirect via l’inhalation de poussières et d’aérosols contaminés par les sécrétions (urine, matière fécale, salives) d’un rongeur infecté.

Les Hantavirus dans le monde

  • A l’échelle mondiale

Les infections à Hantavirus sont relativement peu fréquentes dans le monde.

 On estime qu’entre 10 000 et plus de 100 000 infections à Hantavirus surviennent chaque année, principalement en Asie et en Europe.

On retrouve deux types de syndromes chez l’homme infecté :

– Une fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) causée principalement par des Hantavirus de l’Ancien Monde (Europe, Asie), avec une mortalité dans moins de 1% à 15% des cas, en fonction des virus impliqués ;

– Un syndrome cardio-pulmonaire (SCP) causé essentiellement par des Hantavirus du Nouveau Monde (Amériques) avec une mortalité dans 30% à 60% des cas, en fonction des virus impliqués.

Malgré leur faible incidence, les infections à Hantavirus font l’objet d’une étroite surveillance, car leur taux de létalité reste élevé. En l’absence de vaccin comme de médicaments spécifiques, les traitements proposés consistent à soulager les symptômes.

À savoir !Le taux de létalité est le rapport entre le nombre de cas mortels et le nombre de personnes infectées par un virus.
  • En Europe

Sur le vieux continent, plusieurs milliers de cas sont signalés chaque année, principalement dans les régions du Nord et du Centre où circule le virus Puumala.

En effet, sur le continent européen, principalement quatre hantavirus zoonotiques circulent : le Puumala, le virus Séoul, le virus Dobrava-Belgrade et le virus Tula.

Le Puumala est responsable du plus grand nombre de cas de FHSR et circule en Europe du Nord et de l’Ouest avec un taux de létalité faible, de l’ordre de 0.4%.

Le virus Séoul est ubiquiste (ses espèces réservoirs (le rat noir et le rat surmulot) sont largement distribués sur le territoire, mais les cas humains rapportés en Europe sont très rares.

Le virus Dobrava-Belgrade circule dans la région des Balkans et en Europe centrale, son taux de létalité peut s’élever jusqu’à 10 %. Le virus Tula est quant à lui rarissime, on recense deux patients en Europe dont un en France.

  • En France

En France métropolitaine, trois de ces virus présents en Europe ont été détectés : le Puumala, le virus Séoul et le virus Tula.

À savoir !En France, la FHSR est causée principalement par le virus Puumala, identifié pour la première fois dans l’Hexagone en 1980. Les cas humains de FHSR dus à PUUV sont principalement observés dans le quart nord-est du territoire (avec de possibles épidémies localisées). Le réservoir de ce virus est le campagnol roussâtre qui vit dans la forêt ou en bordure et, parfois, dans les bâtiments avoisinants. Depuis 2012, ce sont 15 cas humains d’infection par le virus Séoul qui ont été détectés dont 13 associés à une contamination par rats sauvages.  Le virus Tula a été détecté pour la première fois en 2015 chez deux patients puis, à nouveau chez deux patients en 2023.

En France, en moyenne, chaque année, les infections à Hantavirus représentent une centaine de cas hospitalisés.

Rétrospectivement, entre 2005 et 2024, 2 199 cas de FHSR ont été diagnostiqués en France Hexagonale par l’Institut Pasteur, principalement causée par l’hantavirus Puumala, dont 2 046 avec un lieu d’exposition le plus probable en France hexagonale.

Entre janvier et mars 2026, l’Institut Pasteur a recensé 19 cas confirmés d’infection récente par un hantavirus. Le nombre de cas détectés se trouve dans la moyenne mensuelle française.

  • Amériques

Selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des Etats-Unis, depuis le début de la surveillance du virus en 1993 et jusqu’à la fin de 2023, 890 cas de maladie à Hantavirus ont été signalés aux États-Unis (principalement dans les Etats situés à l’ouest de la fleuve Mississippi). 35% de ces patients n’ont pas survécu.

En 2025, huit pays américains ont signalé des cas confirmés de syndrome pulmonaire à hantavirus, cumulant 229 cas et 59 décès. Les pays concernés sont l’Argentine, le Brésil, la Bolivie, le Chili, le Panama, le Paraguay, les États-Unis d’Amérique et l’Uruguay.

  • Asie

En Asie de l’Est, notamment en Chine et en République de Corée, le FHSR continue de représenter plusieurs milliers de cas par an.

Transmissions : de l’animal vers l’homme et de l’homme à l’homme

  • Transmission de l’animal vers l’homme

Même si de nombreuses espèces d’Hantavirus ont été identifiées dans le monde, seule une vingtaine sont connues pour être pathogènes pour l’homme.

En France métropolitaine, les rongeurs potentiellement porteurs d’un Hantavirus sont essentiellement des campagnols qui vivent dans les forêts et les habitations avoisinantes (granges, greniers, remises, cabanes abandonnées, etc.).

La contamination de l’animal à l’homme se fait par inhalation de poussières et d’aérosols contaminés par les urines, les selles et la salive des animaux infectés. Et plus rarement, par contact direct ou morsure.

Les activités les plus propices à l’inhalation des poussières et aérosols contaminés par un Hantavirus sont :

  • Les travaux en forêt ou dans des locaux longtemps inhabités à proximité de la forêt ;  
  • Les manipulations de bois :
  • Le nettoyage de locaux longtemps inoccupés et/ou mal ventilés (caves, granges, cabanes, entrepôts) ;
  • Toute activité mettant en suspension de la poussière ou de la terre (rénovations de locaux, remblayage).

Les personnes les plus exposées en France sont celles qui, dans les zones géographiques touchées (Guyane, et quart Nord Est de la France) :

  • Vivent à proximité d’une forêt ou autres habitats propices aux rongeurs (champs, fermes) ;
  • Travaillent dans les forêts ou dans des milieux ruraux agricoles (surtout en Guyane) ;
  • Pratiquent des activités en forêt ;
  • Sont en contacts directs ou indirects avec des rongeurs.
À savoir !Traditionnellement, en France, le pic de détection de cas est observé, chaque année, à la fin du printemps, période pendant laquelle les jeunes rongeurs nés au début du printemps s’infectent au contact de leurs congénères et libèrent une grande quantité de virus dans l’environnement.

Transmission interhumaine très rare

En revanche, le passage du virus d’un homme à un autre (transmission interhumaine) est rare. Elle été décrite seulement pour la première fois en 1996 dans le sud de l’Argentine.

Cette transmission interhumaine ne semble concerner que l’Hantavirus sud-américain Andes. C’est d’ailleurs cette souche qui a été identifiée chez les passagers du navire Hondius MV en mai. Ce virus est connu pour provoquer une transmission interhumaine limitée lors de contacts étroits et/ou prolongés, principalement en Argentine et au Chili.

La période de transmission virale la plus à risque de ce virus est la période au cours de laquelle les signes avant-coureurs de la maladie se manifestent, alors que le malade n’est souvent pas encore hospitalisé. Ce sont donc les proches qui sont les plus exposés, surtout lors de contacts physiques très étroits ou lors de moments de vie partagée dans des espaces confinés.

Sources
– Hantavirus. www.who.int. Consulté le 18 mai 2026.
– Rappel sur les Hantavirus. www.pasteur.fr. Consulté le 18 mai 2026.
– Reported Cases of Hantavirus Disease. www.cdc.gov. Consulté le 18 mai 2026.
– Hantavirus – Données. www.santepubliquefrance.fr. Consulté le 18 mai 2026.

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Julie P.
Journaliste scientifique
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