Le Syndrome d’Alcoolisation Fœtale (SAF) correspond à un ensemble de conséquences liées à une exposition à l’alcool in utero. Dû à une consommation excessive d’alcool par la mère au cours de la grossesse, l’enfant présente plusieurs signes cliniques caractéristiques, mais aussi des troubles cognitifs et comportementaux. La prévention du SAF repose principalement sur les recommandations du zéro alcool pendant la grossesse.

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Consommation maternelle d’alcool et syndrome d’alcoolisation fœtale

Le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) correspond à un ensemble d’anomalies congénitales rares, lié à une consommation excessive d’alcool par la mère au cours de la grossesse. Il peut survenir dès que la consommation d’alcool maternelle est significative, qu’elle soit régulièrement importante ou ponctuellement excessive.

L’incidence du SAF en France est de l’ordre de 1,3 cas pour 1 000 naissances vivantes par an. L’ensemble des conséquences liées à l’exposition à l’alcool in utero toucherait chaque année 9 naissances pour 1 000 dans les pays industrialisés.

L’alcool est toxique pour le fœtus à tous les stades de la grossesse, du début jusqu’à la fin. Sa toxicité est maximale pour les cellules cérébrales. L’éthanol de l’alcool et l’acétaldéhyde (produit de dégradation de l’alcool dans le foie) franchissent la barrière placentaire et exposent le fœtus à une alcoolémie égale à celle de la mère. Comme son foie est encore immature, l’alcool est dégradé plus lentement et le fœtus est exposé plus longtemps que sa mère.

L’exposition du fœtus à l’alcool peut être à l’origine de différents problèmes, tels que :

  • La mort de l’embryon dans les premiers stades de développement ;
  • Un accouchement prématuré ;
  • Des retards de croissance de l’enfant ;
  • Un syndrome d’alcoolisation fœtale.

Le risque de SAF est identique pour tous les types de boissons alcoolisées consommées (alcools forts, vins, bières, cidres, spiritueux, …). L’alcool peut nuire au développement du fœtus, même lorsque la mère ne ressent aucun effet. En revanche, la sévérité du SAF est fonction de la quantité d’alcool absorbée et du moment de la grossesse où il est consommé. D’autres facteurs interviennent également, notamment :

  • Le régime alimentaire de la mère ;
  • L’âge maternel ;
  • Ses antécédents de consommation d’alcool.

Les conséquences de l’exposition à l’alcool in utero peuvent varier selon le trimestre de la grossesse :

  • Au premier trimestre : des anomalies morphologiques et des atteintes organiques ;
  • Aux deux derniers trimestres : des troubles de la croissance, des troubles du comportement et un retard mental.

Les atteintes cérébrales sont également différentes selon la période d’alcoolisation.

Outre le SAF, l’exposition du fœtus à l’alcool peut entraîner des anomalies congénitales graves, telles que :

  • Des anomalies du squelette ;
  • Une maladie cardiaque (cardiopathie) ;
  • Une fente palatine et d’autres anomalies du crâne et de la face ;
  • Des troubles rénaux ;
  • Des troubles touchant d’autres organes.

Présentation clinique du syndrome d’alcoolisation fœtale

Le syndrome d’alcoolisation fœtale est une affection qui regroupe des anomalies physiques, mentales et comportementales. Les manifestations cliniques de ce syndrome malformatif peuvent être les suivantes :

  • Un retard de croissance avant ou après la naissance, affectant le poids, la taille et/ou le périmètre crânien de l’enfant ;
  • Une dysmorphie faciale (anomalie du visage) caractéristique, mais parfois difficile à mettre en évidence lorsqu’elle est subtile :
    • Des fentes palpébrales raccourcies ;
    • Un sillon naso-labial lisse, allongé et effacé ;
    • Une lèvre supérieure amincie ;
  • Des anomalies du système nerveux central :
    • Une microcéphalie (tête de taille réduite) ;
    • Un retard mental ;
  • Des troubles de l’apprentissage et du langage ;
  • Une atteinte des fonctions exécutives ;
  • Une dyslexie, une dysorthographie et/ou une dyscalculie (troubles de l’orthographe et des fonctions mathématiques) ;
  • Des troubles de la mémoire et de l’attention (hyperactivité, hyperstimulation) ;
  • Des troubles sensoriels (perte d’audition, troubles visuels) ;
  • Une atteinte des processus visuels et spatiaux ;
  • Des difficultés d’adaptation et de relations sociales.

Le SAF peut survenir sous de multiples formes chez l’enfant, de formes très légères à des formes particulièrement sévères. Certains enfants présentent l’ensemble des symptômes du SAF, tandis que d’autres n’en présentent que quelques-uns. Les spécialistes évoquent ainsi deux autres troubles liés à la consommation d’alcool au cours de la grossesse :

  • Le SAF partiel, lorsqu’un enfant ne présente que certains symptômes de SAF ;
  • Le trouble neurodéveloppemental lié à l’alcool, lorsque l’enfant présente des anomalies neurologiques et des troubles comportementaux ou cognitifs.

