Algues alimentaires : une consommation pas si anodine

Aug 14, 2020 par

Issues de l’alimentation traditionnelle asiatique, les algues ont le vent en poupe et ne cessent de séduire de plus en plus de Français adeptes de restauration exotique. Pour autant, leur consommation n’est pas sans risque d’après la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes) : près d’un quart des échantillons d’algues analysés présentent des concentrations préoccupantes en une substance cancérogène appelée cadmium. Face au risque de surexposition au cadmium via la consommation d’algues alimentaires, l’Anses a été saisie pour émettre des recommandations à ce sujet.

algues dans des ramequins

Consommation d’algues alimentaires et risque de surexposition au cadmium

Spiruline, nori, wakamé ou encore kombu, ces « légumes de la mer » font l’objet d’un intérêt croissant de la part du grand public en raison de leurs nombreuses vertus : peu caloriques, elles sont en effet riches en vitamines, en fibres, en protéines et en antioxydants. Certains compléments alimentaires les intègrent même à leur composition.

À savoir ! Les algues alimentaires peuvent être consommées comme des légumes ou bien être transformées (séchées, salées, fraîches, en bocaux…).

Mais c’est sans compter la tendance des algues alimentaires à se lier facilement avec des contaminants métalliques présents dans l’environnement (cadmium, plomb ou arsenic) du fait de leur richesse en polysaccharides. C’est ainsi que près de 250 analyses de prélèvements d’algues non transformées ont révélé des concentrations préoccupantes en une substance cancérogène, le cadmium. Ces concentrations dépassaient, pour 26% d’entre elles, la valeur maximale de 0,5 mg/kg de poids sec recommandée par le Conseil Supérieur d’Hygiène Public de France (CSHPF).

À savoir ! Le cadmium désigne un contaminant très répandu dans l’environnement qui intègre aisément la chaîne alimentaire en pénétrant dans les végétaux via leurs racines. Cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction, le cadmium peut provoquer chez l’Homme des atteintes rénales et une fragilité osseuse en cas d’exposition prolongée.

Dans ce contexte, la DGCCRF a saisi l’Anses afin qu’elle préconise une teneur maximale en cadmium pour les algues destinées à la consommation humaine.

De l’importance de limiter la surexposition des consommateurs au cadmium

Ce constat est d’autant plus problématique que les consommateurs sont déjà exposés au cadmium dans leur vie quotidienne à travers :

  • Leur régime alimentaire habituel
  • L’inhalation active et passive de fumées de tabac

Dans le but d’éviter une surexposition de la population à cette substance, l’Anses recommande ainsi de fixer la concentration maximale en cadmium dans les algues alimentaires à un seuil aussi bas que possible soit 0,35 milligramme par kilogramme de matière sèche. Pour l’Anses, cette teneur permettrait d’éviter le dépassement de la dose journalière tolérable en cadmium dans 95% des cas. L’agence s’en remet donc aux autorités compétentes pour définir les modalités permettant de fixer une teneur maximale, en prenant en compte à la fois les algues alimentaires et les autres sources d’apports en cadmium.

Attention au type d’algues consommées ainsi qu’aux associations

L’Anses précise enfin que les contaminations au cadmium varient selon le type d’algues consommées (microalgues, macroalgues rouges, vertes ou brunes). Elles sont ainsi plus importantes pour :

  • Les macro-algues brunes : comme le wakamé que l’on consomme souvent en salade
  • Les macro-algues rouges : comme les feuilles de nori séché retrouvées dans les makis

Dernière mise en garde : la consommation simultanée d’algues avec d’autres aliments. Certaines associations peuvent en effet augmenter le risque de surexposition aux contaminants chimiques. Preuve en est l’association de l’algue Hijiki Hizikia fusiforme et du riz qui augmente le risque de  surexposition à l’arsenic inorganique.

D’où l’intérêt de bien connaître ce que l’on sert dans nos assiettes ! Pour éviter que les repas ne deviennent un véritable casse-tête, l’Anses encourage la mise sur pied d’une nouvelle enquête pour récolter davantage de données relatives aux habitudes de consommation des algues alimentaires par les Français. Ces informations constitueraient une base pour l’élaboration de recommandations plus précises à destination des consommateurs comme la quantité maximale d’algues ou le niveau de concentration en cadmium à ne pas dépasser selon le type d’algues. D’ici là, la vigilance reste de mise !

Déborah L., Docteur en Pharmacie

– L’Anses fait des recommandations pour limiter l’exposition au cadmium via la consommation des algues alimentaires. ANSES. Consulté le 5 janvier 2020.
Deborah L.
Pharmacienne.
Spécialisée dans les domaines de la santé, de la nutrition et de la cosmétologie.
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