15 minutes chrono pour détecter des bactéries résistantes aux antibiotiques

Dec 5, 2017 par

Malgré les campagnes d’information sur le bon usage des antibiotiques, au cours de l’année 2016, il s’est vendu en France pas moins de 786 tonnes d’antibiotiques destinées à la santé humaine et 514 tonnes destinées à la santé animale (animaux d’élevage et animaux domestiques). Cette forte consommation favorise l’émergence d’un problème majeur de santé publique, l’antibiorésistance. Récemment, de nouveaux tests ont été mis au point pour détecter rapidement et efficacement la résistance des bactéries aux antibiotiques.

Nouveaux tests antibiorésistance

Un enjeu majeur de santé publique

L’abus ou le mauvais usage des antibiotiques dans les pays développés a conduit progressivement à l’émergence de bactéries résistantes aux antibiotiques. Ce phénomène, appelé l’antibiorésistance, peut être à l’origine de situations cliniques dramatiques, lorsqu’un patient est infecté par une bactérie résistante à tous les antibiotiques existants. Il n’y a alors plus aucune alternative thérapeutique pour le guérir.

Du bon usage des antibiotiques à la fois en santé humaine et animale dépend le développement de l’antibiorésistance. Selon une récente étude menée par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM), la consommation d’antibiotiques en ville reste en hausse sur les dix dernières années, malgré les campagnes d’information et de sensibilisation menées par les autorités de santé. La France reste ainsi le 4ème pays consommateur d’antibiotiques en Europe. Pourtant, les médecins se mobilisent de plus en plus, ce qui a permis en 2016 une réduction d’environ 2 millions de prescriptions.

De nouveaux tests pour détecter l’antibiorésistance

Pour lutter efficacement contre l’antibiorésistance, il faut tout d’abord être capable de la détecter, rapidement et efficacement, un aspect sur lequel plusieurs équipes scientifiques françaises travaillent. Elles développent ainsi des nouveaux tests-bandelettes, pratiques, rapides et peu coûteux, pour mettre en évidence la présence de bactéries capables de résister à différents médicaments antibiotiques.

De tels tests sont très utiles pour détecter les bactéries multi-résistantes présentes dans les établissements de soins. En seulement 15 minutes, ils permettent de détecter des bactéries résistantes aux antibiotiques parmi les plus prescrits. Auparavant, il fallait de nombreuses heures pour parvenir à un tel résultat.

Une partie de ces tests est commercialisée depuis le mois d’octobre dans les hôpitaux et d’autres seront mis sur le marché début 2018, cette fois-ci capables d’identifier le mécanisme de résistance aux antibiotiques des bactéries.

L’identification rapide des patients porteurs de bactéries résistantes aux antibiotiques est capitale, d’une part pour initier rapidement un traitement approprié lorsqu’il existe, et d’autre part pour limiter le risque de dissémination de tels agents pathogènes. Des mesures d’hygiène renforcées doivent être immédiatement mises en place pour éviter que d’autres patients hospitalisés ne soient contaminés.

Des autorités de santé mobilisées

Dans le cadre de ses missions, l’ANSM recueille et analyse les données de consommation des antibiotiques prescrits en santé humaine. Elle participe également à la mise en œuvre de la feuille de route interministérielle lancée en 2017 pour la maîtrise de la résistance bactérienne aux antibiotiques.

Les autorités de santé ont pointé du doigt plusieurs actions indispensables à mettre en place, notamment :

  • Ne pas donner d’antibiotiques lorsqu’ils sont inutiles ;
  • Réduire les durées de traitement en arrêtant les antibiotiques lorsqu’ils ne sont plus nécessaires ;
  • Modifier les traitements pour mieux les adapter au type d’infection et à la bactérie responsable dès que cette dernière est identifiée ;
  • Privilégier autant que possible les antibiotiques à spectre étroit (efficaces sur un faible nombre de bactéries) et avec un impact moindre sur la flore bactérienne.

Certaines populations de patients sont particulièrement surveillées, par exemple les personnes âgées dépendantes et les voyageurs.

Face aux bactéries résistantes aux antibiotiques, la lutte repose sur leur détection, les mesures visant à limiter leur dissémination et la recherche de nouveaux antibiotiques. Mais certaines bactéries hautement résistantes sont déjà responsables d’impasses thérapeutiques, lorsque plus aucun antibiotique ne parvient à les détruire. L’usage raisonné de ces médicaments reste donc primordial pour limiter le développement de l’antibiorésistance !

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Consommation d’antibiotiques et résistance aux antibiotiques : l’ANSM mobilisée aux côtés des autres institutions. ANSM. 16 novembre 2017.
– Consommation d’antibiotiques et résistance aux antibiotiques en France : Soyons concernés, soyons responsables ! Novembre 2017. 11 pages.
– Détecter l’antibiorésistance plus vite et plus simplement : de nouveaux tests rapides et multiplex disponibles sur le marché. Communiqué de presse. 13 novembre 2017.
Estelle B.

Pharmacienne

Spécialiste de l’information médicale et de l’éducation thérapeutique du patient.

Passionnée par les domaines de la santé et de l’environnement marin.

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