Alexithymie : quand les émotions nous échappent
Introduit dans les années 1970 par le psychiatre américain Peter Sifneos, le terme « alexithymie » signifie étymologiquement « absences de mots pour les émotions ». Pour les personnes concernées, il est difficile d’identifier, de décrire et de traiter les émotions. Tour d’horizon de ce trait de personnalité.

L’alexithymie : comment la reconnaitre ?
L’alexithymie, qui toucherait entre 17% et 23% de la population, est étudiée depuis des dizaines d’années dans les différents domaines de la psychologie. En revanche, cette déconnexion avec les émotions n’est pas reconnue comme une maladie à ce jour. Elle est mentionnée ni dans le DSM-5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), ni dans la classification internationale des maladies (CIM-11) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Les personnes touchées n’évitent pas intentionnellement leurs émotions. Celles-ci arrivent au cerveau et au corps, mais elles sont traitées et intégrées différemment. On reconnait d’une part, des déficits émotionnels (ne pas ressentir et ne pas comprendre) et d’autre part, des réponses émotionnelles illogiques et parfois excessives. Et ceci davantage sur les émotions négatives.
Cette absence de connexion harmonieuse avec ses émotions impacte profondément la qualité de vie et les relations sociales. Comment développer des relations interpersonnelles « normales » s’il est impossible d’exprimer, de manière équilibrée, joie, tristesse, plaisir, peur, surprise ou colère ?
La majorité des personnes présentant une alexithymie décrivent :
- Une difficulté à identifier, comprendre et exprimer leurs émotions ;
- Des difficultés à mettre des mots sur leurs émotions et à comprendre celles des autres ;
- Un entourage leur reprochant souvent leur détachement (exprimer ni joie ni tristesse) ou leur manque d’empathie ;
- Être dépourvu de connotation affective et développer majoritairement un mode de pensée concret (s’attacher aux faits et évènements et pas à leur monde intérieur) ;
- Un sentiment récurrent de malaise ou de décalage ;
- Faire preuve souvent de réactions vives et/ou agressives sans signes annonciateurs ;
- Ressentir physiquement des émotions (somatisation) avec la survenue de maux de tête, de douleurs au dos et à l’estomac, de fatigue.
Ils sont aussi plus à risque de développer des troubles de la santé mentale (avec un risque majoré de dépression), dans un contexte marqué, de surcroît, par des relations interpersonnelles dysfonctionnelles.
Alexithymie primaire ou secondaire ?
Des recherches en neurologie ont montré qu’une fraction des individus concernés présentaient un fonctionnement cérébral particulier, notamment dans les zones responsables du traitement des émotions (insula antérieure) et de la conscience de soi (cortex préfrontal).
La connectivité entre ces deux zones cérébrales est particulièrement réduite.
Ces observations en neuroimagerie et l’ensemble des travaux de recherches en psychologie sur le sujet ont permis de découvrir que deux types d’alexithymie coexistaient.
Le premier type, qualifié de primaire, est considéré comme un trait de personnalité stable. Ici, les facteurs génétiques, neurobiologiques jouent un rôle majeur. Mais aussi les facteurs développementaux. En effet, l’alexithymie peut être la conséquence de certains modes d’interactions dans l’enfance et l’adolescence pendant lesquels l’entourage décourage ou empêche l’exploration des émotions et leur verbalisation.
L’alexithymie secondaire est quant à elle une affection du traitement émotionnel qui survient après un traumatisme, un stress psychologique ou des maladies et troubles liés à la santé mentale. Cette alexithymie acquise se développe donc plus tard dans la vie. Le trait de personnalité possède ici davantage une valeur défensive.
Comment atténuer ce trait de personnalité si particulier ?
Il existe des moyens pour arriver à mieux vivre avec une alexithymie. Les travaux en psychologie ont mis en évidence que les thérapies basées sur les acquisitions de compétences (TAC) sont efficaces. En se focalisant sur les sensations physiques et l’observation critique de ces comportements, l’individu réussit progressivement à identifier ses émotions.
Autres approches pouvant améliorer le rapport aux émotions : l’hypnothérapie, l’art thérapie ou la musicothérapie. Des thérapies s’affranchissant notamment de l’expression verbale. Citons également la possibilité de réaliser des approches psychocorporelles comme le yoga ou la relaxation.
Les approches combinées semblent aujourd’hui les plus prometteuses.
– Alexithymia: Toward an Experimental, Processual Affective Science with Effective Interventions. www.annualreviews.org. Consulté le 16 avril 2026.
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