La dyslexie est un trouble significatif et durable d’apprentissage et d’acquisition de la lecture. Seule ou accompagnée, elle se manifeste par un certain nombre de signes caractéristiques, qui évoquent son diagnostic. Dépistée le plus précocement possible, sa prise en charge, par une équipe pluridisciplinaire, permet à l’enfant de minimiser les conséquences de ce trouble sur sa qualité de vie.

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Dyslexie

Qu’est-ce que la dyslexie ?

La dyslexie est un trouble spécifique et durable de l’acquisition du langage écrit, en particulier de la lecture et de l’acquisition de son automatisme. La personne dyslexique présente des difficultés à identifier les lettres, les syllabes ou les mots, et ce en l’absence de troubles neurosensoriels ou psychologiques, de difficultés socio-culturelles, et malgré une intelligence et une scolarisation normales.

La dyslexie toucherait selon les estimations entre 5 et 15 % des enfants, et environ 5 % de la population générale. Ainsi, statistiquement chaque classe compterait en moyenne un enfant dyslexique. Les garçons sont plus touchés que les filles et la dyslexie est plus fréquente dans les pays où la langue est difficile. Tous les milieux sociaux sont concernés.

L’origine de la dyslexie

Aucune cause évidente ne permet aujourd’hui d’expliquer la survenue de la dyslexie. L’enfant naît dyslexique, et ne le devient pas à cause de son environnement ou d’une méthode spécifique de lecture. Néanmoins, 50 % des personnes dyslexiques ont des antécédents familiaux, ce qui suggère une prédisposition génétique à la dyslexie. Des études sont menées pour identifier les gènes impliqués dans cette transmission génétique. De nombreux chercheurs évoquent par ailleurs un dysfonctionnement des réseaux cérébraux impliqués dans la phonologie (représentation et traitement des sons et de la parole).

La dyslexie peut être un trouble isolé ou être associée à d’autres troubles de l’apprentissage, tels que :

  1. La dysorthographie (trouble affectant l’orthographe), très fréquemment associée à la dyslexie ;
  2. La dysphasie (troubles du langage oral) ;
  3. La dyspraxie (trouble de la réalisation des gestes) ;
  4. La dyscalculie (troubles du raisonnement, de la logique et de l’utilisation des nombres) ;
  5. La dysgraphie (troubles du graphisme) ;
  6. Des troubles de l’attention, avec ou sans hyperactivité.

Ainsi, la dyslexie est précédée dans un tiers des cas d’un retard de langage.

Les manifestations de la dyslexie

La dyslexie se manifeste dès les premières étapes de l’apprentissage du langage écrit et de la lecture. L’enfant ne parvient pas à maîtriser le stade alphabétique (identification des lettres), puis il est incapable de mémoriser la forme visuelle des mots (stade orthographique). La lecture est hésitante, ralentie, parsemée d’erreurs, tandis que l’orthographe est touchée.

Les principales manifestations de la dyslexie sont les suivantes :

  1. Une difficulté à identifier les mots ;
  2. Une difficulté pour lire sans erreur et de manière fluide ;
  3. Une difficulté à découper les mots dans une phrase ;
  4. Une lenteur exagérée de la lecture ;
  5. Une difficulté de compréhension des textes ;
  6. Une écriture lente, difficile et parfois illisible ;
  7. De nombreuses fautes d’orthographe ;
  8. Une fatigabilité importante lors de la lecture et de l’écriture.

Lors de la lecture, l’enfant dyslexique peut réaliser plusieurs types de fautes, liés à plusieurs catégories de difficultés :

  1. Des confusions auditives (perception difficile des sons proches) ;
  2. Des confusions visuelles (différenciation difficile des formes proches) ;
  3. Un défaut de mémoire visuelle de travail (faible ou mauvaise mémorisation de la forme et de l’ordre des lettres) ;
  4. Un défaut de mémoire auditive de travail (difficulté à retenir les sons à l’intérieur d’une phrase) ;
  5. Des omissions (ajouts ou inversions de lettres) ;
  6. Une lecture partielle d’un mot ;
  7. Une fusion de plusieurs mots ;
  8. Un mauvais découpage des unités ou des éléments lus.