L’atteinte cérébrale constitue le principal critère de gravité de cette pathologie, puisque les lésions cérébrales provoquées par l’alcool sont permanentes. Elle se manifeste différemment avec l’âge et peut induire au cours de l’enfance et de l’adolescence les problèmes suivants :

  • Un échec scolaire ;
  • Une dépression ;
  • Des comportements à risque, notamment un risque de suicide ;
  • Des addictions ;
  • Des troubles sexuels ;
  • Des actes de délinquance.

Les troubles comportementaux ne sont le plus souvent dépistés qu’à partir de l’âge de 5 ans.

La prise en charge du syndrome d’alcoolisation fœtale

A la naissance, un enfant exposé régulièrement à l’alcool in utero peut présenter un syndrome d’abstinence. Les symptômes de ce syndrome sont les suivants :

  • Une insomnie ;
  • Une irritabilité ;
  • Une diarrhée ;
  • Des vomissements ;
  • Une détresse respiratoire ;
  • Des troubles de la succion.

Un tel syndrome peut également survenir en cas d’exposition régulière aux drogues ou à certains médicaments (morphine et dérivés, anticonvulsivants, sédatifs). Une prise en charge et un suivi médical particulier sont parfois nécessaires pendant quelques jours, jusqu’à la régression du syndrome d’abstinence.

La question de la consommation d’alcool est rarement abordée au cours de la grossesse. L’observation et le suivi de l’enfant au cours des premières semaines et des premiers mois sont essentiels pour détecter le plus tôt possible les anomalies physiques et physiologiques du SAF. La difficulté diagnostique réside le plus souvent dans la très grande hétérogénéité des symptômes chez les enfants atteints de SAF.

Le diagnostic précoce est capital pour mettre en place le plus rapidement possible une prise en charge adaptée et personnalisée, car chaque enfant est unique. Le SAF en lui-même est incurable et les lésions cérébrales provoquées par l’alcool ne peuvent être réparées. Cependant, une prise en charge adaptée peut permettre à l’enfant d’avoir une vie presque normale. Cette prise en charge est pluridisciplinaire et s’appuie sur différents éléments complémentaires :

  • Une prise en charge par un neurologue ;
  • Un suivi par un orthophoniste ;
  • Un suivi psychomoteur ;
  • Un soutien psychologique ;
  • Un accompagnement social ;
  • Un traitement adapté des troubles auditifs ou visuels.

Une scolarité adaptée peut être envisagée selon les difficultés de l’enfant. De même, une reconnaissance de handicap est possible, si les problèmes rencontrés par l’enfant sont importants.

Syndrome d’alcoolisation fœtale et zéro alcool pendant la grossesse

Avant tout projet de conception et en début de grossesse, la question de la consommation d’alcool est rarement évoquée avec les femmes. Règne encore dans la société une méconnaissance forte des conséquences parfois graves de l’alcool sur le fœtus. Nombreuses sont les femmes qui ignorent que l’alcool est toxique pour leur enfant. L’importance de l’exposition à l’alcool est pourtant un critère important dans le suivi des femmes enceintes.

Depuis 2006, les autorités de santé préconisent une abstinence totale d’alcool pendant toute la grossesse. L’INPES (Institut National pour la Prévention et l’Education à la Santé) recommande le zéro alcool pendant la grossesse, soit par un pictogramme, soit par le message « grossesse = zéro alcool ». Le pictogramme ou le message sont notamment obligatoires sur l’emballage de toutes les boissons alcoolisées. L’abstinence totale d’alcool au cours de la grossesse est l’unique moyen de prévention face aux dégâts que l’alcool peut engendrer sur le fœtus et en particulier sur son cerveau en développement.

Par ailleurs, le dispositif « Alcool Info Service » (www.alcool-info-service.fr) mis en place par le Gouvernement permet aux femmes enceintes, ou à leur entourage, d’échanger avec un professionnel par téléphone ou sur internet. Les femmes peuvent y trouver des ressources et de l’aide pour arrêter de consommer de l’alcool pendant leur grossesse ou s’informer sur le syndrome d’alcoolisation fœtale.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Troubles causés par l’alcoolisation fœtale : repérage. Haute Autorité de Santé. Juillet 2013.
– Alcool pendant la grossesse : des risques encore trop mal connus des Français. Santé Publique France. 08 septembre 2015.
– Syndrome d’alcoolisation fœtal : première cause de déficience intellectuelle évitable. La Prévention Médicale. Mis à jour le 13 mars 2018.