Eaux des cures thermales : La sécurité est-elle au rendez-vous ?
Être exposé à un risque infectieux à l’occasion d’une cure thermale ? Cela peut sembler surprenant mais c’est bien le danger signalé par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) qui pointe un manque de contrôle et de réglementation des eaux minérales naturelles utilisées. Zoom sur les conclusions de cet avis inquiétant.

Un risque infectieux liées aux boues des soins thermaux
Chaque année, trois à six millions de traitements de boues sont administrés aux patients suivant une cure thermale au sein des 110 établissements thermaux français. Les boues dérivées des eaux naturelles font en effet partie du traitement d’au moins 60 % des curistes. Et en fonction de la prescription du médecin thermal, 9 à 18 applications sont nécessaires au patient dans le cadre de sa cure thermale.
C’est dire combien ces boues sont présentes dans les protocoles de soins thermaux. Seul bémol, la surveillance de la qualité de ces boues ne fait l’objet d’aucune norme ni d’aucune réglementation et aucun dispositif de vigilance thermale n’existe à ce jour en France. Certes, un guide des bonnes pratiques thermales ainsi qu’un guide des bonnes pratiques des soins hydrothermaux sont consultables, mais leur application ne revêt aucun caractère obligatoire.
Dans ce contexte, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a rédigé un avis alertant sur le risque infectieux lié aux boues auquel seraient exposés plus de 300 000 patients par an.
Un manque de contrôles et de cadre règlementaire
En cause selon le HCSP ? Le manque de contrôle et de cadre règlementaire des eaux minérales naturelles utilisées dans le cadre des cures thermales. Le rapport pointe en effet le manque d’analyses systématiques de la qualité des boues ainsi que le manque d’informations quant à la nature des argiles utilisées et leurs modalités de préparation, d’application ou de conservation.
Par ailleurs, les contrôles microbiologiques systématiques recherchant des pathogènes comme Legionella sp, Legionella pneumophila, E. coli, staphylocoques, Pseudomonas aeruginosa ou encore les entérocoques, ne concernent à ce jour que 21 établissements engagés dans une démarche de certification Aquacert.
Dix cas de légionellose ayant été recensés par Santé publique France en 2025 chez des personnes ayant fréquenté une station thermale, les experts du HCSP plaident donc pour la mise en place de nouvelles normes plus strictes.
Des effets indésirables peu connus et des produits potentiellement toxiques
De plus, s’il existe des études documentant les effets indésirables liés aux cures thermales, le HSCP regrette leur hétérogénéité dans les méthodes utilisées et les populations analysées. De ce fait, dresser des conclusions probantes et déterminer sérieusement le bénéfice-risque des cures thermales semble délicat. Les experts du HCSP suggèrent ainsi la mise en place d’une vigilance accrue et organisée des effets indésirables liés aux cures thermales à l’échelle nationale.
Le HCSP alerte enfin sur les risques de toxicité des produits de purification destinés à désinfecter les eaux minérales naturelles. Certains de ces produits peuvent en effet produire des substances cancérogènes pour l’être humain ou présenter des effets cytotoxiques et génotoxiques. D’où l’importance d’établir et de formaliser un protocole à suivre en cas de dépassement des seuils, car à ce jour, un tel document n’existe pas.
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