La dépendance à internet : comment est abordé ce sujet si complexe?

Dec 14, 2018 par

Après la reconnaissance de la dépendance aux jeux vidéo par l’Organisation Mondiale de la Santé en juin 2018, sommes-nous sur le point d’admettre qu’Internet peut aussi nous rendre dépendant ? Même si le néologisme existe, le TDI pour Trouble de la Dépendance à Internet, notre rapport, parfois obsessionnel, aux écrans, n’est pas encore inscrit comme une pathologie. Focus sur les études et les réflexions sur le sujet.

dépendance internet

Des travaux en cours pour mieux cerner les ressorts de la dépendance à Internet

Selon le Groupe Pompidou, une instance du conseil européen chargée des politiques en matière de drogues, il existe une réelle addiction à Internet. Autrement dit, un usage pathologique et abusif du Web.

Des travaux précédents menés en Europe et aux Etats-Unis, ont révélé des taux de dépendance à Internet assez inquiétants et oscillant entre 1,5 et 8,2 %.

Pour continuer à évaluer l’ampleur et les symptômes de cette addiction, le Groupe Pompidou va commencer un programme, s’échelonnant de 2019 à 2022, visant à mieux identifier les comportements de l’ensemble des internautes.

« Les consultations à l’hôpital révèlent que le nombre de jeunes ayant passé plus de 20 heures par jour devant leur ordinateur est en hausse, souffrant d’addictions aux jeux en ligne et totalement déconnectés de leur vie quotidienne » souligne Raquel Duarte, la secrétaire d’Etat Portugaise à la Santé.

Par ailleurs, ce programme comportera des thématiques de travail impliquant le géant de la Silicon Valley, Google, et d’autres entités privées impliquées dans les technologies de l’information et de la communication.

L’objectif ? L’ajustement de certains algorithmes pour limiter le temps passé devant les écrans et notamment, celui consacré aux jeux en ligne. Cependant, la dépendance peut aussi être consécutive à un usage abusif des réseaux sociaux, des plateformes communautaires, des chats.

Comme pour toutes addictions comportementales, la personne dépendante à Internet présente :

  • Un besoin compulsif de se connecter ;
  • Une incapacité à se rendre compte du temps écoulé devant les écrans et un comportement de déni ;
  • Des signes d’anxiété, de fatigue nerveuse et d’agressivité ;
  • Des répercussions néfastes sur sa vie sociale, professionnelle et privée comme l’isolement, la fuite des relations et une perte d’intérêt pour toutes autres activités autres que le temps passé devant Internet ;
  • Des yeux secs, des maux de tête, des troubles du sommeil, une alimentation irrégulière.

Il sera aussi question, pour le groupe de travail du Groupe Pompidou, de s’interroger sur les modalités de prise en charge des personnes dépendantes à Internet.

Surexposition aux écrans : un enjeu de santé publique aussi…

Une multitude d’études portant sur l’usage abusif des écrans ont montré qu’il provoquait des perturbations du sommeil et une agressivité chez les adultes ou encore une prise de poids, un retard de langage et un déficit d’attention et de mémorisation chez les plus jeunes.

Une récente étude américaine portant sur 4500 images cérébrales passées par des enfants de 9-10 ans montre que les enfants utilisant smartphones, tablettes ou jeux vidéos plus de 7 heures par jour ont un amincissement prématuré du cortex. Aujourd’hui, nous ne connaissons pas les conséquences de ces changements sur l’anatomie cérébrale. Pour ce faire, une étude américaine portant sur 10 000 enfants âgés de 9 à 10 ans et suivis pendant une dizaine d’années est actuellement en cours pour mesurer les effets sur la santé de l’utilisation abusive des écrans.

Face à la dépendance aux écrans, le gouvernement français pourrait passer par une loi pour encadrer l’information délivrée par les sites web.

Mounir Mahjoubi, le secrétaire d’État au Numérique, a rappelé, lors de son passage à RTL le 10 septembre 2018, que les états généraux sur les nouvelles régulations numériques ont souligné la question de la dépendance aux écrans.

Des initiatives sont déjà mises en place comme :

  • Un indicateur montrant le temps écoulé devant telle ou telle application (initiative de YouTube, facebook, Instagram) ;
  • Le système PEGi sur les jeux vidéo imposant aux éditeurs de jeux de présenter l’âge conseillé sur la face avant des boîtiers de jeux ;
  •  Le collectif PédaGoJeux qui a pour mission d’informer les parents et les médiateurs éducatifs sur les pratiques et les usages du jeu vidéo ;
  • Les logiciels de filtrage parental.

Cependant, toutes ces solutions sont basées sur la volonté des participants et la nécessité d’encadrer les plus jeunes dans leurs usages des écrans.

« Il va y avoir une grande écoute des Français. Si des Français sont intéressés, ils pourront exprimer leurs envies, leur vision du sujet ou simplement leur témoignage. Ce que je souhaite, c’est que l’on puisse culturellement se dire : quel est le rapport que l’on a vis-à-vis des écrans, des applications ? Que chacun puisse décider dans sa famille comment il va faire » souligne le secrétaire d’État.

Pour ce faire, une consultation publique sur le sujet est disponible sur l’agora cnnumérique.fr.

Rendez-vous en fin de l’année pour obtenir la vision française de l’intégration du numérique dans nos sociétés.

 

Julie P., Journaliste scientifique

 

Addiction à Internet : une nouvelle pathologie ? Handicap.fr. E.Dal’Secco. Consulté le 10 décembre 2018.
Le cerveau des enfants serait modifié par les écrans. Peut-être… et alors ? Le Figaro. S. Roy. Consulté le 10 décembre 2018.

Julie P.
Journaliste scientifique.
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