Plusieurs types de dyslexie

L’importance et l’impact de la dyslexie sont très variables d’une personne à l’autre. En pratique, les premiers signes évocateurs apparaissent dès la maternelle.

Les spécialistes considèrent plusieurs types de dyslexie, chacun pouvant être plus ou moins sévère :

  1. La dyslexie phonologique, dans laquelle l’enfant rencontre des difficultés pour associer une graphie à un son ;
  2. La dyslexie de surface, dans laquelle l’enfant ne mémorise que peu ou pas l’orthographe des mots entiers et ne déchiffre que les mots composés de syllabes régulières ;
  3. Les dyslexies mixtes, dans lesquelles les deux premiers types sont combinés ;
  4. Les dyslexies visuo-attentionnelles, dans lesquelles l’attention nécessaire à l’activité de lecture est affectée, avec des erreurs de type inversions dans les groupes de lettres, omissions, ajouts, reformulations approximatives ou sauts de lignes.

Les conséquences de la dyslexie

Compte-tenu des manifestations de la dyslexie, ce trouble est à l’origine de conséquences parfois importantes sur la vie de l’enfant. Il est notamment possible de citer :

  1. Une mauvaise tenue des cahiers scolaires, incomplets, illisibles et incompréhensibles ;
  2. Des difficultés pour étudier les leçons et faire les devoirs ;
  3. Des difficultés de lecture et d’écriture, pouvant aller jusqu’à une absence de goût pour ces deux activités ;
  4. Des difficultés d’apprentissage dans de nombreuses matières scolaires ;
  5. Des problèmes de compréhension des énoncés ou des sujets d’examens ;
  6. Des difficultés pour produire des copies lisibles et dans les temps impartis ;
  7. Des résultats scolaires insuffisants, voire un échec scolaire ;
  8. Un risque d’interruption de la scolarité ;
  9. Des difficultés professionnelles dans toutes les situations où il est nécessaire de lire et écrire ;
  10. Une fragilisation psychologique ;
  11. Une baisse de l’estime de soi, parfois accompagnée d’un repli sur soi.

Le diagnostic de dyslexie

Le diagnostic de la dyslexie ne peut pas être posé dès l’apparition des premières difficultés dans l’acquisition de la lecture et du langage écrit. Certains signes évocateurs peuvent cependant attirer l’attention des enseignants et/ou de l’entourage, surtout s’ils deviennent durables :

  1. Un retard de langage oral ;
  2. Aucun automatisme de lecture après 6 mois d’apprentissage ;
  3. Des inversions ou des confusions de lettres, de syllabes ou de mots ;
  4. Une transposition ou une omission de lettres ;
  5. Une difficulté à déchiffrer des sons complexes ;
  6. Une mauvaise orthographe et une ponctuation aberrante ;
  7. Une mauvaise interprétation des phrases et un mauvais découpage des mots ;
  8. Une lenteur excessive ;
  9. Une difficulté à retenir les poésies ou les tables de multiplication ;
  10. Un mauvais repérage dans le temps et l’espace ;
  11. Une mauvaise mémoire immédiate ;
  12. Des difficultés d’organisation personnelle ;
  13. Des difficultés avec les nombres (compter de 2 en 2, composer les nombres, système décimal, …) ;
  14. Un refus de l’école ;
  15. Une fatigabilité ;
  16. Un manque de concentration.

Pour évoquer un diagnostic de dyslexie, il faut constater un retard d’au moins 18 mois dans l’apprentissage normal de la lecture. Ce type de diagnostic ne peut donc intervenir qu’en fin de CE1 ou début de CE2. Avant ce terme, les spécialistes parlent uniquement de troubles du langage oral et/ou écrit, voire d’une prédisposition à la dyslexie.

