Attention au mercure contenu dans les fruits de mer !

Mar 18, 2017 par

En France, plus de 800 nouveaux cas de sclérose latérale amyotrophique sont diagnostiqués chaque année. Les causes exactes et les facteurs déclencheurs de cette maladie neurodégénérative restent encore aujourd’hui mal connus. Une récente étude semble établir un lien entre la contamination des produits de la mer par le mercure et la survenue de la maladie.

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Qu’est-ce que la sclérose latérale amyotrophique ?

La sclérose latérale amyotrophique, plus connue sous le nom de maladie de Charcot, est une maladie neurodégénérative, liée à la destruction progressive et irréversible de certaines cellules nerveuses (les motoneurones). Elle se caractérise par un affaiblissement, puis une paralysie des muscles, commandés par les motoneurones. Elle touche en particulier les membres (bras, jambes), les muscles respiratoires, ainsi que ceux de la déglutition et de la parole.

La maladie se déclare généralement entre 50 et 70 ans, affectant des personnes souvent très actives. Ses causes exactes restent méconnues, avec plusieurs hypothèses scientifiques actuellement à l’étude. Dans 5 à 10 % des cas, la sclérose latérale amyotrophique est familiale, liée à des mutations génétiques. Dans les autres cas, plusieurs facteurs environnementaux, notamment alimentaires, sont évoqués pour expliquer son déclenchement.

Elle se présente sous différentes formes cliniques, dont les deux principales sont :

  • La forme spinale, la plus fréquente, affecte plus souvent les hommes vers l’âge de 55 ans et débute par l’atteinte d’un membre ;
  • La forme bulbaire touche plutôt les femmes vers 60-65 ans et commence par une atteinte des muscles de la bouche.

Au cours de son évolution, la maladie progresse généralement vers une forme complète, réunissant les atteintes spinales et bulbaires.

Cette maladie devient rapidement handicapante et l’espérance de vie des malades est en moyenne de 3 à 5 ans après le diagnostic, même si de rares formes bénignes de la maladie existent et évoluent sur plus de 30 ans. Le décès est généralement dû à la paralysie des muscles respiratoires et à des infections respiratoires causées par les troubles de la déglutition.

Actuellement, aucun traitement ne permet de guérir cette maladie. Un seul médicament, le riluzole, permet de ralentir l’évolution de la maladie. Le reste de la prise en charge a pour objectif de soulager les symptômes du patient et de l’accompagner au quotidien.

Mercure et maladie de Charcot

Plusieurs études ont d’ores et déjà incriminé des facteurs alimentaires dans le déclenchement de la sclérose latérale amyotrophique. Par exemple, la consommation du cycas, une plante toxique, pourrait expliquer la fréquence importante de la maladie en Nouvelle-Guinée. Récemment, une nouvelle étude s’est intéressée à l’influence de la consommation des produits de la mer sur la survenue de la maladie.

Suite aux phénomènes de pollution des eaux douces et marines, les poissons et les fruits de mer renferment aujourd’hui des quantités importantes de métaux lourds, et en particulier de mercure. Des taux de mercure trop élevés dans les produits de la mer pourraient-ils modifier la fréquence de la maladie de Charcot ? Des chercheurs viennent de publier des résultats allant dans ce sens, qui seront présentés en avril 2017, lors du congrès annuel de l’Académie Américaine de Neurologie.

Un groupe de 518  personnes, dont 294 sont atteintes de sclérose latérale amyotrophique, a participé à l’étude. Parmi les participants consommant régulièrement du poisson et des fruits de mer, ceux ayant ingéré le plus de mercure présentaient un risque doublé de développer la maladie de Charcot, par rapport aux personnes ayant ingéré peu de mercure.

L’étude conclut à un effet possible du mercure sur la survenue de la maladie, même si des études complémentaires sont nécessaires pour confirmer l’impact de ce facteur environnemental.

Faut-il arrêter de manger des produits de la mer ?

Consommer du poisson et des fruits de mer pourrait-il accroître le risque de développer une maladie neurodégénérative ? Une telle étude irait-elle à l’encontre des incitations des autorités de santé à consommer des produits de la mer ? Les auteurs de l’étude ne reviennent pas sur les nombreux bienfaits du poisson et des fruits de mer sur la santé. Le danger provient uniquement du mercure contenu dans certains aliments.

Les autorités de santé prennent déjà en considération la contamination des produits de la mer par des polluants chimiques, dont les métaux lourds comme le mercure. Elles ont ainsi établi des recommandations pour la population générale et certaines catégories de personnes à risques, destinées à limiter l’ingestion de cette substance toxique :

  • Consommer du poisson au maximum deux fois par semaine, dont au moins une fois un poisson gras (saumon, maquereau, anchois, sardine, …) pour son apport en acides gras de type oméga-3 ;
  • Diversifier les espèces de poissons consommées pour limiter les risques de contamination ;
  • Pour les femmes enceintes et les jeunes enfants :
    • Eviter les espèces de poissons les plus contaminées par le mercure (requin, lamproie, espadon, marlin) ;
    • Varier les sources d’approvisionnement des poissons (zones de pêche différentes, alternance poisson d’élevage / poisson sauvage).

Les études se poursuivent dans le monde, pour évaluer l’impact de la contamination des aliments par des polluants chimiques sur la survenue de nombreuses maladies, et en particulier des maladies neurodégénératives, comme la maladie de Charcot.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie


Sources :
Encyclopédie Orphanet Grand Public. La Sclérose latérale amyotrophique. Mai 2008.
Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. Consommation de poissons et exposition au méthylmercure. Mis à jour le 12 mai 2016.
Press release: Mercury in Fish, Seafood May Be Linked to Higher Risk of ALS American Academy of Neurology. February 20,2017.

Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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