Les écrans nuisent-ils au développement intellectuel des enfants ?

Oct 15, 2018 par

Téléphone portable, tablette, télévision, ordinateur… il est difficile aujourd’hui d’échapper aux écrans. Mais, comment l’usage de ces interfaces numériques influence-t-il le développement intellectuel de l’enfant ? En suivant, pendant 24 heures, plus de 4000 enfants âgés de 8 à 11 ans, des chercheurs canadiens ont réussi à montrer que le temps passé devant les écrans avait bel et bien un impact sur leur développement intellectuel. Focus sur l’étude et quelques recommandations à mettre en pratique.

Le développement intellectuel

Suivre pendant 24 heures plus de 4500 enfants sur leur développement intellectuel

Comme vous le savez probablement, l’enfance et l’adolescence sont des périodes clefs pour le développement du cerveau et donc, des apprentissages. Ici, les chercheurs canadiens de l’université d’Ottawa ont étudié la relation entre l’adhésion aux lignes directrices canadiennes en matière de santé sur 24 heures pour les enfants et la cognition globale.

À savoir ! Les autorités sanitaires canadiennes (et notamment la Société canadienne de physiologie de l’exercice) recommandent, depuis 2016, que les jeunes enfants de 8 à 11 ans réalisent sur 24 heures : au moins 60 minutes d’activité physique, 2 heures ou moins d’utilisation d’écrans à des fins récréatives et  9 à 11 heures de sommeil par nuit. En France, les recommandations sur la pratique d’activité physique et la réduction du temps de sédentarité, actualisées en février 2016 par un rapport d’expertise et un avis de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) sont les mêmes que celles instaurées au Canada.

4524 enfants et pré-adolescents âgés de 8 à 11 ans provenant de 20 régions américaines différentes ont participé à cette étude. Pour réaliser ces travaux, les chercheurs se sont basés sur les données d’une étude observationnelle nommée Adolescent Brain Cognitive Development ou ABCD. Ils ont utilisé les données collectées entre septembre 2016 et septembre 2017.

Pour évaluer le développement intellectuel, les chercheurs se sont basés sur une boite à outils spécifique élaborée par l’Institut national de la santé américaine (ou NIH pour National Institute of Health).

La cognition a été mesurée en prenant en compte : les aptitudes linguistiques, la mémoire épisodique, la fonction exécutive, l’attention, la mémoire de travail, et la vitesse de traitement de l’information.

À savoir ! La mémoire épisodique permet de se souvenir de moments passés et de prévoir le lendemain. La majorité des souvenirs épisodiques se transforment à terme, en connaissances générales. La mémoire de travail (ou mémoire à court terme) permet de retenir des informations pendant quelques secondes, voire quelques dizaines de secondes comme un numéro de téléphone ou aller chercher quelque chose dans une autre pièce de la maison.

Le trio gagnant : sommeil, activités physiques et temps limité devant les écrans

Après analyse statistique de toutes les données recueillies, les chercheurs ont observé que :

  • 51% des enfants respecté la recommandation sur le sommeil ;
  • 37 % s’attachaient à ne pas passer plus de deux heures devant les écrans ;
  • 18 % seulement respectaient les recommandations sur l’activité physique.

Pris dans leur ensemble, il s’avère que 71% des enfants ont répondu à, au moins une recommandation et seulement 5% ont répondu aux trois recommandations.

Autre découverte intéressante : les enfants passaient en moyenne 3h36 minutes par jour devant les écrans.

À savoir ! En France, une étude de Santé Publique France a montré que les enfants et adolescents passaient plus de quatre heures par jour sur des écrans interactifs (jeux vidéos, tablette, ordinateur, téléphone) soit près de 1500 heures par an.

Comment cette hygiène de vie impacte-t-elle les performances cognitives des enfants ?

Pas de doute : la cognition globale était associée positivement à chaque fois qu’une recommandation supplémentaire était respectée.

” Les plus grands bienfaits pour la cognition étaient notés chez les enfants qui respectaient les recommandations en matière de temps passé devant un écran et de temps de sommeil ou les recommandations en matière de temps passé devant un écran uniquement. Cependant, chez les enfants qui satisfaisaient à un nombre élevé de recommandations, on notait une cognition globale supérieure “ souligne Jeremy Walsh, auteur principal de l’étude, dans un communiqué de presse de l’Université.

Les enfants qui passent moins de deux heures quotidiennement devant les écrans possèdent, en moyenne, le développement intellectuel augmenté de 4 % par rapport à ceux ne respectant pas les conseils liés au sommeil, à l’exercice physique et au temps passé devant les écrans.

Cependant, l’étude ne peut pas conclure si c’est le temps passé devant l’écran, ou, son corollaire, l’absence d’autres activités, qui réduit les capacités de réflexion des enfants.

« Nous devons faire davantage pour encourager des comportements qui favorisent l’activité physique tout au long de la journée. Il existe un lien positif entre la cognition globale des enfants, la réussite scolaire ultérieure et un taux de mortalité, toutes causes confondues, plus bas. Satisfaire aux recommandations des Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures contribue à un avenir plus prometteur pour les enfants. Si les enfants ne satisfont pas aux recommandations, leur sain développement pourrait être en péril » précise Mark Tremblay, professeur en pédiatrie à la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa et auteur principal de l’article.

Julie P., Journaliste scientifique

– Associations between 24 hour movement behaviours and global cognition in US children: a cross-sectional observational study. The Lancet. Consulté le 8 octobre 2018.
– Conseils pour le développement cognitif des enfants au quotidien. Université Ottawa. Consulté le 8 octobre 2018.
– Actualisation des repères du PNNS – Révisions des repères relatifs à l’activité physique et à la sédentarité. ANSES. Consulté le 8 octobre 2018.
Julie P.
Journaliste scientifique.
Spécialiste de l'information médicale.
Passionnée par l'actualité scientifique et les nouvelles technologies.
Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.

Laisser un commentaire

Votre adresse électronique ne sera pas publiée.