« Les antibiotiques c’est pas automatique », et pourtant !

Nov 24, 2016 par

analyse laboratoire des antibiotiques

« Les antibiotiques c’est pas automatique ». Si tout le monde a déjà entendu ce slogan, qui sait ce qu’est l’antibiorésistance ? Elle provoque pourtant 200 000 décès néonataux dans le monde et 20 000 décès par an en Europe. Au terme de la semaine sur le bon usage des antibiotiques, Santé sur le Net fait le point sur ce sujet d’actualité.

Antibiotiques et antibiorésistance

La résistance aux antibiotiques ou antibiorésistance est l’un des grands enjeux de santé publique à l’échelle mondiale. Les antibiotiques sont des médicaments utilisés pour détruire les bactéries responsables d’infections. Ces bactéries peuvent évoluer et devenir résistantes aux antibiotiques. Cette évolution est un phénomène naturel, mais largement accentué par les mauvais usages des antibiotiques chez l’homme ou chez les animaux d’élevage.

L’antibiorésistance entraîne une prolongation des hospitalisations, une augmentation des dépenses de santé et une hausse de la mortalité. Certaines maladies peuvent devenir difficiles à traiter, si les bactéries responsables sont résistantes aux antibiotiques connus. Actuellement dans le monde, l’antibiorésistance rend de plus en plus complexe le traitement de la tuberculose, de la pneumonie, de la septicémie (infection généralisée de l’organisme) et de la gonorrhée (maladie sexuellement transmissible plus connue sous le nom de blennorragie ou « chaude-pisse »). Le risque ? Que dans un avenir proche, aucun antibiotique ne soit plus capable de traiter ces maladies et qu’elles redeviennent mortelles comme avant la découverte des antibiotiques.

Pour limiter l’antibiorésistance, il est capital d’adopter au niveau international des mesures de prévention selon deux axes :

  • Réduire la propagation des infections(hygiène, lavage des mains, vaccination, alimentation saine, …) ;
  • Réduire le mauvais usage (prescription inutile ou inadaptée) et l’usage excessif d’antibiotiques.

Point historique ! Le premier antibiotique identifié, la pénicilline, a été découvert en 1928 par A. Fleming. Son utilisation thérapeutique n’a été développée qu’à partir de 1939, grâce aux travaux de H.W. Florey, E. Chain et N. Heatley, ce qui a permis de lutter contre des maladies considérées jusque-là comme incurables. Aujourd’hui, les dérivés de pénicilline comptent parmi les antibiotiques les plus utilisés dans de nombreuses infections.

Une des grandes priorités de l’OMS

Depuis plusieurs années, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) tire la sonnette d’alarme : il faut impérativement une prise de conscience mondiale des problèmes de santé majeurs engendrés par la résistance aux antibiotiques.

En 2015, un plan d’action mondial de lutte contre l’antibiorésistance voit le jour, avec 5 grands objectifs :

  1. Sensibiliser et informer sur la résistance aux antibiotiques;
  2. Renforcer la surveillance épidémiologique et la recherche médicale ;
  3. Réduire les infections et leur propagation ;
  4. Rationnaliser et optimiser l’usage des antibiotiques ;
  5. S’investir durablement dans la lutte contre l’antibiorésistance.

En septembre 2016, l’assemblée générale de l’OMS a réaffirmé son engagement à soutenir ce plan d’action et à le décliner dans tous les états membres pour lutter plus efficacement contre les causes de l’antibiorésistance.

Situation de l’antibiorésistance en France

Dans les années 2000, la campagne de prévention « Les antibiotiques c’est pas automatique » avait été suivie par une baisse de près de 20% de la consommation d’antibiotiques en France. Mais, l’effet s’est rapidement estompé et la consommation est repartie à la hausse sur les 10 dernières années. En 2014, la France était ainsi le troisième pays consommateur d’antibiotiques en Europe (derrière la Grèce et la Roumanie). Près de 100 millions de boîtes sont remboursées chaque année, exposant les Français à des doses 30% plus élevées que la moyenne des Européens.

Cette consommation élevée d’antibiotiques pose d’ailleurs des problèmes de santé. Le Ministère de la Santé estime que 30 à 50% des traitements antibiotiques prescrits sont inadaptés aux pathologies diagnostiquées. Dans les établissements de santé, l’antibiorésistance rend de plus en plus difficile le traitement de certaines maladies ou de certains patients.

Face à cette situation, le gouvernement vient d’annoncer un nouveau programme de lutte contre l’antibiorésistance, basée sur une utilisation plus raisonnée des antibiotiques. Ce programme implique 10 ministères et bénéficiera d’un financement de 330 millions d’euros, étalé sur 5 ans.

Le programme prévoit 40 actions et 13 mesures clés, parmi lesquelles :

  • L’intégration du programme dans le plan européen de lutte contre l’antibiorésistance ;
  • Une coordination interministérielle de l’ensemble des actions ;
  • La formation des professionnels de santé et une incitation aux bonnes pratiques de prescription ;
  • La publication d’aides à la prescription ;
  • La diffusion de mesures de prévention en santé humaine et animale ;
  • Le soutien à la recherche et à l’innovation;
  • Le développement de la surveillance épidémiologique et de la collecte des données sur l’antibiorésistance.

Sensibiliser, mais sans faire peur !

Le programme interministériel lancé par le gouvernement cet automne laisse également une large place à la communication auprès du grand public. Le court succès de la campagne de prévention de 2001 suscite néanmoins des questions importantes sur la manière de communiquer autour d’un tel sujet.

Dans ce contexte, des chercheurs ont comparé des campagnes d’information sur l’antibiorésistance et le changement climatique. Leurs conclusions sont surprenantes. A trop informer, on peut faire peur, et au fur et à mesure des messages, les gens finissent par éluder le problème, rendant totalement inefficaces les campagnes d’information. Alors comment mieux informer sur l’antibiorésistance ? Les chercheurs suggèrent plusieurs idées :

  • Arrêter d’évoquer les conséquences à l’échelle mondiale pour privilégier les effets locaux;
  • Ne plus évoquer les effets dans l’avenir mais se focaliser sur les effets immédiats;
  • Informer sur des solutions simples et pratiques que chacun peut mettre en œuvre au quotidien.

Cette année, le thème de la semaine mondiale sur le bon usage des antibiotiques était : « Antibiotiques : à manipuler avec précaution ». Les antibiotiques représentent une ressource thérapeutique précieuse dont nous devons tous prendre soin, médecins prescripteurs comme patients. N’oublions pas qu’il y a finalement peu de temps, on pouvait mourir d’une simple plaie !

Estelle B. / Docteur en Pharmacie


Sources
– Siala, W. et al. The antifungal caspofungin increases fluoroquinolone activity against Staphylococcus aureus biofilms by inhibiting N-acetylglucosamine transferase. 2016. Nat. Commun. 7, 13286 doi: 10.1038/ncomms13286.
– UN General Assembly meeting coverage: World Health Leaders Agree on Action to Combat Antimicrobial Resistance, Warning of Nearly 10 Million Deaths Annually If Left Unchecked. United Nations. Sept 21, 2016.
– Organisation Mondiale de la Santé. Centre des Médias. Résistance aux antibiotiques. Octobre 2016.
– ANSES, ANSM et Santé Publique France. Consommation d’antibiotiques et résistance aux antibiotiques en France : Nécessité d’une mobilisation déterminée et durable. Novembre 2016.

Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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