Alzheimer : pourquoi les malades oublient-ils leurs proches ?

Par |Publié le : 13 janvier 2026|Dernière mise à jour : 8 janvier 2026|4 min de lecture|

Ne plus reconnaître un conjoint, un enfant ou un ami fait partie des conséquences les plus douloureuses de la maladie d’Alzheimer. Cette atteinte de la capacité à identifier les visages familiers, appelée mémoire sociale, reste encore mal comprise. Une étude publiée en octobre 2025 montre que des structures protectrices entourant certains neurones pourraient jouer un rôle clé dans ce phénomène. Comment fonctionne cette forme particulière de mémoire ? Que change cette découverte ? Et en quoi ces résultats peuvent-ils améliorer la prise en charge de la maladie d’Alzheimer ? On fait le point.

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Comment fonctionne la mémoire sociale ?

Reconnaître un visage familier mobilise plusieurs régions cérébrales. Parmi elles, l’hippocampe joue un rôle central. Il trie, relie et stabilise les informations nécessaires à la formation des souvenirs, notamment ceux liés aux personnes de notre entourage.

Dans cette région, la zone CA2 occupe une place particulière. Elle intervient spécifiquement dans la mémoire sociale, c’est-à-dire la capacité à identifier et à distinguer les individus déjà rencontrés. Pour assurer cette fonction, les neurones sont entourés de réseaux périneuronaux (PNN). Ces structures ressemblent à un maillage protecteur. Elles stabilisent les connexions entre neurones et permettent de conserver des souvenirs fixes dans le temps.

Chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer, cette forme de mémoire est souvent l’une des premières à se détériorer.

À savoir !Repères sur la maladie d’Alzheimer
– Environ 55 millions de personnes sont touchées dans le monde (OMS).
– L’âge moyen d’apparition des premiers symptômes se situe autour de 65 ans. Les formes précoces (30-40 ans) représentent 5 à 10 % des cas.
– Signes d’alerte les plus fréquents :
– Troubles de la mémoire récente ;
– Difficulté à trouver ses mots ;
– Désorientation dans le temps ou les lieux ;
– Changement du comportement ou de l’humeur ;
– Difficultés à réaliser des tâches du quotidien.
– L’évolution est progressive, entraînant la perte de l’autonomie et des fonctions cognitives.
– La prise en charge repose principalement sur l’accompagnement médico-social, la stimulation cognitive et le soutien aux aidants.

Qu’apporte cette étude sur la perte de la mémoire des proches ?

Dans une étude publiée en octobre 2025 dans le Journal of Alzheimer association, des chercheurs de l’Université de Virginie aux États-Unis ont observé des souris porteuses de mutations associées à la maladie d’Alzheimer.

On peut relever plusieurs résultats marquants :

  • Une dégradation précoce des réseaux périneuronaux dans la région CA2, dès le moment où les souris commencent à présenter des troubles.
  • Une perte spécifique de la mémoire sociale provoquant une incapacité pour les souris à reconnaître leurs congénères déjà rencontrés. Alors que d’autres formes de mémoire, comme la reconnaissance d’objets, restent intactes.
  • Un lien avec l’activité de certaines enzymes, les métalloprotéinases (MMP), dont l’activité est augmentée dans le contexte de la maladie. Elles semblent découper progressivement le maillage protecteur des PNN.
  • Un effet protecteur d’un inhibiteur des enzymes MMP. Lorsqu’il est administré aux souris avant l’apparition des troubles, les PNN sont préservés et la mémoire sociale demeure fonctionnelle.

Il s’agit, pour le moment, de résultats uniquement observés chez l’animal.

Qu’est-ce que cela change dans la prise en charge de la maladie d’Alzheimer ?

Cette étude apporte un éclairage sur un symptôme particulièrement douloureux pour les familles : l’oubli des proches. Elle complète les mécanismes déjà bien décrits de la maladie d’Alzheimer (dépôts amyloïdes, protéine tau anormale, inflammation, atteinte progressive des neurones) en mettant en lumière un élément jusque-là peu exploré, les réseaux périneuronaux (PNN) qui protègent certains neurones de l’hippocampe.

En montrant que leur dégradation contribue directement à la perte de la mémoire sociale, ces travaux ouvrent une piste thérapeutique encore inédite : stabiliser ou renforcer ces structures pour préserver, au moins en partie, la capacité à reconnaître ses proches.

Pour autant, cette avancée ne modifie pas les prises en charge actuelles. À ce jour, aucun traitement validé ne permet encore d’inhiber les enzymes responsables de la dégradation des PNN, et les résultats obtenus chez l’animal doivent être confirmés chez l’humain.

Mais cette découverte laisse entrevoir la possibilité, à moyen terme, d’agir sur un symptôme qui pèse lourdement sur la vie des patients et de leurs familles. Une étape importante vers des stratégies ciblées, mieux adaptées à la réalité clinique de la maladie.

La découverte du rôle des réseaux périneuronaux dans la reconnaissance des proches apporte un éclairage précieux sur un symptôme encore mal compris et pourtant central dans la maladie d’Alzheimer. Si ces résultats n’ont pas encore d’application clinique immédiate, ils ouvrent une voie nouvelle : mieux protéger les circuits cérébraux impliqués dans la mémoire sociale. À terme, ces avancées pourraient aider à atténuer l’un des aspects les plus douloureux de la maladie, tant pour les patients que pour leurs familles.

Sources
– Degradation of perineuronal nets in hippocampal CA2 explains the loss of social cognition memory in Alzheimer's disease. alz-journals.onlinelibrary.wiley.com. Consulté le 9 décembre 2025.

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Julie R.
Infirmière pendant 15 ans, dont 10 en pédiatrie, Julie R. est animée par une passion pour la santé, l'écologie et les sciences. Spécialisée en rédaction web SEO, alliant respect de notre charte HIC et approche humaine, elle met son expérience au service d’une meilleure compréhension de la santé pour le plus grand nombre