La dysphasie, encore appelée Trouble Spécifique du Développement du Langage Oral (TSDLO), appartient aux troubles de l’apprentissage et du développement du langage oral. Persistante, elle affecte la compréhension et/ou l’expression d’un message verbal, sans lien avec un manque de stimulation, un déficit sensoriel ou une déficience intellectuelle.

A l’inverse, malgré leurs difficultés, les enfants atteints de dysphasie cherchent à tout prix à communiquer. Les répercussions de la dysphasie sur la vie quotidienne de l’enfant sont importantes, ce qui nécessite un diagnostic précoce et une prise en charge adaptée.


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Troubles DYS et autre trouble de l’apprentissage

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Qu’est-ce que la dysphasie ?

La dysphasie est un trouble structurel, primaire et durable de l’apprentissage et du développement du langage oral. Les spécialistes distinguent plusieurs types de dysphasie :

  • La dysphasie de type phonologique-syntaxique ;
  • La dysphasie de type production phonologique ;
  • La dysphasie réceptive ;
  • La dysphasie lexicale-syntaxique (ou mnésique) ;
  • La dysphasie sémantique pragmatique.

A noter !  L’aphasie, tout comme la dysphasie, est un trouble du langage, mais acquis, suite à des lésions cérébrales (origine vasculaire, traumatique, infectieuse, dégénérative, tumorale). L’enfant aphasique peut être rééduqué comme un enfant dysphasique.

La dysphasie de type phonologique-syntaxique se manifeste par les symptômes suivants :

  • Une hypospontanéité (l’enfant parle peu spontanément et s’exprime uniquement avec des phrases courtes) ;
  • Des mots inintelligibles ;
  • Parfois une dissociation automatico-volontaire (l’enfant ne formule pas correctement un son sur demande, mais le formule correctement spontanément) ;
  • Des troubles praxiques oro-faciaux (difficultés à produire des sons, mais aussi des gestes) ;
  • Un trouble de l’encodage syntaxique (difficulté à associer des mots) ;
  • Un vocabulaire restreint ;
  • Une compréhension peu perturbée ;
  • Un langage informatif et pragmatique.

Ces enfants restent inintelligibles jusqu’à l’âge de 7 ou 8 ans et rencontrent des difficultés importantes sur le plan scolaire. A l’âge adulte, persistent plusieurs troubles (articulation marquée, syntaxe simple, difficultés orthographiques, compréhension difficile du langage élaboré).

La dysphasie de type production phonologique est dominée par des difficultés essentiellement dans l’expression. Après stimulation, ces enfants parlent normalement, mais ils présentent les signes suivants :

  • Un défaut d’intelligibilité ;
  • Des troubles praxiques oro-faciaux au niveau de l’enchaînement des gestes ;
  • Un trouble de la concaténation (difficultés à enchaîner les tâches séquentielles) ;
  • Des troubles de la syntaxe ;
  • Un manque de mots ;
  • Une bonne compréhension verbale ;
  • Un langage

En grandissant, la communication orale et écrite s’améliore, malgré une dysorthographie plus ou moins importante.

La dysphasie réceptive est marquée par des difficultés de décodage et les signes suivants :

  • Un trouble phonologique (difficulté à différencier certains sons) ;
  • Une syntaxe perturbée ;
  • Des difficultés à trouver les mots ;
  • Un trouble important de la compréhension;
  • Un langage peu informatif avec un discours incohérent et redondant.

Au fil des années, les enfants apprennent à compenser leurs difficultés, mais le déficit de vocabulaire et les difficultés du langage écrit persistent.

La dysphasie lexicale-syntaxique ou mnésique se caractérise par les signes suivants :

  • Une hypospontanéité;
  • Une absence de troubles phonologiques ou oro-faciaux ;
  • Un manque de mots ;
  • Un trouble de l’expression (perturbation de l’informativité et de la syntaxe) ;
  • Un trouble de la compréhension.

Ces enfants apprennent à lire, mais restent gênés en termes de mémorisation et de difficultés à trouver leurs mots.

La dysphasie sémantique-pragmatique est surtout remarquée en situation dirigée (stimulation lors d’une consultation d’orthophonie), avec les signes suivants :

  • Un vocabulaire choisi ;
  • Un trouble de la compréhension ;
  • Un trouble de l’informativité du langage.

Quels enfants sont touchés par la dysphasie ?

Cette maladie, encore largement méconnue, est pourtant relativement fréquente et toucherait en France plus d’un million de personnes. L’origine de la dysphasie n’est pas connue et fait l’objet de plusieurs hypothèses, en particulier :

  • Des facteurs génétiques ;
  • Des facteurs neurobiologiques ;
  • Des anomalies neuro-développementales indécelables actuellement.

La dysphasie est un trouble structurel, inné, et qui perdure tout au long de la vie.