Pour établir formellement un diagnostic de dyslexie, plusieurs bilans doivent être réalisés, si possible dans un centre de référence régional spécialisé :

  1. Un bilan orthophonique pour dresser le bilan des compétences dans le langage écrit et oral ;
  2. Un bilan psychologique pour établir le quotient intellectuel (QI, souvent normal ou supérieur à la normale) et faire le bilan des compétences dans la mémoire ;
  3. Un bilan comportemental ou psycho-affectif ;
  4. Un bilan neuro-pédiatrique pour déterminer les fonctions mentales de l’enfant, avec si besoin des examens complémentaires d’imagerie médicale (scanner, IRM) ;
  5. Un bilan psychomoteur pour rechercher des difficultés de coordination motrice, susceptibles d’impacter les capacités graphiques ;
  6. Un bilan ORL pour détecter d’éventuels troubles de l’audition ;
  7. Un bilan ophtalmologique pour évaluer la vision de l’enfant et proposer une correction adaptée si besoin ;
  8. Un bilan orthoptique pour évaluer les capacités motrices des yeux de l’enfant.

A l’occasion de ces bilans, les autres causes de troubles du langage seront systématiquement recherchées.

La prise en charge de la dyslexie

La présentation de la dyslexie varie considérablement d’un enfant à l’autre et chaque enfant doit être pris en charge de manière personnalisée. Le bilan orthophonique est utilisé comme base pour élaborer un projet thérapeutique pluridisciplinaire adapté à chaque enfant. Ce projet est ensuite régulièrement réévalué et ajusté en fonction de l’évolution de la situation de l’enfant, de ses progrès et de ses difficultés.

La prise en charge repose sur une rééducation personnalisée. L’orthophoniste joue un rôle central, mais d’autres spécialistes peuvent intervenir en fonction des besoins de l’enfant (psychologue, orthoptie, psychomotricien, ergothérapie…). L’orthophoniste définit le nombre et le rythme des séances nécessaires à l’enfant, en fonction de plusieurs critères :

  1. L’âge de l’enfant ;
  2. Ses difficultés ;
  3. Sa motivation.

La réussite de la prise en charge dépend ainsi de l’efficacité de la collaboration entre tous les intervenants :

  1. La famille et l’entourage de l’enfant ;
  2. Le médecin traitant et le médecin scolaire ;
  3. L’orthophoniste ;
  4. L’enseignant.

Une prise en charge adaptée peut permettre aux enfants dyslexiques d’améliorer leurs capacités ou d’acquérir des stratégies de compensation pour détourner leurs difficultés. Au terme de la prise en charge, dont la durée est très variable, l’objectif final est de parvenir à une lecture fonctionnelle malgré les difficultés.

Dyslexie et scolarité

La dyslexie est le plus souvent dépistée par le personnel enseignant ou par l’entourage de l’enfant. Par ailleurs, ce trouble entraîne des retombées importantes sur la scolarité de l’enfant, puisqu’il impacte toutes les activités liées à la lecture. Dyslexie et scolarité sont ainsi intimement liés.

L’enseignant ou le professeur de l’enfant doit être informé du diagnostic et du suivi de l’enfant. L’orthophoniste peut lui fournir des conseils pédagogiques.

Le médecin scolaire doit également être prévenu et établit alors une collaboration indispensable entre l’orthophoniste, l’enseignant et lui-même. Il peut alors proposer plusieurs possibilités pour la scolarité de l’enfant :

  1. La poursuite d’une scolarité normale ;
  2. La mise en place d’un Projet d’Accueil Individualisé (PAI) ;
  3. La mise en place d’un Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS).

Ces aménagements scolaires permettent de faciliter la scolarité de l’enfant. La famille peut également demander l’aide d’une Auxiliaire de Vie Scolaire (AVS) ou du matériel pédagogique adapté.

À noter ! Les enfants dyslexiques peuvent bénéficier d’un aménagement des conditions d’examens ou de concours, par exemple un temps supplémentaire, l’assistance d’un/une secrétaire, un ordinateur avec des logiciels spécifiques, etc.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

– Définition de la dyslexie. APEDYS. Le 18 octobre 2004.
– Dyslexie et dysorthographie. Fédération Française des Dys. – Consulté le 19 juillet 2017.
– Dyslexie. INSERM. – Consulté le 19 juillet 2017.
– Dyslexie. Livret d’information. Académie de Grenoble. – Consulté le 19 juillet 2017.