VRS et rhume : le sang des pédiatres comme nouveau traitement
Le sang de pédiatres, exposés depuis des années aux virus infantiles, pourrait permettre de créer des anticorps puissants. Explication.

Et si les blouses blanches détenaient, dans leurs propres veines, une partie de la solution contre les virus qui frappent les tout-petits chaque hiver ? Face aux maladies respiratoires infantiles, des chercheurs ont exploré une piste inattendue : le sang de pédiatres. Les résultats publiés le 18 février dans la revue scientifique Science Translational Medicine mettent en évidence une véritable mine d’anticorps, potentiellement capables de faire mieux que certains traitements déjà utilisés.
Chaque année, le Virus respiratoire syncytial (VRS) infecte de nombreux enfants avant l’âge de 2 ans. Le plus souvent bénin, il peut toutefois provoquer de graves difficultés respiratoires chez les nourrissons. À ses côtés circule aussi le Métapneumovirus humain, un virus de la même famille, responsable de nombreux rhumes mais aussi, parfois, de formes sévères.
Des médecins en première ligne… et en première exposition
Les pédiatres sont en contact quasi permanent avec ces virus. Consultation après consultation, hiver après hiver, leur système immunitaire est sollicité en continu. Une exposition répétée qui pourrait expliquer pourquoi beaucoup d’entre eux disent tomber moins souvent malades au fil des années.
Cette intuition a intrigué des chercheurs. Une équipe menée notamment par le professeur Hui Zhai, à l’hôpital pour enfants de l’université de médecine de Chongqing, a décidé d’y regarder de plus près. Leur idée : analyser le sang de pédiatres expérimentés pour y débusquer des anticorps particulièrement performants.
Dix pédiatres, 56 anticorps prometteurs
Les scientifiques ont étudié les échantillons sanguins de dix pédiatres exerçant depuis plus de dix ans dans le même établissement. En examinant leurs cellules immunitaires, ils ont identifié 56 anticorps puissants dirigés contre le VRS.
Ces anticorps ont ensuite été reproduits artificiellement en laboratoire afin d’en tester l’efficacité. Parmi eux, trois se sont distingués. Non seulement ils neutralisaient différentes souches du VRS, mais l’un d’eux s’est également montré capable de bloquer le métapneumovirus humain.
Un résultat particulièrement marquant : ces anticorps issus de pédiatres se sont révélés jusqu’à 25 fois plus efficaces contre le VRS que deux traitements déjà existants, le Nirsevimab et le Clesrovimab. Surtout, ils semblaient agir contre un éventail de souches plus large.
Des tests concluants chez l’animal
Pour vérifier ces performances, les chercheurs ont injecté ces anticorps à des souris et à des rats exposés au VRS ou au métapneumovirus humain. Administrés seuls ou en combinaison, ils ont empêché l’apparition de symptômes chez les animaux infectés.
Autrement dit, ces anticorps ne se contentent pas de reconnaître le virus. Ils semblent capables d’empêcher la maladie de se déclarer, du moins dans ces modèles expérimentaux.
Une intuition confirmée par le terrain
Pour de nombreux pédiatres, ces résultats font écho à leur propre expérience. Le Dr Trent Calcutt, médecin à l’hôpital de Port Macquarie, en Australie, souligne dans un article de New Scientist qu’au début de sa carrière, il attrapait deux ou trois infections respiratoires importantes par an. Dix ans plus tard, il lui arrive de passer une année entière sans tomber malade.
Selon lui, ces nouveaux anticorps méritent clairement d’être testés chez l’humain. « Il existe certainement des interventions plus étranges », précise-t-il dans le média américain, estimant que cette piste doit être prise au sérieux.
Des protections déjà disponibles, mais limitées
Aujourd’hui, deux stratégies principales protègent les nourrissons contre le VRS. La première consiste à vacciner les femmes enceintes afin que les anticorps maternels protègent le bébé dès la naissance. La seconde repose sur l’injection d’anticorps comme le nirsevimab ou le clesrovimab aux nourrissons. Ces traitements neutralisent le virus en cas d’infection et réduisent le risque de formes graves.
Mais ces anticorps ciblent seulement certaines souches du VRS. Ils ont d’ailleurs été mis au point en analysant le sang d’adultes ayant déjà été infectés, sans lien particulier avec le milieu hospitalier.
À ce jour, il n’existe ni vaccin ni thérapie par anticorps approuvés contre le métapneumovirus humain.
Vers des traitements à plus large spectre ?
Si les essais cliniques chez l’humain confirment les résultats observés en laboratoire et chez l’animal, ces anticorps pourraient ouvrir la voie à des traitements préventifs plus larges et plus puissants, contre ces virus hivernaux.
– Antibody cocktails based on the occupationally acquired immunity of pediatricians neutralize and confer protection against RSV and hMPV. www.science.org. Consulté le 23 février 2026.
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