Thérapie génique

Par |Publié le : 21 juillet 2025|Dernière mise à jour : 21 juillet 2025|6 min de lecture|

La thérapie génique fait peu à peu son entrée dans la médecine de tous les jours. Ce traitement innovant, qui consiste à introduire du matériel génétique dans les cellules pour corriger ou compenser une anomalie, suscite autant d’espoirs que d’interrogations. Quelles maladies peut-elle traiter ? Comment fonctionne-t-elle ? Quels sont ses avantages et ses limites ? Réponses avec Florence Vrignaud, pharmacien spécialiste de la thérapie cellulaire et génique au CHU de Nantes.

Illustration symbolisant la thérapie génique

La thérapie génique consiste à introduire un gène thérapeutique dans les cellules d’un patient afin de corriger une anomalie génétique ou de compenser une fonction déficiente. « On peut remplacer un gène défectueux par un gène fonctionnel ou réguler l’expression d’un gène anormal « , explique Florence Vrignaud.

Si les premières recherches dans ce domaine remontent à plusieurs décennies, l’arrivée de traitements au chevet des patients est bien plus récente. « En termes d’effet clinique chez le patient, cela ne fait qu’une quinzaine d’années. Et les traitements autorisés sont disponibles depuis moins de 10 ans », précise-t-elle.

Deux modalités d’action : in vivo et ex vivo

Il existe deux grands modes d’administration d’une thérapie génique. Le premier, dit in vivo, consiste à injecter directement le gène thérapeutique dans l’organisme du patient, via un vecteur. « Le plus souvent, il s’agit d’un virus modifié, désactivé, qui n’a plus son activité virale mais permet de cibler certaines cellules », précise Florence Vrignaud. « Cela peut aussi être un liposome, ou d’autres types de vecteurs, mais ce sont principalement les vecteurs viraux qui ont été intégrés dans les protocoles thérapeutiques à ce jour. »

La seconde approche, dite ex vivo, s’effectue en dehors du corps. « On prélève des cellules du patient, qu’on modifie génétiquement en laboratoire à l’aide du vecteur, puis on les réadministre », poursuit-elle. Cette technique est notamment utilisée dans certains cancers, avec les thérapies dites CAR-T cells. « Les cellules du patient sont modifiées pour exprimer un récepteur artificiel capable de reconnaître et d’attaquer les cellules tumorales. »

Des chaînes logistiques complexes et spécialisées

La mise en œuvre de ces traitements requiert une coordination précise entre différents acteurs. « C’est une vraie chaîne logistique », souligne Florence Vrignaud. « Pour l’approche ex vivo, le prélèvement est effectué dans un centre de l’Établissement Français du Sang, les cellules partent chez un industriel pour être génétiquement modifiées, puis elles reviennent à l’hôpital en passant par la pharmacie hospitalière avant d’être administrées. »

Certaines structures hospitalières, comme l’Unité de Thérapie Cellulaire et Génique (UTCG) du CHU de Nantes, peuvent prendre en charge l’ensemble du processus, mais uniquement pour des indications très ciblées. « C’est souvent le cas dans des projets de recherche ou pour des pathologies rares très spécifiques, qui ne font pas concurrence à l’industriel », précise-t-elle.

Quant à la réinjection, elle se fait par perfusion. « Ce n’est absolument pas douloureux », rassure-t-elle. « C’est une perfusion classique. En revanche, il peut y avoir des effets secondaires en lien avec le traitement, notamment dans les thérapies anticancéreuses. »

Des progrès technologiques spectaculaires

Les avancées récentes ont considérablement raccourci les délais de fabrication. « Au début, il fallait environ trois semaines pour produire les cellules modifiées. Aujourd’hui, grâce à de nouvelles techniques, on peut y parvenir en une semaine, voire 48 heures dans certains essais cliniques », affirme Florence Vrignaud. Certains protocoles testent ainsi l’idée que les cellules puissent continuer à s’amplifier directement dans le corps du patient après la réinjection.

