Covid-19 : le rôle de l’immunité innée dans l’apparition des engelures

19 janvier 2021 par

Et s’il existait un lien entre Covid-19 et engelures ? C’est ce que suggère une récente étude menée par des chercheurs de l’Inserm selon laquelle une immunité innée très performante contre le SARS-CoV-2 pourrait être à l’origine de ces atteintes cutanées bénignes dont la fréquence a augmenté depuis le début de l’épidémie.

Illustration - engelures sur une main et un pied

Lien entre coronavirus et engelures

Les engelures désignent des lésions cutanées douloureuses causées par des troubles de la micro-vascularisation cutanée en réaction au froid. Elles se manifestent principalement par un gonflement inflammatoire et douloureux des extrémités des membres et le visage (doigts, orteils, oreille, nez) de couleur rouge ou violacé. Elles s’accompagnent parfois de petites cloques pouvant prendre un aspect de peau morte.

Dès le début de l’épidémie de Covid-19, une augmentation inhabituelle de la fréquence des consultations pour engelures a été observée sur les territoires italiens et français. Ce constat n’a pas manqué de susciter la curiosité de chercheurs français qui ont lancé une étude afin de déterminer le lien potentiel entre engelures et infection au SARS-CoV-2 : « Il a déjà été décrit que des manifestations cutanées généralisées, comme des urticaires peuvent apparaître après une infection virale respiratoire, mais la survenue de réactions localisées de ce type est inédite. », précise le professeur Thierry Passeron qui a supervisé cette étude.

Pour mener à bien leurs recherches, les scientifiques ont analysé les données de 40 patients souffrant d’engelures et reçus par la cellule Covid du CHU de Nice entre le 9 et le 17 avril 2020. Parmi ces patients :

  • La plupart étaient jeunes (âge médian de 22 ans).
  • Tous avaient été cas contacts ou suspectés d’être infectés par le SARS-CoV-2 dans les 3 semaines précédant la consultation.
  • Le résultat du test PCR était négatif pour l’ensemble de ces patients.
  • Une sérologie positive n’a été retrouvée que chez 1/3 d’entre eux et aucun d’entre eux n’avait présenté une forme grave de Covid-19.

D’après cette étude, le lien entre ces lésions cutanées et le SARS-CoV-2 est fortement suspecté, «notamment parce que le nombre de patients présentant des engelures à cette époque de l’année dans la région est particulièrement surprenant. », précise le Pr Passeron. Des données de la littérature décrivent des éléments de causalité et confortent cette hypothèse. Des regroupements de cas ont par ailleurs été observés avec notamment plusieurs personnes souffrant simultanément d’engelures au sein de mêmes familles ou de fratries.

Une immunité variable selon la génétique des individus

Pour les scientifiques en charge de cette étude, l’âge relativement jeune et la négativité des tests PCR et sérologiques des patients inclus donnent à penser à une immunité innée particulièrement efficace.

À savoir ! L’immunité innée désigne une réponse immédiate qui survient en l’absence d’immunisation préalable. Elle constitue la première barrière de défense de l’organisme face aux agents infectieux. Elle n’est pas spécifique d’un pathogène donné.

Le Pr Passeron précise par ailleurs que les engelures sont caractéristiques de certaines maladies génétiques : « Les engelures sont observées dans certains troubles immunitaires génétiques, notamment dans certaines interféronopathies, des maladies où des médiateurs clé de l’immunité innée, les interférons (IFN) de type I, sont surexprimés ».

Cette hypothèse demandant à être confirmée, les chercheurs ont souhaité stimuler in vitro la production d’interféron ɑ par des cellules de l’immunité innée de patients avant de la mesurer. Ils ont ensuite comparé l’activité de ces cellules chez trois groupes de patients :

  • Patients ayant présenté des engelures
  • Patients ayant développé d’autres formes non graves de Covid-19
  • Patients ayant été hospitalisés en raison de cette infection.

Il en ressort que les cellules des patients avec engelures « présentaient des taux d’expression de l’interféron ɑ bien plus élevés que celles des deux autres groupes. ». Quant aux patients hospitalisés, avec des formes sévères de Covid-19, leurs taux d’expression de l’IFNɑ se sont révélés « particulièrement bas ».

Ces observations suggèrent que les engelures pourraient constituer la manifestation d’une réaction excessive de l’immunité innée, contrairement aux formes graves de Covid-19 qui seraient liées à un défaut de l’immunité adaptative. Cette diversité dans les réponses de l’organisme pourrait s’expliquer par l’existence de variants génétiques associés à l’activité des médiateurs de l’immunité.

Des lésions cutanées sans gravité

Si le nombre de cas d’engelures augmente à nouveau depuis quelques semaines, à l’instar du scénario de la première vague épidémique, ils ne présentent aucun caractère de gravité. Le Pr Thierry Passeron tient d’ailleurs à rassurer les personnes qui en souffrent : « Même si elles sont douloureuses, ces atteintes ne sont pas graves et régressent sans séquelle sur quelques jours à quelques semaines. Elles signent un épisode infectieux à SARS-CoV-2 qui est déjà terminé dans la majorité des cas. Les patients concernés ont éliminé le virus efficacement et rapidement après leur infection. »

L’expérience des épidémies à coronavirus précédentes, telles que les épidémies au SARS et au MERS, a d’ailleurs démontré que les personnes les moins symptomatiques produisaient peu d’anticorps.

À savoir ! Les anticorps constituent la seconde ligne de défense immunitaire de l’organisme après intervention de l’immunité innée.

Prochaine étape pour les chercheurs ? Tenter de trouver des réponses à certaines questions relatives à la contagiosité des patients présentant ces engelures et au risque qu’ils puissent être contaminés une seconde fois. L’approfondissement des connaissances actuelles sur les mécanismes de la réaction immunitaire au niveau de l’épithélium respiratoire pourrait également constituer une source précieuse d’informations.

Déborah L., Docteur en Pharmacie

Sources
– Covid-19 : les engelures, dommages collatéraux d’une immunité performante. Inserm.fr. Consulté le 17 janvier 2021.
Deborah L.
Pharmacienne.
Spécialisée dans les domaines de la santé, de la nutrition et de la cosmétologie.
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