Hantavirus : selon l’OMS le risque de propagation dans la population est « absolument faible »
Un foyer détecté sur un navire de croisière ravive les angoisses sanitaires mondiales. Pourtant, chercheurs et autorités sanitaires assurent que la situation reste très différente de 2020. Décryptage.

Un bateau de croisière bloqué au large des Canaries, des passagers évacués sous combinaisons blanches, des quarantaines imposées dans plusieurs pays et, en toile de fond, le souvenir encore brûlant du Covid-19. Depuis plusieurs jours, l’apparition d’un foyer d’hantavirus à bord du MV Hondius alimente l’inquiétude et les fantasmes d’une nouvelle pandémie mondiale. Pourtant, les spécialistes martèlent tous le même message : la situation n’a rien de comparable avec celle du coronavirus.
« Ce n’est pas un nouveau Covid », a insisté l’Organisation mondiale de la santé (OMS), tandis que le professeur Bruno Megarbane, interrogé par France info, rappelle qu’il n’y a « pas de raison de penser que cela va dégénérer en pandémie mondiale ». Derrière ces déclarations rassurantes, une réalité scientifique bien différente de celle vécue en 2020.
L’hantavirus n’est pas un virus nouveau. Il est connu depuis plusieurs décennies et circule principalement chez les rongeurs sauvages. L’être humain est généralement contaminé en inhalant des particules provenant de leur urine, de leurs excréments ou de leur salive. Chaque année, des cas sont recensés dans plusieurs régions du monde, notamment en Amérique du Sud.
Une transmission humaine très limitée
Le foyer actuellement surveillé concerne une souche particulière, appelée « virus des Andes », détectée à bord du navire de croisière qui transportait près de 150 personnes. Plusieurs cas suspects et confirmés ont été recensés, dont certains mortels. C’est surtout la possibilité d’une transmission entre humains qui a provoqué l’alerte internationale.
Car contrairement à la plupart des hantavirus, la souche andine peut, dans certaines circonstances rares, se transmettre d’une personne à l’autre. Une caractéristique qui a immédiatement ravivé les souvenirs des premiers mois du Covid. Images de passagers isolés, avions médicalisés, quarantaine de plusieurs semaines : tous les ingrédients d’une crise sanitaire mondiale semblaient réunis.
Des symptômes plus faciles à repérer
Mais pour les virologues et les épidémiologistes, la comparaison s’arrête là. D’abord parce que la contagiosité du hantavirus reste très faible. « L’hantavirus est un virus dangereux mais il n’est pas aussi contagieux que le Covid », souligne Bruno Megarbane. La transmission interhumaine observée avec la souche andine nécessite des contacts étroits et prolongés, souvent dans un cadre familial. Rien à voir avec la capacité du SARS‑CoV‑2 à se propager massivement dans les transports, les écoles ou les lieux publics.
Le Covid avait été particulièrement difficile à contrôler en raison des nombreux cas asymptomatiques capables de transmettre le virus sans le savoir. La souche des Andes de l’hantavirus peut provoquer des symptômes pulmonaires sévères, comme un syndrome respiratoire aigu, des œdèmes pulmonaires, mais aussi une fièvre hémorragique. Mais les premiers symptômes cliniques sont généralement ceux de la grippe : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires. Cette visibilité facilite l’identification et l’isolement des cas.
« Un risque pour la population absolument faible »
Les autorités sanitaires insistent également sur un autre point : le foyer détecté sur le MV Hondius reste circonscrit. « Le risque pour l’ensemble de la population est absolument faible », a affirmé l’OMS. Pour Christian Lindmeier, porte-parole de l’agence sanitaire, « il s’agit d’un événement très différent » du Covid-19.
Si les protocoles mis en place paraissent impressionnants, c’est justement parce que les autorités veulent éviter toute propagation accidentelle. Les passagers évacués du navire ont été soumis à des contrôles stricts, certains pays ayant imposé des périodes d’isolement allant jusqu’à quarante-deux jours. Une réponse sanitaire maximale qui peut donner le sentiment d’une menace imminente, alors qu’elle traduit surtout une logique de précaution.
Cette prudence s’explique aussi par le traumatisme collectif laissé par la pandémie de Covid‑19. Depuis 2020, toute alerte sanitaire internationale provoque immédiatement une forte charge émotionnelle. Les réseaux sociaux amplifient encore cette anxiété en transformant rapidement des informations partielles en scénarios catastrophes.
Des autorités sanitaires qui réagissent vite
Pourtant, les spécialistes rappellent qu’un virus mortel n’est pas nécessairement un virus capable de provoquer une pandémie mondiale. La diffusion d’un agent infectieux dépend de nombreux facteurs : mode de transmission, vitesse de propagation, capacité à contaminer avant l’apparition des symptômes ou encore mobilité des personnes infectées.
Sur tous ces critères, l’hantavirus apparaît aujourd’hui beaucoup moins menaçant que le coronavirus apparu en Chine fin 2019.
Les experts restent néanmoins vigilants. Les passagers du navire continuent d’être suivis médicalement et les autorités sanitaires internationales surveillent de près l’évolution des cas suspects. Mais cette surveillance ne signifie pas qu’une catastrophe sanitaire est en cours.
L’épisode rappelle surtout une autre réalité : dans un monde marqué par les échanges internationaux et le changement climatique, les zoonoses — ces maladies transmises de l’animal à l’humain — continueront probablement à émerger. La différence, cette fois, est que les systèmes de surveillance mondiaux réagissent beaucoup plus vite.
– «Ce n’est pas un nouveau Covid» : l’OMS veut rassurer après des cas d’hantavirus sur un navire de croisière. www.lefigaro.fr. Consulté le 11 mai 2026.
– Pour le professeur Bruno Mégarbane, l'hantavirus "n’est pas une maladie aussi contagieuse que le Covid". www.radiofrance.fr. Consulté le 11 mai 2026.
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