Pour la pharmacienne, les progrès accomplis en quelques décennies sont impressionnants. « Quand j’étais en internat en 1999, on en était encore aux essais chez l’animal. Aujourd’hui, nous administrons ces traitements à des patients. C’est une évolution fabuleuse. »

Des indications encore ciblées, mais prometteuses

La thérapie génique s’adresse aujourd’hui principalement à deux types de pathologies : les maladies rares d’origine génétique et certains cancers. « C’est dans ces domaines qu’elle est la plus avancée », confirme Florence Vrignaud. « Par exemple, l’amyotrophie spinale est une pathologie pour laquelle un traitement est déjà disponible sur le marché, avec des résultats très encourageants. »

En oncologie, les attentes sont grandes. « Les oncologues sont très demandeurs. Il y a énormément de travaux en cours. Mais d’autres approches thérapeutiques émergent aussi, et il ne s’agit pas de penser que la thérapie par CAR T cells remplacera tout », nuance-t-elle.

Des limites à surmonter

Si l’enthousiasme est légitime, la thérapie génique n’est pas exempte de limites.

« Les vecteurs ne sont pas encore optimaux. Il faut continuer à les améliorer pour qu’ils soient plus efficaces, plus ciblés. Et, que les CAR-T cells présentent moins d’effets secondaires », souligne Florence Vrignaud. Autre difficulté : la durée de l’effet thérapeutique. « On n’a pas encore assez de recul. Certains patients, notamment en oncologie, rechutent malgré un effet initial positif. »

Certaines limites tiennent aussi à l’immunité du patient. « Dans le cas de thérapies qui utilisent des virus inactivés comme vecteurs, il peut arriver que le patient ait déjà été exposé à ce virus au cours de sa vie. Il possède alors des anticorps qui neutralisent le vecteur avant même qu’il n’atteigne sa cible. Dans ce cas, le traitement devient inefficace. »

Et puis il y a la question du coût. « Ce sont des traitements très chers. Tous les pays ne peuvent pas se les offrir. En France, un effort est fait pour garantir l’équité d’accès, et ces traitements sont réservés à des patients bien identifiés, souvent en impasse thérapeutique », précise-t-elle.

Une pédagogie simple, sans tabou

Si Florence Vrignaud n’est pas directement au contact des patients, elle souligne l’importance d’un accompagnement clair et rassurant. « Je ne suis pas en première ligne, mais je vois les documents d’information remis aux patients dans le cadre des essais cliniques. Ils sont construits de manière à rester accessibles, avec des mots simples. Le but est que le patient comprenne ce qu’on lui propose, sans jargon scientifique inutile. »

Selon elle, il n’y a pas de tabou autour de ces traitements. « Le patient a toujours le droit de refuser. Tout repose sur la relation de confiance avec le médecin qui le suit, que ce soit un oncologue ou un spécialiste de la pathologie concernée. »

Une recherche encore très active

Enfin, chaque maladie génétique nécessite souvent un traitement spécifique.

« Une maladie rare, c’est souvent un gène défectueux, donc une thérapeutique dédiée. Pour l’instant, on est sur une approche par pathologie », explique Florence Vrignaud. « Peut-être qu’un jour, on arrivera à développer des systèmes plus polyvalents, mais il reste beaucoup de travail. »

La recherche, elle, est foisonnante. « C’est un domaine en constante évolution. Il faut sans cesse se tenir à jour. On avance très vite, et il reste encore de nombreux défis à relever », conclut-elle.

Peggy Cardin-Changizi

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Peggy Cardin
Peggy Cardin
Journaliste spécialisée en santé
Peggy Cardin-Changizi Journaliste spécialisée en santé depuis plus de vingt ans. Elle traite des sujets de prévention, de santé publique et de médecine au quotidien, avec pour objectif de rendre l'information médicale claire, fiable et accessible à tous. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.