Les garçons sont trois fois plus touchés que les filles. Les enfants atteints de dysphasie présentent les caractéristiques suivantes :

  • Aucun antécédent médical particulier ;
  • Aucun déficit sensoriel (visuel ou auditif) ;
  • Aucun déficit intellectuel ;
  • Aucune malformation des organes permettant de produire les sons (bouche, larynx, langue, …) ;
  • Aucun trouble psychoaffectif ;
  • Aucun trouble du comportement ;
  • Aucun trouble relationnel.

A savoir !  La dysphasie peut être un trouble isolé, ou être associé à d’autres troubles, tels que :

  • La dyspraxie ;
  • La dyslexie (trouble de l’acquisition du langage écrit) ;
  • La dysorthographie (trouble d’apprentissage dans l’acquisition et la mémorisation de l’orthographe) ;
  • La dysgraphie (troubles d’apprentissage de l’écriture et du dessin) ;
  • La dyscalculie (trouble d’apprentissage dans le domaine des mathématiques) ;
  • Un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité.

Symptômes et conséquences de la dysphasie

D’une manière générale, la dysphasie affecte plusieurs aspects du langage :

    • La compréhension du langage :
      • Une compréhension restreinte du vocabulaire ;
      • Une difficulté à comprendre les mots abstraits ou les énoncés longs et complexes ;
      • Une incompréhension des mots questions (où, quand, comment, pourquoi, …) ;
  • L’expression du langage :
      • Une mauvaise utilisation et organisation des sons à l’intérieur des mots ;
      • Un manque de mots ;
      • Une surutilisation des mots de remplissage (chose, truc, affaire, …) ;
      • Une construction atypique des phrases ;
      • Des hésitations et des pauses dans le discours ;
      • Une difficulté à définir un concept ou une idée ;
      • Une mauvaise utilisation ou une omission des mots de liaison.

    Les conséquences de ces symptômes sont multiples :

    • Des troubles du langage et de la parole ;
    • Une difficulté d’acquisition du langage écrit ;
    • Des difficultés de compréhension et d’apprentissage ;
    • Des troubles de la perception du temps ;
    • Un manque d’attention ;
    • Des troubles sociaux (frustration, sentiment d’insécurité, isolement, faible estime de soi).

    Malgré leurs difficultés, les enfants dysphasiques cherchent à communiquer par tous les moyens possibles. Pourtant, la dysphasie, persistante dans le temps et jusqu’à l’âge adulte, entraîne des conséquences importantes sur les plan social, scolaire et professionnel.

    Le diagnostic de la dysphasie

    Le diagnostic de la dysphasie représente un enjeu important, pour mettre en place une prise en charge adaptée de l’enfant le plus tôt possible, et ainsi minimiser les conséquences sur sa vie d’enfant et de futur adulte.

    Le diagnostic de cette maladie repose sur une évaluation approfondie de l’ensemble des sphères cognitives de l’enfant, pour déterminer si l’enfant est atteint d’un seul trouble isolé ou de plusieurs troubles associés. Il est notamment crucial de distinguer un simple retard de langage, qui se normalisera avec le temps, d’une réelle dysphasie, où les troubles persisteront malgré la prise en charge.

    En pratique, le langage est considéré comme acquis à 4 ans. Le diagnostic de dysphasie est généralement posé vers l’âge de 6 à 7 ans par un neuropédiatre. Les spécialistes disent souvent qu’il existe autant de dysphasie que d’enfants dysphasiques. La gravité de la maladie varie en effet considérablement d’un patient à l’autre. Lors du diagnostic, le médecin caractérise la dysphasie selon trois facteurs principaux :

    • Les composantes du langage touchées par la maladie ;
    • L’âge de l’enfant ;
    • Les autres déficits neuropsychologiques éventuellement associés.

    La prise en charge de la dysphasie

    Compte-tenu de la très grande variabilité des troubles observés chez les enfants dysphasiques, une prise en charge personnalisée dès le plus jeune âge est indispensable. Elle se base sur une rééducation adaptée, qui permettra à l’enfant d’évoluer, d’acquérir des outils et d’apprendre à pallier à ses difficultés. Néanmoins, la dysphasie reste persistante à l’âge adulte, malgré la prise en charge.

    Les orthophonistes jouent un rôle crucial dans la rééducation des enfants dysphasiques. Ils élaborent et mettent en place le plan de traitement et d’intervention personnalisé pour chaque enfant, puis suivent les enfants tout au long de la prise en charge.

    D’autres aspects de la prise en charge sont capitaux :

    • Un accompagnement de la famille dans l’apprentissage de la communication ;
    • Une surveillance médicale régulière ;
    • Une aide pour la scolarisation, voire une scolarisation dans une structure spécialisée (classes de langage) ;
    • Des actions pour développer l’insertion sociale ;
    • Un suivi psychomoteur ;
    • Un suivi psychologique.

    Estelle B. / Docteur en Pharmacie

    – La dysphasie. Association avenir dysphasie France. Consulté le 12 juillet 2017.
    – Trouble spécifique du développement du langage oral (dysphasie). Centre d’évaluation neuropsychologique et d’orientation pédagogique. Consulté le 12 juillet 2017.
    – La dysphasie. Handicap.fr. Consulté le 12 juillet 2017.